lundi 20 octobre 2008

Juste une mise point sur les plus belles images du Monde…

Parce qu'elle ne voulait pas laisser Alexandre et Stéphane seuls sous les feux d'une rampe certes méritée (voir ici, , et et , bon ça suffit, et dans plein d'autres endroits aussi, enfin, c'est agaçant), Gizmo s'est laissé interviouvée par une journaliste du Monde, sur les répercussions de la crise financière sur les fonds de pension américains. Comme souvent, on a les journalistes qu'on mérite, et si Alexandre et Stéphane ont été brillants sur la promotion de leur remarquable Abstinence, tisane... et jokari Sexe, drogue... et économie, ils le doivent aussi à leurs interviouveurs. Bref, pour Gizmo, l'interviouve s'est déroulée par téléphone, et Gizmo a délivré deux messages forts, qui, semble-t-il, n'ont pas parfaitement percolé, et qu'elle se permet de régurgiter ici.

Message 1 : les retraites par capitalisation ne sont pas seulement menacées par la crise financière actuelle, mais seront surtout mises en péril dans les prochaines décennies

Au-delà de la crise financière ponctuelle, les fonds de pension seront durablement affectés par une baisse des rendements financiers des placements dans les pays développés. Bien sûr, certains fonds de pension ont subi des pertes effectives (parce qu'ils doivent au jour le jour liquider des actifs pour servir des pensions aux actuels retraités). D'autres, qui n'ont pas nécessairement la même pyramide des âges pour leurs affiliés, n'ont subi que des pertes latentes (une dévalorisation de leurs actifs inscrits au bilan, évalués en valeur de marché). Mais pour tous les fonds de pension américains, la crise actuelle n'est qu'un épiphénomène par rapport à une tendance lourde de plus long terme : depuis 2005 environ, et jusqu'en 2050 environ, des générations massives de baby boomers qui ont cotisé à des fonds de pension vont liquider progressivement leurs avoirs pour financer leur consommation des vieux jours. Or ces avoirs sont placés pour l'essentiel dans des titres américains (actions et obligations américaines). Les épargnants ont en effet un biais domestique dans leurs placements, qui les conduit à privilégier les placements dans les actifs de leur propre pays, au mépris d'une diversification internationale plus rationnelle (qu'on se rassure – ou non – tous les investisseurs du monde ont ce biais domestique). Que se passera-t-il dans un proche avenir ? Les baby boomers devenus papy boomers vont progressivement désépargner pour consommer, c'est-à-dire vendre les actifs qu'ils ont accumulé pendant la seconde moitié du vingtième siècle, à des générations moins nombreuses. L'offre excédant la demande, le cours de ces actifs est amené à chuter, ou, ce qui revient au même leur rendement va décroître, et il y a fort à parier que le fameux "15% de retour sur fonds propres exigé par les fonds de pension" ne sera qu'un souvenir déçu. C'est ce que les économistes appellent l'hypothèse d'effondrement des actifs (asset meltdown hypothsesis). Pour conclure (et c'était le premier message de Gizmo), la crise financière actuelle n'est rien comparée à la baisse durable des rendements financiers qu'on peut anticiper pour les prochaines décennies, car contrairement à fausse croyance populaire, la capitalisation n'est pas immunisée contre les chocs démographiques.

Message 2 : pourfendeurs de la capitalisation, ne vous réjouissez pas trop vite, la crise financière affectera aussi la retraite par répartition

Si la capitalisation est sensible aux chocs démographiques, symétriquement, la répartition n'est pas immunisée contre les risques financiers. En première approximation, la répartition qui organise des transferts de revenus entre les actifs actuels et les retraités actuels (les cotisations des uns payant les pensions les pensions des autres), se passe des marchés financiers. En réalité, la répartition est sensible aux soubresauts financiers, dès lors qu'ils affectent l'économie réelle. Si la crise financière actuelle affecte durablement la capacité des banques à prêter, on observera un ralentissement de l'activité : faute de pouvoir financer de nouveaux projets, certaines entreprises licencieront, d'autres se contenteront de réduire leurs embauches. Mais l'effet sera identique : la masse salariale se contractera, et partant l'assiette sur laquelle sont calculées les cotisations retraite également. Toutes choses égales par ailleurs (notamment des taux de cotisations inchangés), l'équilibre financier du régime en répartition sera menacé. Il est donc illusoire de se réjouir de la crise financière pour crier à la face du monde combien les retraites par capitalisation sont une vérole : la répartition est, elle aussi, menacée. Une solution ? Mettre du lait dans des bébés indiens...


16 ça se discute...:

Tom Roud a dit…

Si je comprends bien, on l'a dans l'os quel que soit le mode de retraite... Cette information, en soi, n'est-elle pas un peu dangereuse ?(mode psychohistoire on)
les jeunes comme moi n'ont donc aucun intérêt à cotiser pour leur retraite, donc ne voudront cotiser ni par répartition ni par fond de pension, ce qui dans le premier cas signifie concrètement pas d'argent pour les retraités d'aujourd'hui et dans le second effondrement des cours des actions faute de demande ....
(mode psychohistoire off)

Curling a dit…

tom roud : si donner votre argent aujourd'hui dans l'espoir de le revoir d'ici 45 à 50 ans ne vous inspire pas confiance, vous pouvez au moins considérer le système par répartition pour ce qu'il est, c'est à dire, un mécanisme de solidarité intergénérationnelle qui vous évite de devoir donner une pension à vos aînés, qui n'en ont d'ailleurs statistiquement pas besoin vu le capital qu'ils possèdent par ailleurs, du moins actuellement (cela changera).

à supposer que le public en vienne à perdre confiance en le système de retraites, il sera toujours possible d'essayer le libéralisme.

Et, ce qui est plus amusant encore, il y a toutes les chances qu'il fonctionne mieux que les solutions organisées, puisque la comparaison, si elle a lieu, se fera sans doute au pire moment possible pour la solution organisée du moment.

J'entendais récemment dire que les ventes aux enchères de meubles de prix et objets de déco sont de grandes réussites, ces derniers temps. Une société en crise qui se tourne vers l'art, quel merveilleux spectacle, ma foi...

mangon a dit…

Au sujet de l'AMH, il semble que les conclusions de la littérature ne soient pas aussi tranchées, certains auteurs notamment semblent avancer que la dégration de la rentabilité des actifs est déjà anticipée dans leur prix actuel. Sans compter que la solidarité intergenerationnelle par le leg introduit un biais sur la liquidation du capital assez important. Ainsi donc le cycle de vie n'apparait pas comme particulièrement vérifié dans ce domaine même (et c'est u paradoxe interessant) la hausse des prix des actifs dans les annnées 90 serait justement dûe au comportement d'achat des prime savers. Je serai assez content de recueillir votre avis, en particulier parceque je mets la dernière main à un papier sur le sujet.

aymeric a dit…

Je ne vous remercie pas Gizmo : vous m’avez collé (durablement ?) Jacquie Quartz dans la tête…

Cimon a dit…

S'il existe un biais domestique pour les américains ou les européens, n'existe pas, au contraire, un biais américain ou européen pour les Chinois, les Indiens, les Brésiliens etc... ?

Ne peut-on imaginer une demande d'actifs financiers domestiques soutenue par des acheteurs originaires de pays émergents ?

Verel a dit…

la situation démographique des USA et de l'Europe se ressemblent sur certains points...mais pas tous

Avant le baby boom de l'après guerre (mais de 1933 pour les allemands), les classes sont assez creuses, donc aujourd'hui les plus de 63 ans sont en nombre limité dans nos pays. Jusqu'à présent, le nombre de retraités augmentait surtout du fait du prolongement de l'espérance de vie

Dire que la situation change à partir de 2005, c'est raisonner à la française, avec un âge de départ à 60 ans, qui n'est pas la règle partout

Si la retraite est à 65 ans, le nombre de retraités se met à augmenter à partir de 2010. Le mouvement est lent mais profond et continu
Par ailleurs, à partir de 1975 environ, la natalité a chuté en Europe, passant en dessous du seuil de renouvellement. C'est un décrochage limité en France, mais très important en Allemagne et en Italie : le nombre d'habitants n'augmente dans ces derniers pays que grâce à l'immigration, et le nombre d'actifs grâce à ce phénomène et à l'augmentation du travail féminin (importante chez nous sur longue période)
je ne sais pas ce qu'il en est aux USA du travail féminin, mais il faut noter que les USA ont comme nous une immigration importante et à la différence de nous une natalité qui reste relativement élevée
Le phénomène que vous évoquez sera donc réel mais nettement plus limité aux USA qu'en Allemagne, la France constituant un cas intermédiaire
Bien sûr, que ce soit pour la répartition ou la capitalisation, la variable d'ajustement la plus aisée est l'âge de départ en retraite

Anonyme a dit…

@ Gizmo

Il me semble y avoir une faille dans votre raisonnement:
Si:
a) les profit restent en gros les mêmes
b) les acteurs vendent massivement les actions, faisant baisser leur valeur
alors c) la rentabilité des actions augmentent fortement.

C'est d'autant plus logique que l'augmentation de la consommation au détriment de l'épargne conduit à une raréfaction de l'épargne, et donc à une hausse de son rendement.

Quant à l'efficacité du système de retraite par capitalisation tout dépend s'il repose a) sur la valorisation des actions b) sur leur rendement.
A terme, on peut imaginer que pour les nouveaux entrants dans le système, la baisse de la valorisation des actions sera compensée par la hausse de leur rendement.
Par contre, ceux qui doivent liquider leurs avoir peuvent se faire du souci.

Suis-je dans l'erreur, chère professeur?

Bien cordialement,

ALC

Anonyme a dit…

Bon quelqu'un de sérieux pourrait-il regarder "l'argent-dette", cette vidéo qui fait fureur et à laquelle je trouve un drôle de fumet.

http://www.vimeo.com/1711304?pg=embed&sec=1711304

et un commentaire élogieux qui émane de l'EHSS, sans compter un blog de libération.



http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/10/08/834-le-krach-du-discours-la-reponse-de-la-video?cos=1#comment-form

Anonyme a dit…

@Anonyme sur l'Argent-dette
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/10/22/1418-retour-sur-arret-sur-images

Léna a dit…

La question du choix capitalisation/répartition revient donc à dire : préfèrons-nous payer pour les personnes âgées directement (répartition) ou pour le développement de l'économie (capitalisation) ?

Et sinon, financer la natalité comporte aussi des risques ? La surpopulation me parraît un programme assez peu réjouissant.

FrédéricLN a dit…

@ aymeric : remerciez gizmo, au contraire !

C'est ce que je fais, en associant OAz dont le billet m'a conduit ici.

Gizmo, j'oserai suggérer que vous pourriez rappeler un "basique" qui échappe même à beaucoup d'excellents esprits : l'argent ne se stocke pas : quelle que soit la façon dont Untel cotise avant sa retraite, ce qu'Untel dépensera pendant sa retraite, c'est ce qui aura été produit à ce moment-là.

Les cotisations de retraite, quelle que soit leur forme, ne donnent droit qu'à des "pourcentages de ce qui sera produit demain".

Et le fait de les verser aujourd'hui ne me semble pas constituer (contrairement à ce qu'écrit lena) un investissement réel dans "le développement de l'économie". (preuve par l'absurde : pour "développer l'économie", M. Sarkozy nous incitait à consommer et à nous endetter, non à épargner).

Maintenant, quelle est la base sur laquelle les "pourcentages" seront calculés demain ?

Avec une retraite par répartition, c'est la masse salariale de demain - le retraité touche une fraction des salaires totaux. Une ressource assez sûre, mais sapée si notre économie devient de plus en plus "rentière" en faisant travailler des salariés hors de France. Ceux qui proposent de "taxer les superprofits pour payer les retraites" proposent une alternative judicieuse de ce (seul ?) point de vue.

Avec une retraite par capitalisation, c'est le capital des entreprises de demain - le retraité touche, typiquement, une fraction des bénéfices totaux des entreprises. Ressource réputée croître plus, à long terme, que les salaires (c'est contesté), mais très fluctuante. Le bon sens serait, pour équilibrer les ressources futures par rapport à la répartition (des salaires français), de capitaliser des ressources hors de France, et hors des entreprises de main d'oeuvre (plutôt de l'immobilier, des forêts, du pétrole). Or on fait exactement l'inverse, en France comme aux États-Unis : on tend à mettre cette épargne-retraite dans le capital de nos entreprises nationales (pour "développer l'économie"), donc on concentre et on maximise les risques.

L'épargne-retraite idéale : un pavillon et un potager ;-)

Léna a dit…

frédéricln : que l'argent passe par l'Etat ou dans le capital des entreprises, il sera aussi "mal" employé ? (d'un point de vue développement économique) ?

hungry bear a dit…

Je me souviens il y a quelques années du président-gérant de Calpers qui faisait de la retape dans libé pour les fonds de pension en Europe pour que "notre" épargne (pas la mienne j'en ai pas) aille financer leurs marchés actions. Seulement quand on voit GM, Ford et Chrysler et la crise des Subprimes on peut se poser des questions sur la capacité des banquiers et capitaines d'industrie américains à faire des évaluations de long terme... Mais je suis sur que déjà à l'époque les gérants de fonds de pension avaient déjà anticipés le problème dont vous parlez (d'où la retape).

Autre question que vous n'abordez pas dans votre billet, la question de la répartition capital/travail des gains de productivité du travail.

Et si vraiment on a un gros problème démographique on envisageait (enfin) des flux migratoires "solidaires"?
Et si la solution à nos problèmes de retraites se trouvaient en Afrique Sub-Saharienne?
Thinking the unthinkable...

PS: franchement les éconoclastes, c'est vraiment les clones de l'école de Chicago.
Ils sont vraiment lourdauds, à surfer sur la vogue "freakonomics".
D'ailleurs les iconoclastes étaient originellement des briseurs d'icones du petit peuple au service du pouvoir religieux central.

Anonyme a dit…

les goûts de Gizmo sont plus sûrs pour la cuisine que pour la musique !

Anonyme a dit…

A noter que même la diversification des actifs à l'étranger ne protègent pas forcément des turpitudes de la vie politique intérieure. Les actifs des fonds de pension argentins vont en effet être utilisés à des fins de stabilisation:

http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/americas/7715002.stm
http://www.ft.com/cms/s/0/b16ee040-a558-11dd-b4f5-000077b07658.html
http://www.iht.com/articles/ap/2008/10/31/business/LT-Argentina-Pension-Funds.php

CLT a dit…

Cher Gizmo,

Quand reviens-tu sur notre blogosphère? 3 mois, c'est trop long! J'espère que tu ne t'es pas transformé en Gremlin...