mardi 11 décembre 2007

On refait le match...




A la gauche de Gizmo, Mathieu Plane. A sa droite, Gilles Saint-Paul. Lequel a obtenu le prix Yrjö Jahnsson 2007 du meilleur économiste de moins de 45 ans ? Du meilleur pilier de bar ?



[Edit: explication de texte]
Pour répondre à Alexandre (et un peu à Markss dans la cbox), la question n'est pas de savoir qui a tort ou raison, mais la qualité de l'argumentation économique. La pauvreté des arguments économiques avancés par Gilles Saint-Paul est confondante.

"Si le dimanche, les consommateurs sont moins stressés, peut-être achèteront-ils plus parce que cela leur demandera moins de temps pour choisir, pour payer, etc." Pourquoi les consommateurs seraient-ils moins stressés le dimanche ? Achète-t-on plus parce qu'on a plus de temps pour choisir ? GSP s'appuie-t-il sur des études de psychologie pour étayer son argument sur la relation entre temps, stress et consommation ?

"D'autres, qui travaillent toute la semaine et ne veulent pas faire de courses le samedi parce que les magasins sont bondés, ont des achats en attente, qui diminueront si les magasins sont ouverts le dimanche". Pourquoi les magasins ne deviendraient-ils pas bondés le dimanche, si les consommateurs effectivement stressés en semaine reportent leurs achats le dimanche ?

"Une légère hausse des prix peut survenir. C'est un peu la contrepartie à cette commodité de pouvoir accéder aux commerces le dimanche. De la même manière que l'épicier de quartier ouvert tard le soir, pratique des prix plus élevés. Si les magasins peuvent ouvrir le dimanche, les gens pressés feront leurs courses ce jour-là et paieront plus cher." Effectivement, on peut considérer que l'ouverture extensive de l'épicier de quartier se paie, pour le service rendu, sous la forme d'une augmentation des prix. Mais cette augmentation est indifférenciée quel que soit le jour où on fait ses achats. GSP suppose-t-il que les acheteurs du dimanche paieront plus cher que les autres jours ?

"Ces magasins [les petits commerces] pourront, eux aussi, ouvrir le dimanche. Avec des employés que l'on connaît bien, on peut s'arranger, leur demander de faire des heures supplémentaires." Parce que l'on ne connaît pas ses employés dans la grande distribution ? Parce que la protection des travailleurs est moins garantie dans les petits commerces ? On pourrait d'ailleurs renverser l'argument : parce que j'ai des liens plus personnels avec mes employés, je peux avoir des réticences à leur imposer l'ouverture le dimanche, surtout si je sais que je n'ai pas les moyens de les rémunérer plus.

"En tout cas, selon moi, dans un pays qui compte deux millions de chômeurs et beaucoup d'étudiants qui souvent manquent de moyens, des gens sont prêts à travailler le dimanche, même à des salaires non majorés". Parce qu'il vaut mieux que des chômeurs acceptent de travailler à des salaires non majorés le dimanche ? Parce qu'il vaut mieux que les étudiants travaillent le dimanche, plutôt que leurs études soient financées par des bourses décentes ?

Désolée, Gizmo préfère l'argumentation de Mathieu Plane, plus économique, plus étayée et plus nuancée. Mais elle a sûrement tort.

12 ça se discute...:

alexandre delaigue a dit…

Je ne sais pas lequel des deux est pilier de bar, mais pour le coup, c'est Saint Paul qui a raison.

remi_bourges a dit…

Ma pauvre Anne, tu n'es pas drôle.
Tu es bêtement injurieuse envers un économiste que tu n'a pas le droit de traiter de pilier de bar. Saint-Paul est un médiocre réactionnaire et sa mère serait furieuse de son encouragement à louper la messe. Les gens nont-ils rien à faire le dimanche qu'à faire des courses ou à obliger de vendre des objets idiots ???

Thomas a dit…

La langue française imposant de lire de gauche à droite j'ai donc commencé par lire les réponses de Mathieu Plane dont la qualification, si elle ne peut faire l'office d'argument d'autorité, impose le respect sur la qualité de l'argumentation qui est a priori justifiée : sans augmentation de revenu, pourquoi les francais consommeraient-ils plus si les commerces ouvraient le dimanche?
Au tour de la réponse de Gilles Saint Paul ensuite : et bien...je suis moi même dans le cas des gens dont ils parlent : pas le temps de faire les courses(enfin les magasins) la semaine et pas envie d'y aller le samedi de peur qu'ils soient bondés et au final l'argent s'accumule(dans une certaine mesure) sur mon compte courantsans qu'il ne soit ni consommé ni épargné.
De plus, en tant qu'étudiant non boursier je peux vous certifier que j'étais très heureux d'avoir pu travailler le dimanche ces dernières années.
Il me semble que la question principale est de savoir laquelle des consommations(celle de la semaine ou celle du samedi) l'ouverture des magasins le week end absorberait et avec quelle intensité? Dans le premier cas l'impact serait plutot négatif, on aurait une baisse de la rentabilité des commerces en semaine avec surement une réduction du personnel (ou du moins transfert d'emploi de la semaine vers le dimanche sans création).
Dans le second cas, on peut supposer comme le propose Gilles Saint Paul une hausse du bien-être du consommateur peut être assortie de création d'emploi ou de quelques heures en plus pour les employés à temps partiel (très souvent volontaire pour travailler un peu plus)
N'oublions pas que si les gens vont consommer le dimanche c'est bien que ca les arrange.
Malgré ce que je viens de dire je pense que cette question relève plus du choix de société que de l'argumentation économique.

Thomas a dit…

En relisant ce que je viens d'écrire je me demande bien si ce n'est pas moi qui vais gagner le prix du meilleur pilier de bar!

Mathieu P. a dit…

Su je comprends bien, on ne peut en fait rien dire faute d'une expérience naturelle qui permette de délimiter les effets d'opportunité (j'achète plus parce que je peux aller dans les magasins le dimanche) et les effets de substitution (je reporte le dimanche une partie de mes achats).

Attendez : n'existe-t-il pas à Paris des quartiers qui sont plus ou moins officiellement dispensés de l'interdiction d'ouverture dominicale ?

Verel a dit…

J'avais trouvé les deux articles assez peu convaincants . Et il me semble en plus les avoir déjà lu (donc ils auraeint été publiés) mais peut être est ce un effet d'optique vu le caractère répétitif de argumesnt utilisés
J'avais commis il y a presque un an un article sur le sujet où j'avançais des arguments assez différents
http://verel.over-blog.com/article-5005070.html

Jaggy a dit…

Moi je retiens le seul argument convaincant des 2 interview : celui de l'expérience réalisée aux USA.

En effet, dans l'application de ce type de mesure, il me semble quasi impossible de savoir quel scénario va être prépondérant par rapport aux autres.
Mieux vaut donc se servir de l'expérimentation américaine, bien qu'il faille rester prudent et tenir compte de nos différences d'organisation.

Les restrictions à l'ouverture des magasins le dimanche a eu pour effet là-bas de faire perdre 2,5% de l'emploi dans le secteur.

J'en déduit que les ménages ayant un budget de toute manière limitée (ça c'est difficile à contester), l'ouverture le dimanche permet à ce secteur d'augmenter son attractivité par rapport aux autres secteurs économiques concurrents (épargne,...).

Uniquement à cause de cet effort de s'appuyer sur une expérimentation, et de sa remarque pour en montrer les limites (il précise que l'augmentation des effectifs devrait être moindre qu'aux US), je trouve Mathieu Plane plus convaincant.

Jaggy a dit…

Mince, je me suis trompé !

C'était Gilles Saint-Paul !

Il faut que j'arrête de boire moi !

:D

Gizmo a dit…

@jaggy "J'en déduit que les ménages ayant un budget de toute manière limitée (ça c'est difficile à contester), l'ouverture le dimanche permet à ce secteur d'augmenter son attractivité par rapport aux autres secteurs économiques concurrents (épargne,...)." : parce que le marché de l'épargne est fermé le dimanche ?

Anonyme a dit…

Gilles saint Paul est comme Chuck Norris : même quand il a tort, il a raison. C'était le sens de mon commentaire, trop elliptique il est vrai :-). Il devient toujours un peu véhément quand il est dans la presse grand public, c'est pour ça qu'on l'apprécie...
Sur le fond, comme toujours dans ces "pour-contre" du Monde, aucun des deux ne me semble convaincant. Dans les deux cas, on reste dans la spéculation assise sur la volonté d'arriver à une conclusion. Comme souvent dans ces entretiens, on sent que l'ensemble a été réécrit par le journaliste, ce qui ne nous dit pas grand-chose sur l'argument réel; et pour cause, faute d'études, on ne peut rien conclure.

alexandre delaigue a dit…

(grrr, c'est compliqué les commentaires avec blogger, le commentaire ci-dessus est d'Alexandre)

michel a dit…

"En tout cas, selon moi, dans un pays qui compte deux millions de chômeurs et beaucoup d'étudiants qui souvent manquent de moyens, des gens sont prêts à travailler le dimanche, même à des salaires non majorés". Parce qu'il vaut mieux que des chômeurs acceptent de travailler à des salaires non majorés le dimanche ? Parce qu'il vaut mieux que les étudiants travaillent le dimanche, plutôt que leurs études soient financées par des bourses décentes ?

Voilà les bonnes questions.