Le livre oublié
Sur le forum d'Econoclaste, l'éclectique Emmanuel de l'exigeant Ceteris Paribus, s'interroge sur le contenu d'un ouvrage dont Gizmo prétend qu'il a été scandaleusement oublié de la liste des livres présélectionnés par le Sénat, pour son prix du meilleur livre d'économie 2007. L'ouvrage en question s'intitule Les retraites. Libres opinions d'experts européens, coordonné par Florence Legros, et paru aux éditions Economica en février 2007.
Economica est une maison d'édition universitaire folklorique, dont le fonctionnement ressemble à celui de son alma mater : un artisanat sympathique et d'excellente qualité moyenne, mais qui s'accommode mal des exigences de la communication moderne. Vous chercherez vainement son site internet. Alors Gizmo se propose d'assurer le sàv, avec la parfaite mauvaise foi assumée d'être juge (à 97,9%) et partie (à 2,1%).
Depuis quinze années, la Direction des retraites de la Caisse des dépôts et consignations organise à Bordeaux un forum annuel, lieu d'échange entre chercheurs et praticiens des retraites (pour l'essentiel, les gestionnaires des caisses sous mandat de gestion à la CDC). Au fil du temps, s'est constitué un vivier d'experts européens, qui chaque année présentent leurs travaux récents sur toutes les questions relatives aux aspects économiques et sociaux du vieillissement.
Pour le quinzième anniversaire du Forum Retraite en 2007, la Caisse des dépôts et consignations a souhaité réunir en un ouvrage collectif les contributions des participants réguliers au Forum, ou à la journée scientifique qui le précède. L'ouvrage se compose de deux parties, chacune déclinée en deux chapitres (ça, c'est pour l'académisme), et se conclut par quatre commentaires d'experts politiques (E. Alphandery, R. Briet (actuel président du Fonds de Réserve pour les Retraites), C. Domeizel (sénateur), et M. Rocard). Outre le fond, l'ouvrage est attrayant en ce sens que chaque contribution excède rarement huit pages, et synthétise une question particulière de manière accessible à un lecteur non spécialiste.
Le défi du vieillissement mondial
Le premier chapitre regroupe cinq contributions autour du thème du défi du vieillissement mondial. Sont évoquées les dimensions internationales et prospectives en matière de financement des retraites. M. Aglietta et V. Borgy analysent les modalités de rééquilibrage des régimes de retraite dans un modèle prospectif d'économie mondiale à très long terme (modèle INGENUE). P. Artus aborde la question des ajustements de balance courante nécessaires pour "financer" la consommation des retraités dans les pays développés. Les articles de F. Gonand et A. Bozio s'intéressent aux stratégies de réformes, notamment des régimes en répartition : quel paramètre privilégier dans l'ajustement des régimes (durée d'activité, taux de cotisation, taux de remplacement) ? Au-delà des paramètres de répartition, d'autres ajustements sont possibles, notamment dans les taux d'épargne ; c'est ce qu'envisagent M. Queisser et E. Whitehouse dans leur contribution sur les pays de l'OCDE.
Les réformes en Europe et leur impact
Les dix contributions du chapitre 2 évoquent les réformes, les stratégies européennes et leurs impacts, avec un tour d'horizon par pays (Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Suède). Un accent tout particulier est mis sur les questions d'équité : faut-il introduire la question du genre dans les retraites ? Quid des inégalités relatives par genre et par niveau de richesse ? L'attention est portée aux réformes s'attachant à préserver l'aspect contributif et solidaire des régimes fonctionnant en répartition, par des aménagements spécifiques : introduction des comptes notionnels (Suède), développement des fonds de réserve (France). Les contributeurs sont G. Dekkers et A. Debels (Pays-Bas, Belgique et mesure d'inégalité), C. Bonnet (question du genre), M. Chetouane (retraités pauvres au Royaume-Uni), J. van de Ven, J. Sefton et M. Weale (pension universelle ou régime contributif, avec une application au Royaume-Uni), E. Westerhout (Pays-Bas), S. Jimenez-Martin et J. Labeaga (Espagne), H. Fehr (Allemagne), J. Lassila et T. Valkonen (contribution particulièrement innovante sur le frein suédois, mécanisme de stabilisation en matière de retraite), A. Lavigne ainsi que F. Legros et S. Hamayon (fonds de réserve pour les retraites en France).
Le marché du travail, un handicap aux réformes des retraites
Les sept contributions du chapitre 3 se concentrent sur le marché du travail, en chassant des idées reçues, notamment sur le lien entre emploi et retraite. A. Bozio revient sur les retraites comme solution au chômage des jeunes. D. Blanchet examine le lien entre démographie et marché du travail, Th. Debrand et A. Jolivet, le lien entre santé et retraite. J.-L. Guérin dresse le bilan des mécanismes de surcote (revalorisation des pensions en cas de poursuite d'activité) ; S. Benallah et P. Ralle, ainsi que K. Briard, concentrent leurs analyses sur la gestion des fins de carrière.
Pourquoi réformer est si difficile
En confrontant l'expérience française aux autres réformes européennes, le chapitre 4 s'attaque à des questions plus polémiques en se demandant pourquoi réformer est si difficile. Un obstacle bien connu aux réformes est celui du coût de la transition d'une réforme à l'autre. O. Schneider montre comment les PECOs, sous des impératifs de concurrence internationale, ont résolu la question. H. Piekkola montre comment les finlandais ont réussi à faire progresser l'emploi des seniors, à travers la notion de "vieillissement actif". A l'inverse, pourquoi en France et en Belgique notamment, existe-t-il des résistances à l'allongement de la durée du travail ? C'est l'objet des contributions de J.-M. Lozachmeur, ainsi que de H. Cremer et P. Pestieau. Les individus épargnent-ils suffisamment pour leur retraite, et sinon, comment les y inciter ? C'est à cette problématique que s'attachent L. Arrondel et A. Masson ; Ph. De Donder ; Th. Rapp ; R. Holzmann. L. Arrondel et A. Masson proposent, sur la base de données d'enquêtes, une typologie des épargnants français, et montrent que pour un bon quart d'entre eux (les "têtes brûlées"), il est illusoire de bâtir un système de retraite en capitalisation. R. Holzmann plaide au contraire pour le développement massif des comptes notionnels en cotisations définies. Th. Rapp met l'accent sur les mécanismes d'incitation à l'épargne salariale, tandis que Ph. De Donder s'intéresse sous un angle plus théorique (quasi-philosophique) à la question de l'horizon de la retraite et de la préférence pour le présent.
Depuis quinze années, la Direction des retraites de la Caisse des dépôts et consignations organise à Bordeaux un forum annuel, lieu d'échange entre chercheurs et praticiens des retraites (pour l'essentiel, les gestionnaires des caisses sous mandat de gestion à la CDC). Au fil du temps, s'est constitué un vivier d'experts européens, qui chaque année présentent leurs travaux récents sur toutes les questions relatives aux aspects économiques et sociaux du vieillissement.
Pour le quinzième anniversaire du Forum Retraite en 2007, la Caisse des dépôts et consignations a souhaité réunir en un ouvrage collectif les contributions des participants réguliers au Forum, ou à la journée scientifique qui le précède. L'ouvrage se compose de deux parties, chacune déclinée en deux chapitres (ça, c'est pour l'académisme), et se conclut par quatre commentaires d'experts politiques (E. Alphandery, R. Briet (actuel président du Fonds de Réserve pour les Retraites), C. Domeizel (sénateur), et M. Rocard). Outre le fond, l'ouvrage est attrayant en ce sens que chaque contribution excède rarement huit pages, et synthétise une question particulière de manière accessible à un lecteur non spécialiste.
Le défi du vieillissement mondial
Le premier chapitre regroupe cinq contributions autour du thème du défi du vieillissement mondial. Sont évoquées les dimensions internationales et prospectives en matière de financement des retraites. M. Aglietta et V. Borgy analysent les modalités de rééquilibrage des régimes de retraite dans un modèle prospectif d'économie mondiale à très long terme (modèle INGENUE). P. Artus aborde la question des ajustements de balance courante nécessaires pour "financer" la consommation des retraités dans les pays développés. Les articles de F. Gonand et A. Bozio s'intéressent aux stratégies de réformes, notamment des régimes en répartition : quel paramètre privilégier dans l'ajustement des régimes (durée d'activité, taux de cotisation, taux de remplacement) ? Au-delà des paramètres de répartition, d'autres ajustements sont possibles, notamment dans les taux d'épargne ; c'est ce qu'envisagent M. Queisser et E. Whitehouse dans leur contribution sur les pays de l'OCDE.
Les réformes en Europe et leur impact
Les dix contributions du chapitre 2 évoquent les réformes, les stratégies européennes et leurs impacts, avec un tour d'horizon par pays (Pays-Bas, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Suède). Un accent tout particulier est mis sur les questions d'équité : faut-il introduire la question du genre dans les retraites ? Quid des inégalités relatives par genre et par niveau de richesse ? L'attention est portée aux réformes s'attachant à préserver l'aspect contributif et solidaire des régimes fonctionnant en répartition, par des aménagements spécifiques : introduction des comptes notionnels (Suède), développement des fonds de réserve (France). Les contributeurs sont G. Dekkers et A. Debels (Pays-Bas, Belgique et mesure d'inégalité), C. Bonnet (question du genre), M. Chetouane (retraités pauvres au Royaume-Uni), J. van de Ven, J. Sefton et M. Weale (pension universelle ou régime contributif, avec une application au Royaume-Uni), E. Westerhout (Pays-Bas), S. Jimenez-Martin et J. Labeaga (Espagne), H. Fehr (Allemagne), J. Lassila et T. Valkonen (contribution particulièrement innovante sur le frein suédois, mécanisme de stabilisation en matière de retraite), A. Lavigne ainsi que F. Legros et S. Hamayon (fonds de réserve pour les retraites en France).
Le marché du travail, un handicap aux réformes des retraites
Les sept contributions du chapitre 3 se concentrent sur le marché du travail, en chassant des idées reçues, notamment sur le lien entre emploi et retraite. A. Bozio revient sur les retraites comme solution au chômage des jeunes. D. Blanchet examine le lien entre démographie et marché du travail, Th. Debrand et A. Jolivet, le lien entre santé et retraite. J.-L. Guérin dresse le bilan des mécanismes de surcote (revalorisation des pensions en cas de poursuite d'activité) ; S. Benallah et P. Ralle, ainsi que K. Briard, concentrent leurs analyses sur la gestion des fins de carrière.
Pourquoi réformer est si difficile
En confrontant l'expérience française aux autres réformes européennes, le chapitre 4 s'attaque à des questions plus polémiques en se demandant pourquoi réformer est si difficile. Un obstacle bien connu aux réformes est celui du coût de la transition d'une réforme à l'autre. O. Schneider montre comment les PECOs, sous des impératifs de concurrence internationale, ont résolu la question. H. Piekkola montre comment les finlandais ont réussi à faire progresser l'emploi des seniors, à travers la notion de "vieillissement actif". A l'inverse, pourquoi en France et en Belgique notamment, existe-t-il des résistances à l'allongement de la durée du travail ? C'est l'objet des contributions de J.-M. Lozachmeur, ainsi que de H. Cremer et P. Pestieau. Les individus épargnent-ils suffisamment pour leur retraite, et sinon, comment les y inciter ? C'est à cette problématique que s'attachent L. Arrondel et A. Masson ; Ph. De Donder ; Th. Rapp ; R. Holzmann. L. Arrondel et A. Masson proposent, sur la base de données d'enquêtes, une typologie des épargnants français, et montrent que pour un bon quart d'entre eux (les "têtes brûlées"), il est illusoire de bâtir un système de retraite en capitalisation. R. Holzmann plaide au contraire pour le développement massif des comptes notionnels en cotisations définies. Th. Rapp met l'accent sur les mécanismes d'incitation à l'épargne salariale, tandis que Ph. De Donder s'intéresse sous un angle plus théorique (quasi-philosophique) à la question de l'horizon de la retraite et de la préférence pour le présent.
Voilà donc le livre pour lequel vous ne pourrez pas voter pour le prix du meilleur livre d'économie 2007. En écrivant ces lignes, Gizmo réalise que son avatar contributrice à l'ouvrage n'a pas signé de contrat de droits d'auteur (quand on vous dit qu'Economica est une entreprise artisanale...). Vous pouvez donc vous contenter d'en recommander l'achat au conservateur de votre bibliothèque préférée… Quant à Gizmo, elle est déchirée pour le prix du Sénat, mais elle a voté pour le livre de Pierre Dockès, par pur copinage...
PS (qui n'a rien à voir avec l'économie) : en ce moment, on vote pour les Best of blogs award. Gizmo ne peut que vous inciter à voter pour Les chroniques d'un pingouin ordinaire, dans la catégorie "blogs français".



