samedi 28 juin 2008

Au sommaire de la Revue d'économie politique : économie du sport

Avec les beaux jours, Gizmo rechausse ses baskets. La dernière livraison de la Revue d'économie politique est consacrée à l'économie du sport, et Gizmo a mouillé le maillot pour la confection du numéro, en collaboration avec Wladimir Andreff, actuel Président de l'Association Française de Science Economique. Lecteur choyé qui t'es peut-être fourvoyé dans tes pronostics pour l'Euro 2008, veux-tu savoir combien la France remportera de médailles aux Jeux Olympiques de Pékin ? Veux-tu comprendre pourquoi Paris n'organisera pas les Jeux Olympiques de 2012 ? Veux-tu connaître les relations complexes entre la Bourse et le football ? Entre les médias et les compétitions sportives ? Veux-tu savoir comment les économistes analysent le dopage ? Non, ça, tu le sais déjà, c'est expliqué ici et , et Gizmo n'organise pas de match retour. Mais pour le reste, lecteur supporteur de Zinedine Zidane, de Liu Xiang ou de Thierry Rolland, tu trouveras ton bonheur dans le numéro 2 de l'année 2008 ; et comme la Revue d'économie politique n'est toujours pas équipée d'un site internet, Gizmo va t'en conter quelques charmes…

Alors que le cabinet de conseil et d'audit PriceWaterhouseCoopers (PWC) publie une étude selon laquelle la France remporterait 30 médailles aux prochains Jeux Olympiques (contre 33 en 2004 à Athènes), Madeleine Andreff, Wladimir Andreff et Sandrine Poupaux (AAP) estiment que le score serait égal à 36 médailles, dans leur article intitulé "Les déterminants économiques de la performance olympique : prévision des médailles qui seront gagnées aux Jeux de Pékin". Les présupposés des deux études sont identiques, et reposent pour l'essentiel sur une méthodologie élaborée dans les années soixante-dix et perfectionnée dans un article de référence publié par Bernard et Busse en 2004 dans la très sérieuse Review of Economic and Statistics en 2004 (version gratuite ici). Si personne ne contexte que les aptitudes physiques d'un athlète sont déterminantes pour déterminer ses chances de victoires dans une compétition sportive, il reste à expliquer pourquoi les Etats-Unis arrivent systématiquement en tête du tableau des médailles, pourquoi une trentaine de pays développés se partagent près de 80% des médailles alors que les pays en développement n'en gagnent que quelques unes, et pourquoi les anciens pays à économie planifiée se distinguaient par leur performance sportive.

De manière générale, aussi bien PWC et AAP soutiennent que les ressources économiques et humaines d'un pays sont déterminantes pour estimer les performances olympiques d'une nation. Certes, un pays très peuplé a plus de chance de fournir des médaillés potentiels, mais ce n'est pas une garantie : par exemple, l'Inde n'a jamais brillé dans les grandes manifestations universelles (elle ne brille que dans quelques sports hérités de son passé colonial : cricket, squash, hockey sur gazon, par exemple). En revanche, on conçoit que le niveau économique, et la croissance économique nationale, sont des déterminants potentiellement importants des performances sportives : une économie prospère offre aux athlètes des conditions alimentaires, médicales et techniques propices aux performances sportives. De manière sommaire, lorsqu'on régresse le nombre de médailles obtenues par une nation sur le PIB par habitant et sur la population, on obtient des résultats intéressants. Mais, pour que l'explication soit vraiment convaincante et la prédiction robuste, d'autres variables explicatives doivent être introduites. Ainsi, on sait que pendant la guerre froide, un certain nombre de régimes politiques ont fondé leur puissance sur leurs victoires dans les manifestations sportives universelles, et il convient d'introduire le "régime politique" comme variable explicative potentielle. Egalement, le fait d'être pays organisateur accroît les probabilités de victoires : d'une part, les supporteurs nationaux sont majoritaires dans les stades, d'autre part une nation peut consacrer des ressources spécifiques à la détection et la préparation des athlètes en vue des jeux qu'elle organise (puisque la localisation des Jeux est connue environ sept ans avant leur déroulement) enfin les athlètes locaux évitent les inconvénient du dépaysement (même si de nos jours, les athlètes sont des professionnels rompus aux déplacements).

Là où l'étude de PWC reprend la méthodologie de Bernard et Busse, l'analyse de AAP répond aux objections que cette méthodologie a suscitées. D'une part, AAP associent aux variables macroéconomiques des déterminants culturels plus "microéconomiques" tels que le type de disciplines pratiquées par les nations, ou le régime politique. D'autre part, AAP tiennent compte des inerties dans les résultats sportives (en introduisant des variables explicatives retardées, la population et le PIB par tête quatre ans plus tôt). Enfin AAP envisagent une troisième spécification dans laquelle ils expliquent la participation individuelle à une finale olympique, puis l'obtention individuelle d'une médaille olympique conditionnellement à l'accession en finale.

Quelles sont les prédictions des modèles PWC et AAP ? Le tableau suivant retrace les prédictions moyennes des modèles PWC et AAP.


Globalement, le modèle PWC prédit un nombre sensiblement moins important pour les pays phares de l'olympisme, notamment les Etats-Unis. En outre, alors que la Chine arrive en tête dans le classement PWC, elle n'est que deuxième dans le classement AAP, avec un total très supérieur dans les deux cas au nombre de médailles remportées à Sydney. De la même manière, PCW anticipe un effondrement de la Russie, prédiction non soutenue par AAP. Enfin, si PWC estime que la France gagnera 3 médailles de moins qu'à Sydney, AAP a la prédiction symétrique, la France remportant 3 médailles de plus qu'aux JO précédents. Ces divergences montrent combien l'exercice de prévision est délicat. Soulignons que dans les deux cas, il s'agit d'estimations moyennes, même si AAP fournissent également des intervalles de confiance pour leurs prévisions (par exemple, la France a 90 chances sur 100 de remporter entre 35 et 38 médailles, la Chine entre 73 et 86 médailles). Rendez vous fin août pour le dénouement…

Ami lecteur, Gizmo espère que tu n'es pas envahi par l'acide lactique après cet effort et qu'il te reste quelques forces pour courir à ta bibliothèque universitaire préférée et lire la suite du numéro. Sinon, tu peux t'abonner ici (mais c'est cher) ou adhérer à l'AFSE, et pour 50 euros supplémentaires, obtenir le même abonnement.

5 ça se discute...:

Corgx a dit…

Juste un détail: les derniers jeux olympiques (auquel semblent correspondre vos données) ont eu lieu à Athène, pas à Sydney.

Gizmo a dit…

Oups ! Effectivement. Corrigé. Merci. La référence aux JO de Sydney est dans les prédictions du papier de Bernard et Busse.

Cimon a dit…

Finalement, le prédicteur le plus sûr du futur est... le passé : Pas de changement significatif pour l'Allemagne, l'Australie, le Japon, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne (il me semble que c'est le Royaume-uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, mais bon) et Corée du sud.

La Chine voit son nombre de médailles augmenter, ce qui n'est guère étonnant au vu des JO passés. Quant à la Russie et aux USA, il restent plus ou moins constants en moyenne des deux prédictions, ce qui signifie que ce qui est intéressant, c'est l'écart entre les deux prédictions.

Petite question : le nombre de médailles est constant d'Athènes à Pékin ? Et sa répartition (l'escrime avait ainsi "lâché" quelques médailles récemment, ce qui pénalise plus la France ou la Hongrie que les USA) est constante ?

Autre point d'étude qui pourrait être intéressant : les USA gagnent plus de médailles, mais ils récupèrent plus de médailles d'or que de médaille d'argent, et plus de médailles d'argent que de médailles de bronze. Les Français font plutôt le contraire, alors qu'intuitivement, on pourrait supposer que la répartition ne devrait pas varier énormément autour d'un peu moins d'un tiers pour les médailles d'or et d'argent et un peu plus d'un tiers pour les médailles de bronze (il y a plus de médailles de bronze que d'autres médailles).

Gizmo a dit…

Sur la Grande-Bretagne / Royaume-Uni, pour le CIO, c'est kifkif. Pour le nombre de médailles, vous avez raison, il n'a pas de raison de rester constant (apparition/retrait de nouvelles épreuves) ; Gizmo ne sait pas comment les auteurs ont traité cela. Sur les médailles, il est effectivement possible de régresser la probabilité de gagner des médailles d'or / d'argent / de bronze sur les variables explicatives déjà utilisées. Mais le pourquoi "plus de médailles d'or pour les zusas" reste un phénomène à expliquer (peut être pas avec des variables économiques).

Cimon a dit…

Pour la couleur des médailles : ici

Il est vrai qu'en anglais, British marche aussi bien pour RU que pour GB.

Pour parler d'autre chose : quelle équipe de football va être alignée aux JO de Londres ? Angleterre ? Barbarians britanniques ? A priori, il y a déjà eu des équipes d'Angleterre aux JO.

OK, je retourne me terrer dans mon coin...