Gizmo et mai 1968
En sortant de l'Université de Dauphine ce matin là, Gizmo fut aveuglée par la lumière crue du mois de mai. Les yeux rougis par plus de vingt-quatre heures éprouvantes, elle se dirigea machinalement vers la station de taxis, s'engouffra dans la première voiture, et s'affala sans énergie sur la banquette. Le taxi emprunta le périphérique extérieur, et Gizmo enfin vaincue par le sommeil somnolait, lorsqu'à demi consciente, elle fut saisie par la brutalité des propos émanant de la radio : "… spectacle de désolation…, des morts…, fête ensanglantée…". Machinalement, elle demanda au chauffeur :
- Que se passe-t-il ? De quels morts parle-t-on ? Que s'est-il produit ?
- Mais, Mademoiselle, vous ne savez pas ?! La catastrophe d'hier soir ? Le match…
Car ce jour de mai, c'était le 6 mai 1992. La veille au soir était programmée la demi-finale de Coupe de France de football opposant l'équipe du Sporting Club de Bastia à l'Olympique de Marseille au Stade de Furiani. D'ordinaire, Gizmo aurait été rivée à sa télévision, le football (et le sport en général) faisant partie des inavouables perversions dans lesquelles une économiste pas même encore distinguée ne saurait se complaire. Mais, le 5 mai 1992 vers 20h30, Gizmo était enfermée dans un appartement du 7ème arrondissement pour préparer avec quelques comparses sa leçon en 24 heures du concours d'agrégation en sciences économiques.
Le concours d'agrégation
En ce temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, le premier concours national d'agrégation en sciences économiques comportait quatre épreuves. La première épreuve, dite épreuve sur travaux, consistait en la présentation par le/la candidat/e de ses travaux universitaires (thèse et autres publications) pendant 15 minutes, présentation suivie d'une discussion de 30 minutes avec un jury composé de sept personnes, pour l'essentiel des professeurs d'université en sciences économiques (2 membres devaient, et doivent toujours, être extérieurs à la discipline et/ou extérieurs à l'enseignement supérieur français). Cette année là, comme trop souvent, le jury était composé de sept hommes, et présidé par le recteur en exercice de l'académie de Lyon. Après la première épreuve, le jury prononçait une sous-admissibilité, pour déterminer la liste des candidats admis à poursuivre le concours. La deuxième épreuve, appelée "première leçon en loge", consistait à tirer au sort un sujet portant sur la théorie économique, à préparer ce sujet pendant 8 heures dans une salle dévolue à cet effet, à exposer sa leçon (un "mini cours") en 30 minutes, suivie de questions du jury pendant 15 minutes. Cette deuxième épreuve se déroulait environ un mois après la première. La loge qui permettait la préparation était équipée d'une centaine d'ouvrages en accès direct, ainsi que de quelques collections de périodiques, dont la liste était fournie aux candidats au début du concours. A l'issue de cette deuxième épreuve, le jury déterminait la liste des candidats admissibles, autorisés à subir deux épreuves supplémentaires, espacées chacune de quelques semaines : la leçon en vingt-heures, et une dernière leçon en loge, dite "leçon de spécialité", portant plutôt sur l'économie appliquée, et sur un sujet choisi dans un ensemble restreint de sous disciplines (politique économique, économétrie, économie du travail etc…), la spécialité étant choisie lors de l'inscription au concours. Cette dernière leçon se déroulait selon un schéma analogue à celui de la première leçon: préparation en loge pendant 8 heures à l'aide de documents disponibles, leçon de 30 mn, mais sans questions du jury à la fin.
La leçon en 24 heures
Attardons nous sur cette fameuse leçon en 24 heures, figure encore mythique des concours d'agrégation en droit. Historiquement, l'objectif de cette leçon était d'évaluer les capacités de travail en équipe des candidats. Dans les années cinquante, les équipes étaient restreintes : elles se limitaient à un groupe d'agrégatifs, trois ou quatre, préparant le concours ensemble. Progressivement, une dérive s'est installée : au début des années quatre-vingt-dix, les équipes regroupaient parfois 20 personnes, le plus souvent des jeunes maîtres de conférences en économie et quelques historiens [1]. L'organisation de l'épreuve était la suivante : à une heure donnée (pour Gizmo à 8h), le candidat tirait un sujet portant sur l'histoire des théories et des faits économiques depuis 1750. Ensuite, il devait préparer sa leçon comme bon lui semblait pendant 24 heures, pour venir la présenter 24 heures plus tard (pour Gizmo à 8h le lendemain matin, pour ceux qui suivent), pendant 45 minutes suivies de 15 minutes de questions, devant le jury. Pendant les 24 heures de préparation, tous les moyens étaient bons. Seule la déontologie interdisait de recourir aux services d'un professeur agrégé : aucun contrôle, autre que le contrôle social, n'était effectué. Comment Gizmo s'était-elle organisée pour ces 24 heures ? A l'époque, elle avait la chance d'être rattachée à un laboratoire nanterrois dirigé par un jeune professeur déjà célèbre, et disposant d'une annexe dans un appartement privatif du 7ème arrondissement. Pour ce jour-là, les chercheurs habituels en avaient été évincés, de sorte que Gizmo disposait de 6 bureaux et une salle de réunion. Son équipe était constituée d'un noyau dur de jeunes collègues maîtres de conférence des universités d'Orléans et de Nanterre, chargés de l'aider à rédiger sa leçon ; par ailleurs, des étudiants et des doctorants avaient pour mission de pourvoir l'équipe en livres et périodiques empruntés pour 24h dans les grandes bibliothèques parisiennes (Cujas, Dauphine et Sciences Po pour Gizmo ; les candidats au concours bénéficiaient d'une autorisation spéciale pour emprunter – et remettre ! – les ouvrages pendant 24h). Enfin, l'équipe était complétée par des proches chargés d'alimenter les participants en provisions de bouche, car mêmes les purs esprits ne peuvent tenir 24 heures sans deux services de restauration minimum.
Mai 68 et l'économie française
Là, lecteur impatient, Gizmo sent que tu t'énerves : et mai 68 dans tout ça ? Equipée d'une escouade d'historiens patentés en prévision d'un sujet potentiellement abscons pour elle, Gizmo dut les renvoyer dans leurs foyers à 8h10 après leur avoir lu le sujet de sa leçon : "Mai 68 et l'économie française". Un vrai piège. Car, lecteur perspicace, tu auras compris qu'en mai 68, la petite Gizmo commençait à peine à asseoir son arrière-train sur les bancs de l'école primaire. Et que pour elle, mai 68, ce n'était ni du vécu, ni de l'histoire. Certes, par parents interposés, eux-mêmes très impliqués dans les "événements", elle n'ignorait pas ce qui s'était passé, mais le sujet induisait une nécessaire asymétrie entre la candidate et le jury, dont certains membres avaient été des acteurs économiques de l'époque. Vaille que vaille, l'équipe s'organisa, confectionna un plan, rédigea les parties de la leçon, pendant que Gizmo et deux acolytes s'attelaient à l'introduction (temps fort de toute leçon académique : une introduction bien charpentée est le gage d'une leçon réussie). Vers 2 heures du matin, Gizmo s'attelait à la tâche la plus débile que ce concours engendrait : recopier à la main les parties rédigées par les équipiers (soit une quarantaine de feuillets manuscrits, le règlement du concours exigeant que les notes soient remises en fin de leçon au jury). Gizmo se livrait ensuite à une répétition devant les équipiers hagards qui avaient survécu, apportait quelques modifications marginales pour tenir dans le temps imparti, s'accordait une douche dans une chambre d'hôtel réservée à proximité (Gizmo s'était promis d'avoir fini sa préparation avant 2h, pour dormir quelques heures), enfilait un tailleur strict approprié à l'épreuve et se dirigeait en métro vers Dauphine, lieu de l'audition. Gizmo fit une prestation pitoyable, pas tant dans l'exposé que dans les questions qui s'ensuivirent. Evidemment, tous ces professeurs avaient une connaissance personnelle des événements. L'un d'entre eux qui avait participé à la conduite de la politique économique de l'époque pilonnait Gizmo de questions très précises, tant et si bien qu'à la question "Et que s'est-il passé en novembre 68 ?", Gizmo lâcha : "Je ne sais pas, je n'ai pas vécu l'évènement", et que le docte professeur cingla : "Et moi, je n'étais pas né à la mort de Louis XVI…", ce qui déclencha le rire de ses collègues, et une colère mêlée de larmes contenues chez Gizmo [2].
Et maintenant, qu'on arrête de bassiner les jeunes générations avec mai 68. Ironiquement, malgré mai 68, le concours d'agrégation perdure alors qu'il aurait pu (dû ?) être emporté par la vague qui happa les institutions universitaires. Mais qui veut aujourd'hui la peau des mandarins ?
PS. Gizmo les a évidemment remerciés en leur temps, mais elle renouvelle ses remerciements à Bertrand, Carlos, Carole, Cécile, Christophe, Cyril, Cyrille, Jean-Baptiste, Laurence, Luc, Marianne, Rachel, Raphaëlle, Thierry (Gizmo provider) et tous les porteurs de livres et de victuailles qui ont contribué à cette journée particulière. Sincère et amical salut à Pierre qui est passé du statut de bourreau, à celui de délicieux collègue ; les autres n'ont pas changé de statut, et ne sont que des chers collègues. Pensée pour Jean-Marie (†).
[1] A l'époque, Jacques était un équipier très prisé...
[2] Contenues pendant l'épreuve, on a sa dignité. Une fois la porte de sortie franchie, le flot lacrymal prit sa liberté.
- Que se passe-t-il ? De quels morts parle-t-on ? Que s'est-il produit ?
- Mais, Mademoiselle, vous ne savez pas ?! La catastrophe d'hier soir ? Le match…
Car ce jour de mai, c'était le 6 mai 1992. La veille au soir était programmée la demi-finale de Coupe de France de football opposant l'équipe du Sporting Club de Bastia à l'Olympique de Marseille au Stade de Furiani. D'ordinaire, Gizmo aurait été rivée à sa télévision, le football (et le sport en général) faisant partie des inavouables perversions dans lesquelles une économiste pas même encore distinguée ne saurait se complaire. Mais, le 5 mai 1992 vers 20h30, Gizmo était enfermée dans un appartement du 7ème arrondissement pour préparer avec quelques comparses sa leçon en 24 heures du concours d'agrégation en sciences économiques.
Le concours d'agrégation
En ce temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, le premier concours national d'agrégation en sciences économiques comportait quatre épreuves. La première épreuve, dite épreuve sur travaux, consistait en la présentation par le/la candidat/e de ses travaux universitaires (thèse et autres publications) pendant 15 minutes, présentation suivie d'une discussion de 30 minutes avec un jury composé de sept personnes, pour l'essentiel des professeurs d'université en sciences économiques (2 membres devaient, et doivent toujours, être extérieurs à la discipline et/ou extérieurs à l'enseignement supérieur français). Cette année là, comme trop souvent, le jury était composé de sept hommes, et présidé par le recteur en exercice de l'académie de Lyon. Après la première épreuve, le jury prononçait une sous-admissibilité, pour déterminer la liste des candidats admis à poursuivre le concours. La deuxième épreuve, appelée "première leçon en loge", consistait à tirer au sort un sujet portant sur la théorie économique, à préparer ce sujet pendant 8 heures dans une salle dévolue à cet effet, à exposer sa leçon (un "mini cours") en 30 minutes, suivie de questions du jury pendant 15 minutes. Cette deuxième épreuve se déroulait environ un mois après la première. La loge qui permettait la préparation était équipée d'une centaine d'ouvrages en accès direct, ainsi que de quelques collections de périodiques, dont la liste était fournie aux candidats au début du concours. A l'issue de cette deuxième épreuve, le jury déterminait la liste des candidats admissibles, autorisés à subir deux épreuves supplémentaires, espacées chacune de quelques semaines : la leçon en vingt-heures, et une dernière leçon en loge, dite "leçon de spécialité", portant plutôt sur l'économie appliquée, et sur un sujet choisi dans un ensemble restreint de sous disciplines (politique économique, économétrie, économie du travail etc…), la spécialité étant choisie lors de l'inscription au concours. Cette dernière leçon se déroulait selon un schéma analogue à celui de la première leçon: préparation en loge pendant 8 heures à l'aide de documents disponibles, leçon de 30 mn, mais sans questions du jury à la fin.
La leçon en 24 heures
Attardons nous sur cette fameuse leçon en 24 heures, figure encore mythique des concours d'agrégation en droit. Historiquement, l'objectif de cette leçon était d'évaluer les capacités de travail en équipe des candidats. Dans les années cinquante, les équipes étaient restreintes : elles se limitaient à un groupe d'agrégatifs, trois ou quatre, préparant le concours ensemble. Progressivement, une dérive s'est installée : au début des années quatre-vingt-dix, les équipes regroupaient parfois 20 personnes, le plus souvent des jeunes maîtres de conférences en économie et quelques historiens [1]. L'organisation de l'épreuve était la suivante : à une heure donnée (pour Gizmo à 8h), le candidat tirait un sujet portant sur l'histoire des théories et des faits économiques depuis 1750. Ensuite, il devait préparer sa leçon comme bon lui semblait pendant 24 heures, pour venir la présenter 24 heures plus tard (pour Gizmo à 8h le lendemain matin, pour ceux qui suivent), pendant 45 minutes suivies de 15 minutes de questions, devant le jury. Pendant les 24 heures de préparation, tous les moyens étaient bons. Seule la déontologie interdisait de recourir aux services d'un professeur agrégé : aucun contrôle, autre que le contrôle social, n'était effectué. Comment Gizmo s'était-elle organisée pour ces 24 heures ? A l'époque, elle avait la chance d'être rattachée à un laboratoire nanterrois dirigé par un jeune professeur déjà célèbre, et disposant d'une annexe dans un appartement privatif du 7ème arrondissement. Pour ce jour-là, les chercheurs habituels en avaient été évincés, de sorte que Gizmo disposait de 6 bureaux et une salle de réunion. Son équipe était constituée d'un noyau dur de jeunes collègues maîtres de conférence des universités d'Orléans et de Nanterre, chargés de l'aider à rédiger sa leçon ; par ailleurs, des étudiants et des doctorants avaient pour mission de pourvoir l'équipe en livres et périodiques empruntés pour 24h dans les grandes bibliothèques parisiennes (Cujas, Dauphine et Sciences Po pour Gizmo ; les candidats au concours bénéficiaient d'une autorisation spéciale pour emprunter – et remettre ! – les ouvrages pendant 24h). Enfin, l'équipe était complétée par des proches chargés d'alimenter les participants en provisions de bouche, car mêmes les purs esprits ne peuvent tenir 24 heures sans deux services de restauration minimum.
Mai 68 et l'économie française
Là, lecteur impatient, Gizmo sent que tu t'énerves : et mai 68 dans tout ça ? Equipée d'une escouade d'historiens patentés en prévision d'un sujet potentiellement abscons pour elle, Gizmo dut les renvoyer dans leurs foyers à 8h10 après leur avoir lu le sujet de sa leçon : "Mai 68 et l'économie française". Un vrai piège. Car, lecteur perspicace, tu auras compris qu'en mai 68, la petite Gizmo commençait à peine à asseoir son arrière-train sur les bancs de l'école primaire. Et que pour elle, mai 68, ce n'était ni du vécu, ni de l'histoire. Certes, par parents interposés, eux-mêmes très impliqués dans les "événements", elle n'ignorait pas ce qui s'était passé, mais le sujet induisait une nécessaire asymétrie entre la candidate et le jury, dont certains membres avaient été des acteurs économiques de l'époque. Vaille que vaille, l'équipe s'organisa, confectionna un plan, rédigea les parties de la leçon, pendant que Gizmo et deux acolytes s'attelaient à l'introduction (temps fort de toute leçon académique : une introduction bien charpentée est le gage d'une leçon réussie). Vers 2 heures du matin, Gizmo s'attelait à la tâche la plus débile que ce concours engendrait : recopier à la main les parties rédigées par les équipiers (soit une quarantaine de feuillets manuscrits, le règlement du concours exigeant que les notes soient remises en fin de leçon au jury). Gizmo se livrait ensuite à une répétition devant les équipiers hagards qui avaient survécu, apportait quelques modifications marginales pour tenir dans le temps imparti, s'accordait une douche dans une chambre d'hôtel réservée à proximité (Gizmo s'était promis d'avoir fini sa préparation avant 2h, pour dormir quelques heures), enfilait un tailleur strict approprié à l'épreuve et se dirigeait en métro vers Dauphine, lieu de l'audition. Gizmo fit une prestation pitoyable, pas tant dans l'exposé que dans les questions qui s'ensuivirent. Evidemment, tous ces professeurs avaient une connaissance personnelle des événements. L'un d'entre eux qui avait participé à la conduite de la politique économique de l'époque pilonnait Gizmo de questions très précises, tant et si bien qu'à la question "Et que s'est-il passé en novembre 68 ?", Gizmo lâcha : "Je ne sais pas, je n'ai pas vécu l'évènement", et que le docte professeur cingla : "Et moi, je n'étais pas né à la mort de Louis XVI…", ce qui déclencha le rire de ses collègues, et une colère mêlée de larmes contenues chez Gizmo [2].
Et maintenant, qu'on arrête de bassiner les jeunes générations avec mai 68. Ironiquement, malgré mai 68, le concours d'agrégation perdure alors qu'il aurait pu (dû ?) être emporté par la vague qui happa les institutions universitaires. Mais qui veut aujourd'hui la peau des mandarins ?
PS. Gizmo les a évidemment remerciés en leur temps, mais elle renouvelle ses remerciements à Bertrand, Carlos, Carole, Cécile, Christophe, Cyril, Cyrille, Jean-Baptiste, Laurence, Luc, Marianne, Rachel, Raphaëlle, Thierry (Gizmo provider) et tous les porteurs de livres et de victuailles qui ont contribué à cette journée particulière. Sincère et amical salut à Pierre qui est passé du statut de bourreau, à celui de délicieux collègue ; les autres n'ont pas changé de statut, et ne sont que des chers collègues. Pensée pour Jean-Marie (†).
[1] A l'époque, Jacques était un équipier très prisé...
[2] Contenues pendant l'épreuve, on a sa dignité. Une fois la porte de sortie franchie, le flot lacrymal prit sa liberté.

4 ça se discute...:
Ca devait être quand même une sacrée expérience cette épreuve. Par contre, on peut pas faire plus inégalitaire : comment faisaient les candidats de petites universités n'ayant pas de pied-à-terre sur paris et peu de collègues sous la main pour les aider ? Je ne sais pas si l'agrégation du supérieure est une bonne chose et doit être maintenue. Moi en tout cas, je me contenterai de mon agrégation du secondaire...déjà que les oraux d'1heure avec 5 heures de préparation j'ai eu du mal à les supporter, je n'imagine même pas ce que ça pourrait donner sur des épreuves de 8 heures à un tel niveau d'exigence...
Quand on pense à l'ébullition du monde de la recherche économique en 1992, avoir eu un sujet pareil, c'est vraiment déplorable. Je constate en tout cas que beaucoup de gens ont le même ressenti de cette épreuve. Vivement sa disparition.
Petite question débile que je n'avais encore jamais osé poser : qu'est-ce qui justifie l'existence de ce concours ?
Plus précisément, qu'est-ce qui justifie l'existence d'un concours permettant d'intégrer le corps des professeurs des universités sans passer par la case MCF dans les seules disciplines juridiques et économiques ? Les matheux, les littéraires, les sociologues, les linguistes (...) ont-ils, par conséquent, adopté une autre méthode de "sélection" des professeurs des universités ?
@ C.H. : sur le caractère inégalitaire, c'est une évidence. C'est d'ailleurs sur cette base que Gizmo et quelques collègues ont lancé une pétition pour la suppression de cette épreuve dès la fin du concours 1992. L'épreuve a été supprimée deux concours plus tard. Pour les 8h en loge, c'est une question d'entraînement : ni facile, ni difficile, juste savoir pourquoi on est là…
@ Alexandre Delaigue : +1. Pour information, la dernière leçon était : "Faudra-t-il travailler plus ?". Gizmo avait fait un plan en deux parties (ben oui), avec en partie 1 : on travaillera moins en synchronique (partage du travail), et plus en diachronique (financement des retraites) en partie 2. Le jury lui a fait comprendre que la partie 1 était hors sujet (en 1992, PERSONNE ne parlait des 35 heures, et Gizmo s'était battue les flancs pour trouver des références, en l'occurrence le rapport Taddéi).
@ Cimon : le concours d'agrégation est une survivance historique, lorsque la profession d'avocat a échappé aux règlements des corporations (possibilité d'acheter le droit d'accès, ou patente, pour exercer une profession). Les avocats ont fait valoir que les compétences requises pour former à l'exercice de la profession d'avocat ne pouvaient pas être achetables. D'où la création d'un concours d'agrégation de droit [Gizmo vient d'entendre cette version au séminaire de son laboratoire]. Par la suite, et probablement pour les mêmes raisons, création d'un concours d'agrégation en médecine et pharmacie. La création d'un concours d'agrégation en sciences économiques est beaucoup plus récente, lorsque l'économie s'est autonomisée par rapport au droit. L'existence de deux concours (agrégation du secondaire et agrégation du supérieur) est une particularité liée à l'introduction d'enseignement d'économie dans les cursus du secondaire général dans les années 1970.
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