Juste une mise point sur les plus belles images du Monde…
Parce qu'elle ne voulait pas laisser Alexandre et Stéphane seuls sous les feux d'une rampe certes méritée (voir ici, là, et là et là, bon ça suffit, et dans plein d'autres endroits aussi, enfin, c'est agaçant), Gizmo s'est laissé interviouvée par une journaliste du Monde, sur les répercussions de la crise financière sur les fonds de pension américains. Comme souvent, on a les journalistes qu'on mérite, et si Alexandre et Stéphane ont été brillants sur la promotion de leur remarquable Abstinence, tisane... et jokari Sexe, drogue... et économie, ils le doivent aussi à leurs interviouveurs. Bref, pour Gizmo, l'interviouve s'est déroulée par téléphone, et Gizmo a délivré deux messages forts, qui, semble-t-il, n'ont pas parfaitement percolé, et qu'elle se permet de régurgiter ici.
Message 1 : les retraites par capitalisation ne sont pas seulement menacées par la crise financière actuelle, mais seront surtout mises en péril dans les prochaines décennies
Au-delà de la crise financière ponctuelle, les fonds de pension seront durablement affectés par une baisse des rendements financiers des placements dans les pays développés. Bien sûr, certains fonds de pension ont subi des pertes effectives (parce qu'ils doivent au jour le jour liquider des actifs pour servir des pensions aux actuels retraités). D'autres, qui n'ont pas nécessairement la même pyramide des âges pour leurs affiliés, n'ont subi que des pertes latentes (une dévalorisation de leurs actifs inscrits au bilan, évalués en valeur de marché). Mais pour tous les fonds de pension américains, la crise actuelle n'est qu'un épiphénomène par rapport à une tendance lourde de plus long terme : depuis 2005 environ, et jusqu'en 2050 environ, des générations massives de baby boomers qui ont cotisé à des fonds de pension vont liquider progressivement leurs avoirs pour financer leur consommation des vieux jours. Or ces avoirs sont placés pour l'essentiel dans des titres américains (actions et obligations américaines). Les épargnants ont en effet un biais domestique dans leurs placements, qui les conduit à privilégier les placements dans les actifs de leur propre pays, au mépris d'une diversification internationale plus rationnelle (qu'on se rassure – ou non – tous les investisseurs du monde ont ce biais domestique). Que se passera-t-il dans un proche avenir ? Les baby boomers devenus papy boomers vont progressivement désépargner pour consommer, c'est-à-dire vendre les actifs qu'ils ont accumulé pendant la seconde moitié du vingtième siècle, à des générations moins nombreuses. L'offre excédant la demande, le cours de ces actifs est amené à chuter, ou, ce qui revient au même leur rendement va décroître, et il y a fort à parier que le fameux "15% de retour sur fonds propres exigé par les fonds de pension" ne sera qu'un souvenir déçu. C'est ce que les économistes appellent l'hypothèse d'effondrement des actifs (asset meltdown hypothsesis). Pour conclure (et c'était le premier message de Gizmo), la crise financière actuelle n'est rien comparée à la baisse durable des rendements financiers qu'on peut anticiper pour les prochaines décennies, car contrairement à fausse croyance populaire, la capitalisation n'est pas immunisée contre les chocs démographiques.
Message 2 : pourfendeurs de la capitalisation, ne vous réjouissez pas trop vite, la crise financière affectera aussi la retraite par répartition
Message 1 : les retraites par capitalisation ne sont pas seulement menacées par la crise financière actuelle, mais seront surtout mises en péril dans les prochaines décennies
Au-delà de la crise financière ponctuelle, les fonds de pension seront durablement affectés par une baisse des rendements financiers des placements dans les pays développés. Bien sûr, certains fonds de pension ont subi des pertes effectives (parce qu'ils doivent au jour le jour liquider des actifs pour servir des pensions aux actuels retraités). D'autres, qui n'ont pas nécessairement la même pyramide des âges pour leurs affiliés, n'ont subi que des pertes latentes (une dévalorisation de leurs actifs inscrits au bilan, évalués en valeur de marché). Mais pour tous les fonds de pension américains, la crise actuelle n'est qu'un épiphénomène par rapport à une tendance lourde de plus long terme : depuis 2005 environ, et jusqu'en 2050 environ, des générations massives de baby boomers qui ont cotisé à des fonds de pension vont liquider progressivement leurs avoirs pour financer leur consommation des vieux jours. Or ces avoirs sont placés pour l'essentiel dans des titres américains (actions et obligations américaines). Les épargnants ont en effet un biais domestique dans leurs placements, qui les conduit à privilégier les placements dans les actifs de leur propre pays, au mépris d'une diversification internationale plus rationnelle (qu'on se rassure – ou non – tous les investisseurs du monde ont ce biais domestique). Que se passera-t-il dans un proche avenir ? Les baby boomers devenus papy boomers vont progressivement désépargner pour consommer, c'est-à-dire vendre les actifs qu'ils ont accumulé pendant la seconde moitié du vingtième siècle, à des générations moins nombreuses. L'offre excédant la demande, le cours de ces actifs est amené à chuter, ou, ce qui revient au même leur rendement va décroître, et il y a fort à parier que le fameux "15% de retour sur fonds propres exigé par les fonds de pension" ne sera qu'un souvenir déçu. C'est ce que les économistes appellent l'hypothèse d'effondrement des actifs (asset meltdown hypothsesis). Pour conclure (et c'était le premier message de Gizmo), la crise financière actuelle n'est rien comparée à la baisse durable des rendements financiers qu'on peut anticiper pour les prochaines décennies, car contrairement à fausse croyance populaire, la capitalisation n'est pas immunisée contre les chocs démographiques.
Message 2 : pourfendeurs de la capitalisation, ne vous réjouissez pas trop vite, la crise financière affectera aussi la retraite par répartition
Si la capitalisation est sensible aux chocs démographiques, symétriquement, la répartition n'est pas immunisée contre les risques financiers. En première approximation, la répartition qui organise des transferts de revenus entre les actifs actuels et les retraités actuels (les cotisations des uns payant les pensions les pensions des autres), se passe des marchés financiers. En réalité, la répartition est sensible aux soubresauts financiers, dès lors qu'ils affectent l'économie réelle. Si la crise financière actuelle affecte durablement la capacité des banques à prêter, on observera un ralentissement de l'activité : faute de pouvoir financer de nouveaux projets, certaines entreprises licencieront, d'autres se contenteront de réduire leurs embauches. Mais l'effet sera identique : la masse salariale se contractera, et partant l'assiette sur laquelle sont calculées les cotisations retraite également. Toutes choses égales par ailleurs (notamment des taux de cotisations inchangés), l'équilibre financier du régime en répartition sera menacé. Il est donc illusoire de se réjouir de la crise financière pour crier à la face du monde combien les retraites par capitalisation sont une vérole : la répartition est, elle aussi, menacée. Une solution ? Mettre du lait dans des bébés indiens...
