dimanche 18 mai 2008

Au boulot, les vieux !

Même si Petitsuix s'est lancé dans une entreprise aussi pharaonique que pédagogique d'édification des foules en matière de retraite, Gizmo se permet de signaler la parution d'un opuscule intitulé Pour une retraite choisie ; l'emploi des seniors, et rédigé par Jean-Olivier Hairault, François Langot, et Thepthida Sopraseuth. Il existe de nombreuses contributions sur l'emploi des seniors, notamment un rapport du Conseil d'analyse économique paru en 2006 (dont Jean-Olivier Hairault est d'ailleurs contributeur), de sorte que ce thème est connu du grand public.

On sait que la France se caractérise par un taux d'emploi des 55-64 ans très faible par rapport aux autres pays développés (40% contre 55% pour la moyenne du G7) et très inférieur aux objectifs européens énoncés aux Sommets de Stockholm et Lisbonne (50%). Ces faibles taux d'emploi sont autant imputables à des facteurs de demande de travail que d'offre de travail.

Du côté de la demande de travail, les entreprises ne souhaitent pas conserver, et a fortiori, embaucher des seniors. En effet, le coût d'un senior est réputé, à tort ou à raison, comme excessif par rapport à sa productivité. En réalité, de nombreuses études montrent que pour les salariés les moins qualifiés, il existe une décroissance de la productivité à âge élevé, mais cette décroissance ne se vérifie pas pour les salariés de qualification intermédiaire (stagnation de la productivité à partir de 45 ans) et pour les salariés les plus qualifiés (productivité strictement croissante avec l'âge).

Du côté de l'offre de travail, les dispositifs fiscaux et sociaux désincitent au travail à âge élevé : même lorsque leurs employeurs leur en offrent la possibilité, les salariés ne souhaitent pas poursuivre leur activité en raison de la taxation dissuasive qu'ils subissent. D'une part, au-delà d'un certain âge et d'une certaine durée de cotisations, les salariés n'accumulent pas, ou peu, de droits supplémentaires à la retraite, même si la loi portant réforme des retraites d'août 2003 (puis le plan de cohésion sociale de 2005) a introduit un mécanisme de surcote, majorant les pensions des années travaillées au-delà de 60 ans (majoration de 3% pour la 61ème année, de 4% pour les 62 à 64ème années et de 5% pour les années au-delà de 65 ans). D'autre part, lorsqu'ils poursuivent à une activité à âge élevé, les salariés payent des cotisations (taxation explicite) et se privent de revenus alternatifs tels que des préretraites, des pensions d'invalidité ou des pensions de retraites : on parle alors de taxation implicite. Globalement, on estime à près de 65 % le taux d'imposition d'une année supplémentaire travaillée après 60 ans, pour un individu justifiant d'une durée d'assurance complète (160 trimestres validés au titre de l'assurance retraite pour les générations nées après 1943) : 15% environ au titre de la taxation explicite, et 50% au titre de la taxation implicite, correspondant au taux de remplacement du régime général pour une carrière complète.

L'analyse de Hairault et al. s'appuie sur un concept original, celui de la distance à la retraite. Ce n'est pas tant l'âge en soi qui serait un obstacle à l'emploi des seniors, que leur position par rapport à leur fin de vie active, ou pour le dire autrement, leur horizon résiduel d'activité. D'une part, les employeurs rechigneraient à recruter des seniors, moins en raison de leur improductivité, que de la faiblesse de l'horizon leur permettant de rentabiliser cet investissement en capital humain. D'autre part, les employés eux-mêmes endogénéiseraient leur "usure" à proximité du départ en retraite.

Partant, Hairault et al. contestent l'efficacité des mécanismes incitatifs (surcote en cas de prolongation d'activité et décote en cas de départ anticipé) parce qu'ils ne sont pas exclusivement centrés sur la politique d'emploi, mais également sur la résorption des déficits anticipés du régime général dans les prochaines décennies. Ils proposent d'éliminer, au moins transitoirement, toute taxation à la prolongation d'activité par des dispositifs plus radicaux. D'une part, ils proposent de substituer, ou d'ajouter, à la surcote actuariellement neutre (celle qui rend la prolongation d'activité financièrement équivalente au départ immédiat) une surcote en capital : "une année de prolongation d'activité donnerait droit au début de l'année suivante à un capital égal à l'année de pension ainsi économisée et aux cotisations versées, total augmenté par le paiement d'un taux d'intérêt, comme si ces sommes étaient prêtées par des individus qui décalent leur départ en retraite" (p. 50). Un tel dispositif permettrait selon les auteurs de résoudre les problèmes d'antisélection associés à l'hétérogénéité des espérances de vie dans la population, entre hommes et femmes, ou entre ouvriers et cadres supérieurs par exemple : en instaurant une surcote unique, le régime général subventionne les individus qui ont une espérance de vie longue, au détriment de ceux qui décèdent précocement. Selon les calculs des auteurs, le capital ainsi accumulé représenterait environ 70% du salaire net annuel (pour un niveau de salaire moyen) pour une année de report, et serait plus incitatif selon eux qu'une surcote actuarielle de 7%. D'autre part, ils proposent d'autoriser sans restriction le cumul emploi-retraite, ce qui n'est pas une préconisation nouvelle.

Autant Gizmo trouve la notion de distance à la retraite pertinente, autant elle ne partage pas l'idée, présentée comme une conséquence, d'instaurer une surcote en capital. De manière générale, Gizmo perçoit la retraite comme un mécanisme d'assurance contre les risques induits par une longévité importante (incapacité, à âge élevé, de retirer des revenus de son travail, en raison d'une usure physique ou intellectuelle). Dans cette optique, l'instrument financier le plus à même de couvrir ce risque est la rente viagère. Les pensions de retraite des régimes par répartition procèdent de cette logique de rente viagère, même si le dispositif relève de la solidarité (transferts de revenu selon une base contributive salariale) et non de l'assurance (transferts de revenu selon le risque anticipé). Dès lors, Gizmo doute de l'efficacité d'une somme forfaitaire versée en une fois pour couvrir le risque de longévité. Sauf à transformer le capital en rente, mais cela a un coût. Et n'objectez pas que le capital est plus souple que la rente ; Gizmo vous renverrait à la fameuse théorie du canapé-lit, selon laquelle le canapé-lit a l'avantage d'être à la fois un canapé et un lit. Certes, mais en général, ce n'est ni un bon canapé, ni un bon lit. Un peu comme le capital qui a l'avantage de couvrir plusieurs besoins : acheter un bateau de plaisance, donner à ses petits enfants, et couvrir ses besoins de subsistance à âge élevé, par exemple. Sauf qu'il existe d'autres instruments pour les deux premiers besoins, et que si le capital est consommé en une fois, le risque de longévité n'est plus couvert.

Hélas, Gizmo ne pourra se rendre à la présentation de l'article à l'ENS, 48 boulevard Jourdan, le mercredi 21 mai de 13h à 14h30 (pour cause de… commission de spécialistes). Mais elle gage que ses lecteurs zélés pourront rendre compte des discussions dans les commentaires de ce blog.

samedi 17 mai 2008

Faut-il une bonne gouvernance pour un bon développement économique ?

Excellent séminaire cette semaine au Laboratoire d'économie d'Orléans, avec une contribution présentée par Nicolas Meisel (Agence Française de Développement) et Jacques Ould-Aoudia (DGTPE, Minefe), et intitulée : "la 'bonne gouvernance' est-elle une bonne stratégie de développement ?". La caractéristique des auteurs tout d'abord n'est pas d'être des chercheurs universitaires, mais des 'opérationnels' du développement, même s'ils sont parfaitement informés des développements les plus récents de la recherche, et également contributeurs à la progression des connaissances.

Après avoir encouragé la formation de capital dans les années soixante, puis la stabilité macroéconomique dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les politiques d'aide au développement se focalisent depuis deux décennies sur la 'bonne gouvernance', sous l'impulsion notamment des grands organismes internationaux tels que le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale. Selon nos deux auteurs, la 'bonne gouvernance' peut se définir comme "la transparence de l'action publique, le contrôle de la corruption, le libre fonctionnement des marchés, la démocratie et de l'Etat de droit". Les auteurs reviennent sur une idée reçue largement répandue, selon laquelle l'émergence d'une bonne gouvernance serait une condition nécessaire du développement économique. Transcrit dans un propos normatif, la recommandation adressée par les organisations financières internationales aux pays moins avancés serait : adoptez les règles de bonne gouvernance, et vous connaîtrez le développement économique des pays développés. Or, comme le montre Meisel et Ould-Aoudia, la bonne gouvernance n'est une condition ni nécessaire, ni suffisante du développement économique : certains pays connaissent une croissance forte avec une gouvernance médiocre, et d'autres ont une bonne gouvernance et une croissance faible.

Pour étayer leur propos, Meisel et Ould-Aoudia s'appuient sur une base de données appelée "Profils institutionnels", très riche, originale et accessible publiquement [1]. Cette base de données couvre 85 pays et contient 356 variables élémentaires pour chaque pays. Pour leur étude, Meisel et Ould-Aoudia retiennent 71 indicateurs de gouvernance qui vont des droits politiques et libertés civiles, à l'application du droit sur la faillite, en passant par l'ouverture commerciale et les libertés syndicales… Ils mobilisent l'analyse des données (analyse en composante principale et analyse factorielle discriminante). S'ils montrent que la bonne gouvernance est corrélée au niveau de PIB par tête, elle n'est pas corrélée au taux de croissance de moyen-long terme, comme le montrent les graphiques 4 et 5 ci-dessous.





Observer que le niveau du PIB par tête est positivement corrélé à la bonne gouvernance, ne permet pas d'en déduire des prescriptions normatives : si les pays à haut niveau de revenu par tête ont une bonne gouvernance, la causalité n'est pas établie : on peut suspecter que c'est parce que les pays ont réussi à satisfaire un certain nombre de besoins essentiels (nutrition, logement, santé, éducation), qu'ils ont pu acquérir une bonne gouvernance perçue comme bien de luxe, et non que la bonne gouvernance conditionne l'obtention d'un haut niveau de revenu par tête.

Dans le droit fil de l'économie institutionnaliste développée par Douglas North notamment, et en empruntant à la sociologie (l'opposition durkheimienne entre solidarité organique et solidarité mécanique), les auteurs soutiennent que la bonne gouvernance ne se décrète pas. Processus lent d'appropriation sociale et collective, la bonne gouvernance résulte d'une dépersonnalisation des systèmes de régulation sociale. Et ce qui caractérise les pays moins avancés, c'est une confiscation des systèmes de régulation sociale par des élites fonctionnant en vase clos (insider systems) s'appropriant des rentes de toute sorte. Il en résulte une allocation inefficace des ressources, mais la 'bonne gouvernance' ne résout pas per se le problème : les auteurs montrent par exemple qu'elle n'est pas un facteur d'attractivité des investissements directs étrangers, et que la corruption n'est pas un frein à la croissance.

Aussi il est vain d'imposer de l'extérieur des règles de bonne gouvernance, comme le font les organisations financières internationales (graphique 6). Sur un plan positif, le cheminement entre développement et bonne gouvernance s'opère en deux étapes (graphique 7). Les facteurs expliquant ce cheminement sont identifiés par une analyse factorielle discriminante. Dans un premier temps, la croissance se développe sans amélioration significative de la gouvernance : cette phase de décollage économique s'appuie sur la capacité des Etats à coordonner les acteurs et sécuriser leurs anticipations, sans formalisation des règles. Une fois atteint un certain niveau de développement les pays évoluent vers une meilleure gouvernance : cette phase de rattrapage se caractérise par la formalisation des règles (droits de propriété, du travail…) et l'ouverture des systèmes de régulation sociale.





Quels sont alors les facteurs permettant de quitter la phase de décollage pour passer à la phase de rattrapage ? Les auteurs avancent le concept de 'monopole focal de gouvernance' qui permet "d'amorcer, au sein d'un système d'insiders, le processus de création de confiance sur une base suffisamment large pour élever durablement le rythme de croissance (décollage économique), alors même que le corps social n'est pas encore à même de se doter de règles formalisées impersonnelles à un niveau systémique".

Reste à exploiter la base Profils Institutionnels, en établissant des résultats empiriques plus robustes entre développement et gouvernance. Gizmo se permet de relayer un appel à collaboration des auteurs à la communauté scientifique en général, et aux lecteurs de ce blog en particulier (notamment les plus jeunes, étudiants, doctorants, post-doctorants), s'ils souhaitent poursuivre des travaux avec ces données.


[1] Ould-Aoudia est l'initiateur de cette base, qui a pour l'instant deux vagues de données, l'une relative à 2001, l'autre à 2006. La prochaine vague utilisera des données de 2009, mais comme les contenus des items diffèrent d'une vague à l'autre, il est difficile d'utiliser les données en séries temporelles.

dimanche 11 mai 2008

A quoi sert le CNRS en sciences économiques ?


Le Monde daté du 18 juin 2004 rapportait les propos de Jean-Marie Hombert, directeur du département des sciences de l'homme et de la société (SHS) du CNRS: "Le CNRS n'a pas vocation à tout faire. […] dans les secteurs où l'Université est mieux armée – le droit, l'histoire ou l'économie par exemple –, il doit choisir des créneaux porteurs et novateurs".

Pour sa défense, Jean-Marie Hombert en appelait à la rationalisation de gestion et à la taille critique, les SHS englobant un très grand nombre de très petites unités. En tant qu'économiste, Gizmo aurait mauvaise grâce à rester insensible à ces arguments. Encore faudrait-il connaître la taille optimale d'une équipe et que les rapprochements entre équipes aient une cohérence scientifique et une rationalité économique. S'agissant des économies d'échelle, les sciences économiques ne peuvent guère faire valoir que les ressources documentaires comme coûts fixes, et il est donc inefficace de démultiplier ces ressources. Mais, les abonnements électroniques groupés rendent désormais l'argument caduc, pour l'achat des périodiques et des bases de données qui constituent le cœur des "instruments" de la recherche en économie. Par ailleurs, on conçoit que regrouper des unités sous un unique label à Paris est possible, c'est d'ailleurs le cas avec l'Ecole d'Economie de Paris. Quant au regroupement des équipes provinciales, qu'il soit permis de douter des économies d'échelle réalisées pour gérer deux équipes situées à plus d'une centaine de kilomètres l'une de l'autre.

Partant de ce constat, quelles propositions peut-on faire dans l'optique d'une réforme de la recherche en sciences économiques ?

1. Repenser l'articulation entre formation et recherche. En économie et gestion, la volonté d'excellence doit se traduire par le recrutement à l'université des meilleurs bacheliers généralistes qui se tournent aujourd'hui vers les classes préparatoires aux grandes écoles de commerce. Repenser la recherche implique donc une première réflexion sur le dispositif d'enseignement universitaire et l'existence des grandes écoles.

2. Prendre en compte l'ensemble des activités de production et de valorisation de la connaissance. Si les chercheurs des sciences expérimentales peuvent valoriser leur recherche par le dépôt de brevets, il n'en va pas de même en sciences économiques, où la valorisation passe par l'enseignement et par l'intervention dans les grands débats économiques. Bien sûr, la production de connaissances reste l'objectif premier de tout chercheur. Mais la course effrénée aux publications pour raison supérieure de compétitivité internationale occulte le rôle du chercheur en réponse à la demande sociale. A cet égard, on peut s'interroger sur la présence d'un seul chercheur en économie du CNRS au Conseil d'Analyse Economique (en l'occurrence Philippe Mongin, puisque Elie Cohen ne relève pas de la section 37 "économie et gestion").

3. Envisager un statut unique pour les chercheurs et les enseignants-chercheurs. S'agissant des carrières, un consensus semble se dégager dans notre discipline, celui du statut unique de chercheur et d'enseignant-chercheur. Bien sûr, ce statut unique ne doit pas être rigide. Il ne s'agit pas de renier l'apport des chercheurs du CNRS dans le développement de la science économique en France. La plupart d'entre eux sont très talentueux, et les plus talentueux d'entre eux ne se cantonnent pas à la recherche, mais sont également enseignants. Il ne s'agit donc pas d'imposer à chacun, comme dans les statuts actuels du décret de 1984, un volume horaire unique d'enseignement et de recherche pour la totalité de la carrière, mais de proposer un menu de contrats pondérant, au gré de chacun selon ses aspirations et ses compétences, des tâches de recherche, d'enseignement, de valorisation, et d'administration de la recherche. Ces contrats pourraient être conclus pour la durée quadriennale 3des contrats des établissements universitaires, renouvelables après évaluation. On pourrait même imaginer que certains puissent opter pour des contrats "tout recherche" pendant plusieurs décennies, s'ils prouvent leur créativité en matière de recherche. En revanche, on devrait s'opposer aux contrats "tout enseignement" pour les enseignants-chercheurs intervenant aux niveaux master et doctorat, puisque l'enseignement ne peut y être de qualité s'il n'est supporté par une activité de recherche évaluée.

4. Améliorer l'évaluation des chercheurs et des équipes. Avec la création de l'Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur qui évalue les unités de recherche quel que soit leur statut, l'actuel Comité National de la Recherche Scientifique voit sa mission réduite au recrutement des chercheurs CNRS et à la gestion de leur carrière. Si un statut unique d'enseignants-chercheurs était créé, il conviendrait de concevoir une instance d'évaluation unique, le Comité National de la Recherche et de l'Université (CNRU), fusionnant les missions du Comité National et de l'actuel Conseil National des Universités chargé des carrières des enseignants-chercheurs. On pourrait en profiter pour rendre plus transparentes, plus efficaces et mieux rémunérées les missions d'évaluation de ces membres du CNRU.

5. Confier au CNRS, en partenariat avec l'Agence Nationale de la Recherche, la mission d'agence de moyens dans le financement de projets. Le CNRS a-t-il nécessairement vocation à être un opérateur de recherche en sciences économiques ? Autant dans certaines sciences dites dures, le rôle d'opérateur de recherche du CNRS est crucial car les masses financières qu'impliquent certains projets nécessitant de très grands équipements doivent faire l'objet d'arbitrages politiques (nanotechnologies, environnement durable, OGM, génome humain, astrophysique…). Dans ce contexte, le CNRS doit définir des priorités scientifiques compte tenu de ces contraintes politiques. En revanche, en sciences économiques, qu'il soit permis de douter de l'efficacité du rôle d'opérateur de recherche du CNRS au cours des dernières années. Les seules priorités scientifiques ont été de flécher, de manière contreproductive, quelques postes de chargés de recherche et de directeurs de recherche, sur des thématiques étroites et peu porteuses, sans concertation avec les experts du Comité national. On pourrait concevoir que les équipes de recherche se voient attribué un soutien de base fonction de leur taille et de leur évaluation par l'AERES (la dotation des laboratoires est désormais déterminée par les universités dans le cadre de la Loi sur la Responsabilité des Universités, chaque université recevant une enveloppe financière globale pour la recherche dans son établissement), et que le CNRS se voit attribuée la mission d'agence de moyens pour des projets émergents ou des thématiques spécifiques dans le cadre d'une programmation scientifique. Ces moyens seraient financiers et humains, le CNRS finançant par exemple les décharges d'enseignement des enseignants-chercheurs souhaitant se consacrer pour une durée déterminée à une activité exclusive de recherche. Afin de préserver la cohérence scientifique des laboratoires, ces moyens dédiés doivent rester limités : on mesure aujourd'hui que le développement des financements sur projets par l'ANR a un effet très déstructurant sur les laboratoires, chaque porteur de projet pouvant créer un "laboratoire dans le laboratoire".

6. Conforter la mission d'aménagement du territoire dévolue à la recherche. Il est souvent avancé que la recherche participe à l'aménagement du territoire, par les synergies qu'entretiennent recherche académique et développement industriel. Si ces synergies existent dans les sciences expérimentales, elles sont rares en sciences économiques. Faut-il pour autant abandonner la mission d'aménagement du territoire ? Certes, il est illusoire de penser que toutes les universités puissent offrir des formations au niveau master et doctorat dans toutes les spécialités. Néanmoins, il n'existe pas d'arguments solides pour concentrer la recherche en sciences économiques dans deux grandes métropoles (Paris et Toulouse, qui sont le siège d'un Réseau de Recherche Thématique Avancé en économie). On peut très bien concevoir des équipes d'excellence travaillant en réseaux, ce qui permet d'avoir des universités de plein exercice en province.

7. Tenir compte des externalités de la recherche française en économie et gestion, notamment dans la formation des cadres dirigeants des pays en développement. Les laboratoires de recherche français ont pour mission de former les futurs chercheurs, qu'ils soient amenés à exercer leur activité en France ou à l'étranger, et notamment dans les pays en développement. Assumer la direction de thèses pour ces doctorants est une mission importante et chronophage, même si sa rentabilité est faible pour les chercheurs concernés ; elle doit être reconnue dans l'évaluation des carrières des enseignants-chercheurs qui s'y consacrent.

Évidemment, ces quelques propositions n'épuisent pas le débat, comme en témoignent les échanges actuels dans le cadre du plan stratégique 2020 du CNRS, de la mission d'Aubert, et du groupe de réflexion Laszlo.

jeudi 1 mai 2008

C'est la fête !

En attendant la commémoration du 8 mai, Gizmo a passé son premier anniversaire blogatoire. Elle félicite son presque jumeau, non pas de complexion, mais de naissance, Monsieur Pingouin. Comme Gizmo n'est que vaguement compétitive, elle ne vous relatera pas le nombre de billets, de commentaires, de visiteurs, de pages vues. Elle préfère, à l'instar de ce que les Econoclastes ont fait pour elle il y a un an, souhaiter une bienvenue sincère et chaleureuse à Cimon. Un bloggueur qui aime l'assurance, le football et la Catalogne, ne peut pas être foncièrement mauvais. Et en plus, ses billets sur l'assurance sont des bijoux de pédagogie.

mardi 22 avril 2008

Gizmo secourt les pieds carrés...


Les joueurs du PSG auraient réclamé une prime de maintien, si le club parvenait à se maintenir en ligue 1 à l'issue de la saison 2007-2008. Evidemment, pour le supporteur moyen, l'exigence est scandaleuse et immorale. Pour l'économiste qu'est Gizmo, et bien qu'un joueur ait démenti l'information, la demande est parfaitement rationnelle, et mieux, les dirigeants du PSG seraient bien inspirés d'obtempérer.



Quelle est en effet la situation du PSG, à quatre journées de la fin du championnat ? En dix-huitième position, à égalité de points avec Strasbourg, le PSG serait reléguable s'il ne parvenait à finir au mieux dix-septième le 17 mai prochain. Il lui reste à rencontrer Auxerre, Toulouse, Saint-Etienne et Sochaux. Les deux premiers clubs et le dernier sont également en position délicate, le troisième brigue une place en ligue des champions. Autant dire que le PSG rencontrera des équipes motivées par un enjeu réel…

Comment inciter les joueurs à sauver leur équipe (rappelons néanmoins que PSG a remporté la Coupe de la ligue française, et est assuré à ce titre de disputer la coupe UEFA l'an prochain) ? Ne rien faire revient à laisser les joueurs à décider de leur propre sort. Or le football est un sport collectif, dans lequel les comportements de passager clandestin sont possibles, en l'absence d'incitations ou de coordination contraignante. En l'état, quelle est l'incitation pour un joueur du PSG à préserver le maintien en ligue 1 ? On peut distinguer trois catégories de joueurs : les joueurs confirmés qui ne sont certes pas légion mais qui pourront négocier des contrats intéressants dans des clubs de ligue 1, voire des clubs étrangers prestigieux ; les jeunes joueurs qui faute de pouvoir se recaser dans des clubs de ligue 1 immédiatement pourraient bénéficier en cas de descente en ligue 2 d'un temps de jeu appréciable, leur permettant ultérieurement de rejoindre un club de ligue 1 ; les joueurs en fin de carrière pour lesquels le seul enjeu est sportif (quitter la scène sur une bonne note, éventuellement annonciatrice d'une carrière post-sportive réussie). En définitive, individuellement, aucun des joueurs du PSG n'a intérêt à se démener pour éviter la relégation (sauf à se signaler auprès d'un club acquéreur, mais ce n'est pas dans des matchs couperets que les qualités d'un joueur s'expriment le mieux). Ce qu'il faut, c'est inciter collectivement les joueurs à produire des efforts pour rester en ligue 1. Et de ce point de vue, la rémunération collective à la performance est la plus incitative : offrir à tous les joueurs du PSG, y compris les remplaçants, une prime forfaitaire substantielle, indépendante du salaire individuel. Pourquoi les remplaçants ? Pour créer une émulation efficace à l'entraînement, et pour éviter que les remplaçants ne pourrissent l'ambiance, en détournant les titulaires de l'objectif de maintien.

Comme déterminer la prime globale à allouer ? Le calcul est simple pour peu qu'on dispose des éléments financiers (ce qui n'est pas le cas de Gizmo qui espère que les actionnaires en disposent ; mais avec le PSG, on ne sait jamais…) : il suffit de calculer le manque à gagner espéré [1] actualisé d'une relégation, et d'en redistribuer une partie aux joueurs sous forme de primes de maintien. Une partie seulement, car le manque à gagner espéré dépend de la probabilité de remontée en ligue 1 dans les prochaines années, et donc d'une composante de risque, que les dirigeants du PSG souhaiteront couvrir. Une solution encore plus efficace pourrait être de verser une prime de maintien immédiate (sur la saison 2007-2008) et une prime à terme (à la fin de la saison 2008-2009) afin d'inciter les joueurs à ne pas adopter un comportement de type "Prends l'oseille et tire toi". Sinon, ça pourrait être sa fête, au PSG…

Billet dédié à Monsieur Pingouin, qui n'aime pas qu'on le prenne pour un manchot. Autant dire un joueur du PSG…

[1] Espéré, au sens de l'espérance mathématique, c'est-à-dire d'une moyenne probable.