Jours blancs
Le zonage des vacances de printemps est générateur d’insupportables inégalités. Cette année, les vacanciers de la zone B se morfondaient à l’idée d’attendre la fin avril pour prendre leurs congés, tout en se réjouissant de pouvoir bénéficier d’un temps clément. Surtout les vacanciers ayant choisi de partir au ski : les journées sont longues, chaudes et ensoleillées, même si l’état de la neige se dégrade après 15h. C’est ce que pensait Gizmo : las, depuis lundi dernier, les jours blancs s’enchaînent… De quoi renouer avec la lecture.
Mathieu P. a rendu compte de l’ouvrage rédigé par Jean-Edouard Colliard et Emmeline Travers, Les prix Nobel d’économie, dans la collection Repères. Gizmo partage son analyse et trouve sévères les commentaires des lecteurs : estimer que l’ouvrage manque de fil conducteur est une critique facile, et en partie erronée puisque le découpage chronologique a une certaine robustesse. Surtout, Gizmo souhaiterait rendre un véritable hommage (femmage ?) aux auteurs parce qu’écrire un Repères est un exercice très difficile : il faut être concis sans être elliptique, vulgariser sans rien concéder à la rigueur, élaguer sans faire d’impasse. Et pour ce Repères là, on ajoutera une bonne dose d’érudition, de recul et la connaissance de larges pans de la science économique. Gizmo s’étonne qu’aucun commentateur n’ait souligné la prouesse réalisée par les deux auteurs. Si tous les doctorants en sciences économiques avaient la même maturité et la même capacité à embrasser des thématiques aussi diverses que le monétarisme, la théorie des jeux, la cliométrie, la philosophie économique..., Gizmo n’aurait guère d’inquiétude sur l’avenir de la discipline. Hélas, la bibliométrie s’érige en étalon des valeurs scientifiques, de sorte qu’il est plus rémunérateur de creuser un sillon étroit et de multiplier des contributions marginales en saucissonnant chaque idée en autant d’articles que de pattes coupées à la grenouille (au besoin, couper une cinquième patte). Gizmo espère seulement que dans leur (putative) carrière académique future, ni Jean-Edouard ni Emmeline n’ait à cacher cette œuvre commune. Dans certaines circonstances, l’évocation de revues françaises comme supports de leurs publications suffit à discréditer (au sens fort du terme) des candidats à qualification (comme maîtres de conférences ou professeurs) ou à promotion. Alors un livre, de vulgarisation de surcroît...
Jour blanc et lecture, suite. Dans la très remarquable série du CEPREMAP, André Orléan publie un opuscule intitulé « De l’euphorie à la panique : repenser la crise financière » (il en fera une présentation, le lundi 18 mai de 12h30 à 14h à PSE, avec une discussion introduite par Patrick Artus). André Orléan se défend d’offrir un nouveau récit de la crise financière, mais il le fait aussi et de fort belle manière. On ne s’étonnera pas de lire sous sa plume que la crise financière trouve son origine dans l’incapacité des marchés financiers à s’autoréguler. A l’euphorie de la bulle immobilière alimentée par l’endettement, a succédé un « aveuglement au désastre » qui dépasse l’irrationalité présumée des acteurs : loin d’être efficients, les marchés financiers sont instables et guidés par l’autoréférentialité (le fameux concours de beauté de Keynes, où l’important n’est pas de savoir quel est le « vrai » prix d’un actif, mais la valeur que l’opinion moyenne a de ce prix). La conclusion incline à un désarmant fatalisme : pas plus la transparence de l’information ou des produits financiers que la régulation des innovations, des agences de notation ou des intermédiaires financiers ne constituent un remède durable à la crise financière puisque « c'est le mécanisme concurrentiel qui incite les investisseurs à l'aveuglement ».
Demain, il fera beau.
Mathieu P. a rendu compte de l’ouvrage rédigé par Jean-Edouard Colliard et Emmeline Travers, Les prix Nobel d’économie, dans la collection Repères. Gizmo partage son analyse et trouve sévères les commentaires des lecteurs : estimer que l’ouvrage manque de fil conducteur est une critique facile, et en partie erronée puisque le découpage chronologique a une certaine robustesse. Surtout, Gizmo souhaiterait rendre un véritable hommage (femmage ?) aux auteurs parce qu’écrire un Repères est un exercice très difficile : il faut être concis sans être elliptique, vulgariser sans rien concéder à la rigueur, élaguer sans faire d’impasse. Et pour ce Repères là, on ajoutera une bonne dose d’érudition, de recul et la connaissance de larges pans de la science économique. Gizmo s’étonne qu’aucun commentateur n’ait souligné la prouesse réalisée par les deux auteurs. Si tous les doctorants en sciences économiques avaient la même maturité et la même capacité à embrasser des thématiques aussi diverses que le monétarisme, la théorie des jeux, la cliométrie, la philosophie économique..., Gizmo n’aurait guère d’inquiétude sur l’avenir de la discipline. Hélas, la bibliométrie s’érige en étalon des valeurs scientifiques, de sorte qu’il est plus rémunérateur de creuser un sillon étroit et de multiplier des contributions marginales en saucissonnant chaque idée en autant d’articles que de pattes coupées à la grenouille (au besoin, couper une cinquième patte). Gizmo espère seulement que dans leur (putative) carrière académique future, ni Jean-Edouard ni Emmeline n’ait à cacher cette œuvre commune. Dans certaines circonstances, l’évocation de revues françaises comme supports de leurs publications suffit à discréditer (au sens fort du terme) des candidats à qualification (comme maîtres de conférences ou professeurs) ou à promotion. Alors un livre, de vulgarisation de surcroît...
Jour blanc et lecture, suite. Dans la très remarquable série du CEPREMAP, André Orléan publie un opuscule intitulé « De l’euphorie à la panique : repenser la crise financière » (il en fera une présentation, le lundi 18 mai de 12h30 à 14h à PSE, avec une discussion introduite par Patrick Artus). André Orléan se défend d’offrir un nouveau récit de la crise financière, mais il le fait aussi et de fort belle manière. On ne s’étonnera pas de lire sous sa plume que la crise financière trouve son origine dans l’incapacité des marchés financiers à s’autoréguler. A l’euphorie de la bulle immobilière alimentée par l’endettement, a succédé un « aveuglement au désastre » qui dépasse l’irrationalité présumée des acteurs : loin d’être efficients, les marchés financiers sont instables et guidés par l’autoréférentialité (le fameux concours de beauté de Keynes, où l’important n’est pas de savoir quel est le « vrai » prix d’un actif, mais la valeur que l’opinion moyenne a de ce prix). La conclusion incline à un désarmant fatalisme : pas plus la transparence de l’information ou des produits financiers que la régulation des innovations, des agences de notation ou des intermédiaires financiers ne constituent un remède durable à la crise financière puisque « c'est le mécanisme concurrentiel qui incite les investisseurs à l'aveuglement ».
Demain, il fera beau.




