mardi 25 décembre 2007

Ma (double) vie en PQ



Lecteur amateur de propos scatologiques, passe ton chemin. Le PQ dont il est question ici n’est pas ce rouleau de ouate de cellulose parfumé avec lequel tu t'essuies le fondement. PQ pour Gizmo signifie deux choses également nobles : "pluralisme et qualité" d’une part, et "personnalité qualifiée" d’autre part. Car Gizmo est (PQ)², et va donc te raconter sa (double) vie en PQ.



Premier rouleau : pluralisme et qualité

Commençons par Pluralisme et qualité. Voilà maintenant quinze ans, des collègues économistes, et notamment Pierre Dockès, chiffonnés par la tournure prise par la discipline décidèrent de présenter une liste intitulée Pluralisme et qualité aux élections au Conseil National des Universités, instance chargée de gérer les carrières des enseignants-chercheurs. L’objectif était de reconnaître le pluralisme des objets et des méthodes en économie, ainsi que la diversité des missions des enseignants-chercheurs. Quinze ans plus tard, la lutte continue. L’avatar universitaire de Gizmo a conduit la liste P&Q aux dernières élections au CNU, avec un certain succès puisque la liste a obtenu un pourcentage significativement plus important de suffrages qu’aux élections précédentes, même si les règles du scrutin ne lui ont pas permis d’accroître son nombre d’élus. En février prochain, la liste Pluralisme et qualité défendra ses principes lors de la session de qualification aux fonctions de maître de conférences et de professeurs des universités en sciences économiques.

Second rouleau : personnalité qualifiée

Venons en à la personnalité qualifiée. Gizmo vous l’aurez compris n’est pas une économiste en chambre. Elle comprend l’intérêt d’une théorie de la dérivée n-ième de la fonction d’utilité, mais disons-le, ce n’est pas son genre de beauté. Ce qui lui importe, c’est que ses idées, et celles de ses collègues, trouvent un écho dans le monde économique. Bien sûr, tous les économistes ne peuvent pas servir la patrie économique en participant à la Commission pour la libération de la croissance. Mais la République est bonne mère, et propose à ses fonctionnaires les plus zélés des mandats de personnalité qualifiée dans de nombreuses instances délibératives et consultatives. C'est ainsi que l’avatar universitaire de Gizmo a été nommée au Comité Consultatif de la Législation et de la Réglementation Financière. Ami lecteur, sois assuré que cette vie de PQ est entièrement bénévole ; tout au plus permet elle d’évoluer dans les ors de la République. Pour autant, la vie de PQ est une vie au poil, pour qui cherche à éclairer les choix publics en matière économique, voire à les infléchir. Etre PQ au CCLRF, ce n’est ni défendre les intérêts des professions financières, ni ceux des consommateurs de produits financiers, ni même ceux des autorités de régulation (gouvernement, Banque de France, Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles…). Mais c’est se demander en permanence si les textes législatifs et réglementaires soumis au comité sont de nature à maximiser le bien-être collectif. Cela suppose d’être suffisamment schizophrène pour ne plus se considérer comme consommateur [1].

Dans sa séance du 5 novembre 2007, le CCLRF devait donner un avis consultatif sur un projet de décret portant de 0,1% à 0,6% le prélèvement opéré sur les primes d’assurance et affecté au Fonds de garantie des assurances obligatoires. Ce fonds a pour mission d'indemniser les victimes d'accidents de la circulation et de chasse, lorsque aucune assurance ne peut intervenir (l’auteur responsable du dommage est inconnu ou n’est pas assuré, le dommage est causé par un animal sauvage...). Plus récemment, depuis août 2003, le FGAO a vu ses missions élargies aux défaillances d'entreprises d'assurances obligatoires, et à la gestion et au financement des majorations des rentes allouées en réparation du préjudice causé par un véhicule terrestre à moteur. L’accroissement du périmètre du FGAO ayant entraîné un accroissement des charges, il pouvait être légitime d’augmenter les recettes pour préserver l’équilibre financier du fonds. Pour autant, augmenter mécaniquement les primes des contrats d’assurance automobiles de 0,5% dans une période où la maîtrise de l’inflation est affichée comme une priorité par la banque centrale d’une part, et où le pouvoir d’achat est stagnant d’autre part, est discutable si on se penche attentivement sur les comptes du FGAO [2]. Le FGAO est un organisme de droit privé, gérant en capitalisation les recettes qui lui sont affectées. Evidemment, la gestion en capitalisation n'est intéressante que si le rendement des sommes capitalisées est supérieur au taux de rendement implicite de la même gestion en répartition. C'est là que le bât blesse. Le FGAO a affiché au cours des dernières années un taux de rendement ridicule, largement inférieur au taux de rendement des obligations d'Etat. Du coup, la capitalisation a été d'un maigre secours, par rapport à une gestion annuelle en répartition, ajustant année après année le taux de contribution nécessaire pour couvrir les charges. Mais pourquoi le FGAO n'est-il pas capable d'afficher un rendement aussi performant que le Fonds de réserve des retraites ? Est-il socialement optimal de déléguer la gestion à une structure de droit privé (dont vous chercherez vainement les comptes) sans un contrôle efficace de la performance ?

Finalement, le CCLRF a donné un avis favorable à l'augmentation du taux de prélèvement, de sorte que le décret portant à 0,6% le taux de la contribution au FGAO a été adopté le 7 novembre 2007. Au moins, vous saurez pourquoi vous payerez plus cher vos primes d'assurance en 2008. Quant à Gizmo, son mandat de PQ au CCLRF s'est achevé en 2007. Fin de rouleau.

[1] Les lecteurs ont compris qu’en matière de schizophrénie, Gizmo ne craint personne…
[2] en supposant que les entreprises d’assurance ne compensent pas la hausse du prélèvement obligatoire par une baisse de la prime de base, ce qui semble raisonnable en situation concurrentielle.

dimanche 16 décembre 2007

GO EuroMed, go !

Lundi 17 décembre, c'est PALM au Laboratoire d'économie d'Orléans. PALM, c'est Public Awareness Local Meeting. Rien de printanier donc, mais une conférence publique destinée à valoriser, auprès des acteurs socio-économiques en région Centre, les résultats d'un contrat financé par la Commission européenne auquel participent quelques membres du LEO. Autant vous dire qu'au LEO, on aime bien tenir aware le beauceron.

La conférence est consacrée aux recherches menées au cours de 2007, deuxième année du contrat concernant l'économie politique de la gouvernance dans le partenariat euro-méditerranéen (GO-EuroMed). Elle porte sur "Démographie, immigration et valeurs culturelles dans le partenariat euro-méditerranéen" et permet aux membres du LEO de présenter les principales conclusions de leurs recherches, bientôt disponibles sur le site à la rubrique "publications" (mais vous pouvez lire les premières copies de 2006). Entrée libre (PALM et cocktail ; d'ailleurs, par ce temps, c'est plutôt tartiflette qu'on aurait dû organiser…).

mardi 11 décembre 2007

On refait le match...




A la gauche de Gizmo, Mathieu Plane. A sa droite, Gilles Saint-Paul. Lequel a obtenu le prix Yrjö Jahnsson 2007 du meilleur économiste de moins de 45 ans ? Du meilleur pilier de bar ?



[Edit: explication de texte]
Pour répondre à Alexandre (et un peu à Markss dans la cbox), la question n'est pas de savoir qui a tort ou raison, mais la qualité de l'argumentation économique. La pauvreté des arguments économiques avancés par Gilles Saint-Paul est confondante.

"Si le dimanche, les consommateurs sont moins stressés, peut-être achèteront-ils plus parce que cela leur demandera moins de temps pour choisir, pour payer, etc." Pourquoi les consommateurs seraient-ils moins stressés le dimanche ? Achète-t-on plus parce qu'on a plus de temps pour choisir ? GSP s'appuie-t-il sur des études de psychologie pour étayer son argument sur la relation entre temps, stress et consommation ?

"D'autres, qui travaillent toute la semaine et ne veulent pas faire de courses le samedi parce que les magasins sont bondés, ont des achats en attente, qui diminueront si les magasins sont ouverts le dimanche". Pourquoi les magasins ne deviendraient-ils pas bondés le dimanche, si les consommateurs effectivement stressés en semaine reportent leurs achats le dimanche ?

"Une légère hausse des prix peut survenir. C'est un peu la contrepartie à cette commodité de pouvoir accéder aux commerces le dimanche. De la même manière que l'épicier de quartier ouvert tard le soir, pratique des prix plus élevés. Si les magasins peuvent ouvrir le dimanche, les gens pressés feront leurs courses ce jour-là et paieront plus cher." Effectivement, on peut considérer que l'ouverture extensive de l'épicier de quartier se paie, pour le service rendu, sous la forme d'une augmentation des prix. Mais cette augmentation est indifférenciée quel que soit le jour où on fait ses achats. GSP suppose-t-il que les acheteurs du dimanche paieront plus cher que les autres jours ?

"Ces magasins [les petits commerces] pourront, eux aussi, ouvrir le dimanche. Avec des employés que l'on connaît bien, on peut s'arranger, leur demander de faire des heures supplémentaires." Parce que l'on ne connaît pas ses employés dans la grande distribution ? Parce que la protection des travailleurs est moins garantie dans les petits commerces ? On pourrait d'ailleurs renverser l'argument : parce que j'ai des liens plus personnels avec mes employés, je peux avoir des réticences à leur imposer l'ouverture le dimanche, surtout si je sais que je n'ai pas les moyens de les rémunérer plus.

"En tout cas, selon moi, dans un pays qui compte deux millions de chômeurs et beaucoup d'étudiants qui souvent manquent de moyens, des gens sont prêts à travailler le dimanche, même à des salaires non majorés". Parce qu'il vaut mieux que des chômeurs acceptent de travailler à des salaires non majorés le dimanche ? Parce qu'il vaut mieux que les étudiants travaillent le dimanche, plutôt que leurs études soient financées par des bourses décentes ?

Désolée, Gizmo préfère l'argumentation de Mathieu Plane, plus économique, plus étayée et plus nuancée. Mais elle a sûrement tort.

mercredi 5 décembre 2007

Le Fonds de réserve pour les retraites : le courant ne passe pas…

En choisissant de financer un plan de rénovation des universités de cinq milliards d'euros par la cession d'une fraction du capital d'EDF à des investisseurs institutionnels, l'Etat a calmé la communauté universitaire. L'opération réalisée au cours de 82 euros environ a permis de lever 3,7 milliards d'euros, l'Etat détenant désormais 84,8% du capital, contre 87,3% auparavant.

Cependant, en affectant ces recettes de privatisation au financement d'investissements universitaires, l'Etat prive le fonds de réserve pour les retraites de ressources cruciales pour son devenir à moyen terme. Tout est ici affaire d'arbitrage : financer l'investissement d'EDF, des universités ou le système de retraite par répartition. Sachant que la loi dispose que la participation de l'Etat dans le capital d'EDF ne peut être inférieure à 70%, il reste quelques marges de manœuvre pour poursuivre ces trois objectifs. En cédant 10% du capital, l'Etat pourrait affecter environ 15 milliards d'euros supplémentaires au FRR. Ceci ne serait certainement pas du goût de Pierre Gadonneix, PdG d'EDF, mais permettrait d'envisager plus sereinement l'échéance de 2020, date à partir de laquelle le FRR commencera à financer les différents régimes affectataires.