mardi 23 septembre 2008

Avenir des SES, un regard décalé


Logiquement, Gizmo devrait vous abreuver de billets lumineux sur la crise financière actuelle. Hélas, comme il est écrit dans la boîte à ronrons, l'avatar universitaire de Gizmo a été promue à des tâches ménagères supérieures, ce qui la coupe (provisoirement ?) des interrogations théologiques sur l'avenir du capitalisme contemporain.



Fort opportunément, Gizmo peut compter sur de solides Gizmo providers, dont la messagerie électronique regorge de ces billets délicieux susceptibles de faire le miel d'un(e) ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche se demandant : "Est-ce qu’il est vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits délégués par l’Etat, que nous fassions passer des concours bac +10 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire des cours d'alphabétisation à des étudiants ou de leur trouver un stage chez McDo ?". Gizmo vous le prouve derechef grâce à ce courriel redirigé sur son Gizmo provider préféré (orthographe, syntaxe, typographie et mise en page garanties d'origine) :

----- Original Message -----
From:
xxxx
To:
yyy.zzz@univ-ooo.fr
Sent: Monday, September 22, 2008 7:57 PM
Subject: Etudes.
Bonjour,
Je vous contact afin d'avoir quelques informations. Je viens de trouver votre adresse Mail sur le net.
Voici ma situation.
Je suis lycéen en terminal S.
J'ai toujours envisagé de créer mon entreprise. J'ai déjà créer une entreprise sur le net mais bon c'est du bas de gamme mais sa me permet d'avoir un argent de poche qu'un grand nombre de personnes de mon âge rêveraient d'avoir.
Actuellement je me renseigne, j'avais décidé de d'intégrer la licence Economie- gestion mais je viens de découvrir une licence qui s'appelle capacité en gestion des entreprise.
[lien vers le site internet supprimé par Gizmo]
Je voulais savoir qu'elle est votre avis.
Est-ce une bonne licence ? Est-ce mieux une licence en économie gestion ?
En faite ce que je voudrais savoir est si ce genre de licence « fait bien sur le CV « ?
Cordialement

Gizmo espère que c'est un fake. Sans conviction.

13 ça se discute...:

Anonyme a dit…

Peut-on vraiment regretter le contenu de ce courriel si l'on considère que les 3/4 des camarades de l'auteur (qui assisteront aux cours du même "bac+10") n'envisagent leur avenir que dans les bureaux d'un conseil général ou de toute autre administration ?

Anonyme a dit…

Ayant eu l'occasion, il y aura bientôt 10 ans, d'enseigner dans une excellente université publique, en formation initiale, dans le cursus d'un diplome national, du haut de mon modeste Bac+3 de l'enseignement technique, aux côtés notamment d'un collègue bachelier mais fonctionnaire de catégorie A, et d'une excellente étudiante Erasmus de 21 ans, je peux vous assurer que l'intégralité de l'enseignement proposé en université n'est pas assuré par des Bac+10

Pierre-Louis a dit…

Beaucoup plus grâve, vous avez oublié ce qu'était'être lycéen.

Entre les conseillers d'orientation sexiste (ou pas moins sexiste que le reste de la population, on a demandé à ma sœur pourquoi elle a voulu aller dans un lycée technique alors que la question n'a pas été posée à ses frère, en oubliant que le coté technique du lycée signifiait surtout que les options était disponible et que le lycée en question avait des classes généralistes et des élèves en prépa qui avaient l'X régulièrement) ou ignorant (formation d'ingénieur avec prépa intégré dont le concours était hébergé par le lycée ce qui était ignoré d'un conseiller), la seule ressource crédible d'informations vient des enseignants qui ont gardé contact avec d'anciens élèves.

Pour un élève de S, il n'a pas de prof à lui vers lesquels se tourner qui connaissent bien le système éducatif des formations d'économie ou de gestion.

Le "faire bien sur un CV" vient de la crédibilité de la formation nécessaire pour faire un emprunt pour un jeune entrepreneur.

Ce jeune élève n'a pas l'expérience et le savoir pour trier les informations sur ces formations. Vous êtes probablement la seule source crédible à laquelle il ait accès. Simplement lui répondre non serait utile (en évoquant éventuellement les IUT GEA s'il cherche une formation de gestion courte crédible, et les choix plus large qui s'offriraient après une formation généraliste s'il poursuit ses études après la licence).

C'est très, très mal d'oublier comment vous même ou vos camarades étiez au lycée, ça fait des profs de ce genre : http://www.smbc-comics.com/index.php?db=comics&id=1146

Anonyme a dit…

La contribution décisive du système éducatif français à la reproduction des élites n'est plus à établir.

Il est très commode de disposer d'un marqueur culturel tel que la maîtrise des formes archaïques de la langue pour que l'élite se reconnaisse.

Donc, en veillant à ne jamais donner aux enfants une meilleure maîtrise d'une langue surannée que celle de leurs parents, le système éducatif contribue à sa mission de service public.

La blague étant un peu éventée, il reste à faire bonne figure, par exemple, en recrutant des Bac+10 en université. Mais encore faut-il qu'ils ne coûtent pas trop cher à former. Il faut aussi qu'ils soient suffisamment dociles pour ne pas refuser l'offre qui leur sera faite de contribuer à la reproduction des élites. Les payer un poil plus que les caissières à Carrefour ne suffit pas à garantir leur loyauté au système : donc, encore faut-il s'assurer que l'investissement auquel ils consentiront dans leurs études sera inemployable ailleurs.

Pierre Maura a dit…

Je suis pas loin d'être de l'avis de Pierre-Louis, même si on rencontre quand même de très bon conseillers d'orientation, qui font très bien leur job, et qui rêveraient d'être un peu plus nombreux pour pouvoir le faire encore mieux.

A quand un véritable service public de l'orientation ? Cet élève de S aurait probablement pu s'épanouir dans la filière ES (où l'on aborde longuement l'entreprise, contrairement à ce que croit les dirigeants économiques de ce pays). Et il y avait de fortes chances pour qu'il tombe sur un professeur de SES qui aurait pu le renseigner sur la poursuite d'étude dans des formations diplomantes en entrepreneuriat. Mais bon, c'est sûr que "S" ça fait mieux dans le CV...

Et je doute fortement que la réforme des lycées (et des filières) ne parvienne à gommer cette hiérarchie entre "sciences exactes", "sciences sociales" et "les lettres".

Anonyme a dit…

Pourquoi faudrait-il donner une forme de service public à un service d'orientation ?

On entend si souvent les universitaires protester contre les conséquences de la gratuité toute relative des études.

Une approche par le marché pourrait prendre une forme de capital-risque : un investisseur consent à un jeune un financement selon des modalités (et notamment, un rendement financier) qu'il définit en fonction du projet professionnel que le jeune présente ou accepte après concertation avec le capital-risqueur.

Au besoin, si on veut faire dans le gauchisme-alibi, la loi peut fixer quelques limites comme par exemple limiter à 10% des futurs revenus du jeune contractualisé les remboursements ou limiter à n années la durée des remboursements. Et éventuellement créer une autorité chargée de surveiller (et punir) les collusions entre services de l'orientation et offreurs de service d'enseignement. Et pour bien faire, les juges de cette autorité seraient choisis au hasard ou au pire élus et en aucun cas nommés.

What else ?

Jb a dit…

Je ne vois pas pourquoi ce serait un fake !
Au lycée, le conseil en orientation est pour le moins minable et le niveau de langue est très loin de ce qu'il devrait être.

Je suis en Bac + 4 après une prépa, dans une école d'ingé très réputée. Déjà que je ne suis moi même pas trop sur d'avoir mérité ma place, je me rassure en voyant les mails de mes camarades qui font vraiment mal aux yeux. Sans parler du fait que, d'un point de vue orientation, 60% des gens qui sont en école d'ingé n'ont rien à y faire. On fait S parce que l'on est bon, on fait Prépa dans la même logique puis on intègre une... école d'ingénieur sans avoir le moindre intérêt pour la technique. Et du coup le niveau des écoles est en chute libre.

Pierre Maura a dit…

Moi je dis, Anonyme #4 président...
Don't feed the troll.

Mais juste pour rire :

"L'autorégulation, pour traiter tous les problèmes, c'est fini. Le laissez-faire, c'est fini. Le marché tout puissant qui a toujours raison, c'est fini."
Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2008"

Vous êtes en décalage avec votre époque, M. Anonyme#4

bacplusdix a dit…

Plus encore que le billet de Gizmo, ce qui est significatif du malaise de notre système ce sont les commentaires qui ont été postés! Gizmo voulait dans son billet mettre l'accent sur l'écart entre le niveau exigé pour enseigner à l'université et le niveau souvent affligeant des bacheliers. Pour mémoire: pour être qualifié aux fonctions de maître de conférences, il faut avoir le doctorat plus quelques publications, d'où le niveau bac+10, qui est nécessaire mais pas suffisant, car de nombreux BAC+10 ne sont pas qualifiés et tous les qualifiés ne sont pas recrutés. Les maîtres de conférences recrutés ont la plupart du temps des publications internationales dans des revues extrêmement prestigieuses. En regard de cela, l'élève qui a écrit le mail n'est pas critiqué pour son interrogation sur le fond (même si on peut se demander à quoi servent les conseillers d'orientation, sans doute à dissuader les élèves de s'inscrire en Licence et à les envoyer à l'IUT...), il est critiqué sur sa démarche, son expression, son style. La démarche d'abord: on n'obtient pas un diplôme pour faire bien sur un CV, même pas pour crédibiliser son dossier auprès d'une banque: on étudie pour apprendre, c'est aussi bête que cela. Alors si savoir ne sert à rien, si ce qui compte est de faire du fric sur internet, alors oui, d'accord, on peut fermer nos universités. Je doute toutefois de la pérennité d'une entreprise fondée sur ces bases là, et je doute d'un système économique basé sur ces entreprises. Le pari sur lequel nous fondons notre métier est que "le savoir sert", qu'il est le fondement ultime de la prospérité d'un pays, et donc il est douloureux d'entendre qu'un diplôme n'est qu'un élément faisant joli sur un CV afin d'obtenir des crédits de la Banque (quand l'entreprise, faute d'un minimum de compétence de son fondateur, fera faillite, nos banques déjà fragiles ne s'en porteront pas mieux). Le commentaire sur le système de reproduction des élites est intéressant mais je regrette qu'il confonde la maîtrise de la langue avec un simple marqueur culturel. Il n'y a rien de suranné dans le fait de faire la différence entre "sa" et "ça": il s'agit juste de logique et de structuration de la pensée, il s'agit d'apprendre aux enfants à penser afin de pouvoir poser et résoudre les problèmes du monde contemporain. Si on ne leur apprend pas à faire la différence entre "sa" et "ça", ou entre "créé" et "créer", il ya fort à parier que des problèmes plus complexes ne seront pas résolus non plus! Je ne crois pas que le tableau soit aussi noir que cela: il est vrai que les universitaires sont mal payés, il est vrai aussi que faute d'encadrement on emploie dans les universités, à la vacation, donc de façon ponctuelle et payés à l'heure, du personnel qui n'a pas le fameux BAC+10. Je ne crois pas en revanche qu'il s'agisse d'un vaste plan destiné à masquer un système de reproduction des élites, ni que les compétences acquises à l'université sont inemployables ailleurs (au contraire, nous avons du mal à garder nos meilleurs doctorants qui trouvent du travail ailleurs parfois avant la fin de leur thèse!...). Je trouve aussi fort dommage que l'un des commentateurs semble regretter que "les 3/4" des étudiants n'envisagent leur avenir que dans les bureaux d'un conseil général ou d'une administration (cette proportion ne correspond d'ailleurs pas à ce que nous constatons quand nous interrogeons nos étudiants). Tout d'abord je pense que nous avons besoin de fonctionnaires compétents, et, surtout, je pense que nous avons besoin d'entrepreneurs compétents, il ne suffit pas de dire que l'on a créé son "entreprise" sur le net (on peut ouvrir en quelques minutes une "boutique" virtuelle sur e-bay, pour y vendre les jouets de son petit frère ou ses vieux dvd usagés - et parfois même piratés - cela ne fait pas de nous un "entrepreneur") pour que l'avenir du pays soit entre nos mains. L'avenir de notre pays est autant entre les mains de fonctionnaires compétents que des chefs d'entreprise, et la capacité à gérer une entreprise se juge sur la durée. Je doute de toutes façons que l'auteur de ce courriel ait créé une entreprise au sens où nous l'entendons, c'est à dire une entreprise formelle, créatrice d'emploi ou même de valeur ajoutée. Il faut se méfier de ces mots qui font rêver, et "j'ai créé mon entreprise" en fait partie. En conclusion, je ne crois pas que l'on puisse reprocher à Gizmo de ne pas connaitre les étudiants, alors qu'elle en voit tous les jours, et d'ailleurs, le commentaire le plus avisé me semble venir précisément d'un étudiant, en la personne de jb, qui finalement nous dit sur les étudiants, qu'il connaît bien, exactement la même chose que voulait nous dire Gizmo en postant son billet!

Anonyme a dit…

"La démarche d'abord: on n'obtient pas un diplôme pour faire bien sur un CV, même pas pour crédibiliser son dossier auprès d'une banque: on étudie pour apprendre, c'est aussi bête que cela."

Vous en êtes bien sûr ?

Je ne crois pas qu'on soit mauvais homme de simplement voir vivre plutôt que simplement crever sur un trottoir, ou pire.

Et puisque dans nos sociétés, quand on est pas l'héritier Boivin, il faut payer chaque mois en bel argent le droit au toit, au chaud, et même à l'eau, il faut non pas travailler pour vivre, mais simplement travailler pour payer. Et, le plus souvent, contraint.

Si l'on apprenait à gagner de l'argent en université, les étudiants y courraient : mais puisque cela ne semble pas être l'objectif qu'elles se donnent, on se contente de ce qu'elles peuvent offrir en rapport avec nos besoins, c'est à dire, les diplômes.

D'ailleurs, je cherche un bac+5 qui me coûte le moins cher possible en compromis travail/coût direct. Faire offre

bacplusdix a dit…

On étudie pour apprendre... pour apprendre à créer une entreprise, à la faire vivre et à la faire prospérer, afin de gagner de l'argent soi-même et donner du travail aux autres. On étudie pour apprendre des compétences réelles qui feront que les employeurs nous engageront (car, a priori, ce sont les compétences qui intéressent l'employeur, pas le diplôme!). Ou bien, on étudie parce que l'on s'intéresse à la matière, qu'on y trouve du plaisir. Dans tous les cas on étudie pour apprendre. Tout au moins on devrait. C'était justement l'objet du billet si je l'ai bien compris!... Il est vrai que tous les métiers ne demandent pas intrinsèquement des compétences Bac+5, ce ne sont pas les universitaires qui poussent les employeurs à recruter à ce niveau. Mais si vous consultez un médecin, vous espérez que son diplôme correspond à une compétence. La responsabilité des universitaires est de s'assurer de cela. Si vous ne voulez que le diplôme et pas la compétence, il y a des sites internet qui vous proposent de vrais-faux diplômes d'universités exotiques. Mais peut être qu'ils ne font pas bien sur le CV...

Anonyme a dit…

Créer une entreprise implique essentiellement d'affronter des contraintes règlementaires : certes, un enseignement de niveau universitaire n'est pas inutile pour appliquer la règlementation issue du travail parallélisé de la fine fleur des névropathes de l'administration européenne et française, pour une fois, oeuvrant de concert à protéger les acteurs en place contre les acteurs entrants.

Quand aux employeurs, ils s'intéresseront bien plus à votre adaptabilité et à votre loyauté qu'à vos compétences. Surtout si on considère qu'une part non-négligeable de votre activité sera de gérer un aspect règlementaire ou règlementé (cf : supra), puisque vous serez de toute façon embauché par un acteur conscient de la protection que la règlementation lui procure contre les entrants, et s'en accomodant comme un moindre mal, voire, oeuvrant à sa complexification.

Le diplôme devient alors la démonstration de votre capacité à vous approprier une ressource rare malgré les embûches qu'on met sur votre chemin pour l'obtenir. Elle démontre que vous avez su mobiliser du capital et votre talent à votre profit : et qu'est-ce qu'un employeur pourrait espérer obtenir de vous que vous ne puissiez obtenir pour vous-même ?

Montrer qu'on a appris à apprendre est utile, montrer qu'on a appris à obtenir, à s'accomoder, à passer outre tout autant.

Vous l'aurez certainement noté : cela rend la valeur d'une thèse en sociologie hétérodoxe parfaitement équivalente à celle d'une en géologie des sols, à condition de comprendre ce qui intéresse l'employeur.

Ce que, normalement, vous comprenez en stage en entreprise.

VilCoyote a dit…

A propos d'avenir des SES... "Big up" à l'avatar universitaire de Gizmo pour avoir signé l'appel de Beitone ;-)
Et à Denis "heure de peine". Par contre Pierre "comprendre" est un ennemi de la discipline !!
Mwarf. Si si.