Gizmo en grève !
Pour la première fois de sa carrière, Gizmo est en grève. Pas la grève du Blogizmo, même si c'est ce que tu penses, lecteur choyé mais délaissé, mais la grève, la vraie, celle du peuple en colère, et particulièrement celle des universitaires, de l'Autonome au SNESup, exaspérés par le mépris souverain d'un omniprésident aussi inculte qu'incompétent.
Chacun sait que l'université française a subi une réforme d'ampleur avec la loi sur les libertés et responsabilités des universités adoptée en août 2007 (après au moins quatre réformes en vingt ans, chaque ministre de l'enseignement supérieur souhaitant, tels Bayrou et Jospin, attacher leur nom à une réforme). Cette loi adoptée dans la torpeur de l'été a introduit des changements profonds dans la gouvernance des universités, sans réelle consultation des syndicats enseignants et étudiants. Après une phase transitoire, les universités accèdent progressivement à l'autonomie, à un rythme différent selon les établissements : certains ont acquis les compétences élargies, ont été bénéficiaires de l'opération campus, d'autres peinent à mettre en œuvre les réformes attendues, faute de moyens. Et depuis quelques mois se profile la cerise sur le gâteau : la réforme attendue du statut des enseignants-chercheurs.
Gizmo reproduit ci-après le (long) texte qu'elle a préparé pour la liste Pluralisme et Qualité qu'elle conduit au sein du Conseil national des universités. La section 5 (économie) du CNU siègera la semaine prochaine pour examiner les candidatures à la qualification aux fonctions de maîtres de conférences et de professeurs des universités. L'exaspération est telle qu'un blocage des listes de qualification est envisagé : certaines section CNU ont d'ores et déjà voté ce blocage, refusant de remonter au Ministère leurs listes de qualifiés. Gizmo s'interroge sur l'opportunité d'un tel blocage : des réactions ?
[Début du texte]
Porté à la connaissance des universitaires français, sans dialogue ni concertation avec la Conseil National des Universités, la Conférence des Présidents d'Université, les organisations représentatives de la communauté universitaire et les associations scientifiques, le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs conduit les élus de Pluralisme et Qualité à adopter la motion suivante.
Les élus de Pluralisme et Qualité entendent en préambule renouveler leur attachement à l'indépendance des enseignants-chercheurs, à la collégialité des évaluations de la recherche et des enseignants-chercheurs dans le respect du pluralisme des approches scientifiques, et à l'équité dans la gestion des recrutements et des carrières universitaires. S'ils ne sont pas opposés à une refonte du statut des enseignants-chercheurs, actuellement régi par un texte largement obsolète compte tenu des évolutions de l'Université française depuis vingt-cinq ans, ils relèvent que tant sur la forme que sur le fond, le texte proposé repose sur une méconnaissance des charges, des fonctions et des responsabilités assumées par les universitaires, ainsi que du fonctionnement effectif des établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
Il importe donc que les modifications les plus significatives du projet de décret, concernant la modulation des services, l'évaluation des enseignants-chercheurs, et le rôle du CNU dans les avancements fassent l'objet d'une large concertation. Dans cette optique, les élus de Pluralisme et Qualité demandent un moratoire à l'adoption du décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs.
Sur la modulation des services d'enseignement
En l'état, le projet de décret fait du seul service d'enseignement, la variable d'ajustement pour les enseignants-chercheurs qui ne rempliraient pas de manière satisfaisante les missions qui leur sont dévolues. Les élus de Pluralisme et Qualité ne sont pas opposés par principe à une modulation des services, tant il est vrai que les carrières universitaires ne sont pas linéaires : peu d'enseignants-chercheurs consacrent, sur l'ensemble de leur carrière, la même part à l'enseignement, la recherche, et la prise de responsabilités collectives. Dans cette optique, les élus de Pluralisme et Qualité considèrent que les délégations de recherche dans les grands organismes, les congés pour recherche et conversion thématique ou les nominations à l'Institut Universitaire de France sont des instruments pertinents pour encourager une recherche de qualité, et qu'ils ne portent pas atteinte au principe d'égalité de traitement des enseignants-chercheurs. Pour autant, la modulation des services telle qu'elle est introduite dans le projet de décret est désastreuse pour au moins trois raisons :
· Demander à un enseignant-chercheur qui n'est pas, ou plus actif en recherche, de compenser ce déficit de production scientifique par un enseignement renforcé constitue la négation de ce qu'est l'Université : un lieu de production et de transmission des savoirs. Même si les recherches fondamentales ne sont pas enseignées directement au niveau Licence, c'est la démarche scientifique qui est transmise. Reconnaître qu'un enseignant-chercheur puisse ne plus faire de recherche, et se consacrer exclusivement à l'enseignement, c'est reconnaître implicitement que l'Université ne se différencie pas de l'enseignement secondaire. Il est urgent, non pas de transformer les enseignants-chercheurs les moins productifs en enseignants du secondaire, mais bien de les inciter à produire de la connaissance, et inversement d'encourager les meilleurs chercheurs à intervenir dans les premières années, là où se forge l'esprit scientifique. Tel qu'il est conçu, le projet de décret risque de dessiner un clivage entre les enseignants-chercheurs intervenant au niveau Licence, dont le service aurait été alourdi, et les enseignants-chercheurs intervenant en Master, avec une charge d'enseignement par ailleurs allégée.
· Compte tenu de la composition des Conseils d'administration des universités, qui n'assure ni en fait, ni en droit, une représentation fine des différentes disciplines d'enseignement et de recherche de l'établissement, le risque est grand que la modulation des services renforce les déséquilibres actuellement constatés entre grands secteurs disciplinaires, puisque cette modulation se fait à "budget constant" pour l'établissement. Les disciplines ayant historiquement bénéficié d'encadrement important grâce aux normes SANREMO ont pu dégager des temps de recherche importants (via les CRCT, délégations, et absence de nécessité de faire des heures complémentaires), tandis que d'autres disciplines, et notamment l'économie, n'ont pas bénéficié de ces taux d'encadrement.
· Dans la logique de la LRU, le Président ou le Directeur de l'établissement arrêtera les décisions individuelles d'attribution de services. On peut s'interroger sur cette disposition : s'il s'agit de traiter de cas marginaux d'enseignants-chercheurs qui ne remplissent pas leurs obligations statutaires, qu'il s'agisse de recherche mais aussi d'enseignement, le responsable d'établissement avait déjà toute latitude pour prendre les sanctions qui s'imposent. Le projet de décret règlera-t-il mieux ces cas déviants, au risque de cristalliser le mécontentement de la très grande majorité des universitaires qui remplissent honorablement leurs missions ?
Les élus Pluralisme et Qualité seraient favorables à la reconnaissance effective de l'ensemble des missions des enseignants-chercheurs (et ont toujours œuvré en ce sens dans leurs évaluations), tant de manière quantitative que qualitative. Si une modulation des services doit être introduite, elle doit l'être :
· Selon un schéma incitatif, et non punitif ;
· Sur la base d'un engagement de l'enseignant-chercheur lui-même, selon une périodicité et des modalités à définir : par exemple, sur une base quadriennale, éventuellement renouvelable après évaluation (par le CNU) ;
· Sur la base d'un "menu de contrats" avec un choix d'options limité (par exemple, "enseignement renforcé", "recherche renforcée", et "responsabilités collectives renforcées", au-delà du contrat de droit commun), et non de contrats individuels qui deviendront rapidement ingérables par les universités.
Sur l'évaluation et l'avancement des enseignants-chercheurs
Les élus Pluralisme et Qualité approuvent l'obligation imposée par l'article 5 du projet de décret rapport d'activité périodique par les enseignants-chercheurs. Le décret précise "au moins tous les quatre ans", alors que la périodicité quadriennale apparaît nécessaire et suffisante, compte tenu des coûts d'évaluation.
Les élus Pluralisme et Qualité renouvellent leur attachement à l'évaluation de l'ensemble des missions des enseignants-chercheurs, et au refus de toute approche purement quantitative tant en matière d'évaluation de la recherche (bibliométrie) que de la pédagogie (notation par les étudiants). La notation par les étudiants, qui fait partie de la culture d'évaluation des universités anglo-saxonnes, et également des écoles françaises d'ingénieurs et de commerce, ne saurait être utilisée, ex abrupto, dans les universités françaises pour l'évaluation des enseignants-chercheurs.
Les élus Pluralisme et Qualité souhaitent le maintien de deux voies d'avancement, locale et nationale, afin de reconnaître que la pluralité des missions des enseignants-chercheurs ne peut pas être évaluée de manière pertinente par une unique instance, locale ou nationale. Les pondérations entre voies locale et nationale, actuellement égales à 50%, pourraient être éventuellement réexaminées, sachant que localement, les établissements recourront probablement à une expertise extérieure pour leurs promotions locales. En toute hypothèse, le CNU doit conserver un rôle pour l'examen des avancements, notamment pour préserver les équilibres disciplinaires dans les établissements : dans les établissements dominés par des disciplines fortes, les enseignants-chercheurs relevant de disciplines minoritaires risqueraient d'être systématiquement évincés des promotions, quels que soient leurs mérites. En toute hypothèse, si les avancements sont examinés par le CNU, les élus Pluralisme et Qualité continueront de refuser l' "autopromotion", et de militer en ce sens.
Sur le rôle du Conseil National des Universités
Les élus Pluralisme et Qualité reconnaissent qu'il est absurde de découpler la réforme du texte régissant le statut des enseignants-chercheurs d'une part, et celle du texte régissant le CNU d'autre part.
Ils renouvellent leur attachement à la désignation des membres du CNU par voie d'élection, et proposent la suppression des nominations par le Ministre. Les nominations censées rééquilibrer les disparités géographiques ou disciplinaires ont été utilisées pour renverser des majorités obtenues par le scrutin.
Ils demandent à ce que soient pleinement reconnues les tâches d'expertise et d'évaluation de la totalité des membres du CNU, et non seulement les Présidents de section, ou les membres du bureau, et que les membres du CNU puissent bénéficier d'un allègement significatif de leur service d'enseignement.
[Fin du texte]
Gizmo s'en retourne au piquet...
Chacun sait que l'université française a subi une réforme d'ampleur avec la loi sur les libertés et responsabilités des universités adoptée en août 2007 (après au moins quatre réformes en vingt ans, chaque ministre de l'enseignement supérieur souhaitant, tels Bayrou et Jospin, attacher leur nom à une réforme). Cette loi adoptée dans la torpeur de l'été a introduit des changements profonds dans la gouvernance des universités, sans réelle consultation des syndicats enseignants et étudiants. Après une phase transitoire, les universités accèdent progressivement à l'autonomie, à un rythme différent selon les établissements : certains ont acquis les compétences élargies, ont été bénéficiaires de l'opération campus, d'autres peinent à mettre en œuvre les réformes attendues, faute de moyens. Et depuis quelques mois se profile la cerise sur le gâteau : la réforme attendue du statut des enseignants-chercheurs.
Gizmo reproduit ci-après le (long) texte qu'elle a préparé pour la liste Pluralisme et Qualité qu'elle conduit au sein du Conseil national des universités. La section 5 (économie) du CNU siègera la semaine prochaine pour examiner les candidatures à la qualification aux fonctions de maîtres de conférences et de professeurs des universités. L'exaspération est telle qu'un blocage des listes de qualification est envisagé : certaines section CNU ont d'ores et déjà voté ce blocage, refusant de remonter au Ministère leurs listes de qualifiés. Gizmo s'interroge sur l'opportunité d'un tel blocage : des réactions ?
[Début du texte]
Porté à la connaissance des universitaires français, sans dialogue ni concertation avec la Conseil National des Universités, la Conférence des Présidents d'Université, les organisations représentatives de la communauté universitaire et les associations scientifiques, le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs conduit les élus de Pluralisme et Qualité à adopter la motion suivante.
Les élus de Pluralisme et Qualité entendent en préambule renouveler leur attachement à l'indépendance des enseignants-chercheurs, à la collégialité des évaluations de la recherche et des enseignants-chercheurs dans le respect du pluralisme des approches scientifiques, et à l'équité dans la gestion des recrutements et des carrières universitaires. S'ils ne sont pas opposés à une refonte du statut des enseignants-chercheurs, actuellement régi par un texte largement obsolète compte tenu des évolutions de l'Université française depuis vingt-cinq ans, ils relèvent que tant sur la forme que sur le fond, le texte proposé repose sur une méconnaissance des charges, des fonctions et des responsabilités assumées par les universitaires, ainsi que du fonctionnement effectif des établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
Il importe donc que les modifications les plus significatives du projet de décret, concernant la modulation des services, l'évaluation des enseignants-chercheurs, et le rôle du CNU dans les avancements fassent l'objet d'une large concertation. Dans cette optique, les élus de Pluralisme et Qualité demandent un moratoire à l'adoption du décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs.
Sur la modulation des services d'enseignement
En l'état, le projet de décret fait du seul service d'enseignement, la variable d'ajustement pour les enseignants-chercheurs qui ne rempliraient pas de manière satisfaisante les missions qui leur sont dévolues. Les élus de Pluralisme et Qualité ne sont pas opposés par principe à une modulation des services, tant il est vrai que les carrières universitaires ne sont pas linéaires : peu d'enseignants-chercheurs consacrent, sur l'ensemble de leur carrière, la même part à l'enseignement, la recherche, et la prise de responsabilités collectives. Dans cette optique, les élus de Pluralisme et Qualité considèrent que les délégations de recherche dans les grands organismes, les congés pour recherche et conversion thématique ou les nominations à l'Institut Universitaire de France sont des instruments pertinents pour encourager une recherche de qualité, et qu'ils ne portent pas atteinte au principe d'égalité de traitement des enseignants-chercheurs. Pour autant, la modulation des services telle qu'elle est introduite dans le projet de décret est désastreuse pour au moins trois raisons :
· Demander à un enseignant-chercheur qui n'est pas, ou plus actif en recherche, de compenser ce déficit de production scientifique par un enseignement renforcé constitue la négation de ce qu'est l'Université : un lieu de production et de transmission des savoirs. Même si les recherches fondamentales ne sont pas enseignées directement au niveau Licence, c'est la démarche scientifique qui est transmise. Reconnaître qu'un enseignant-chercheur puisse ne plus faire de recherche, et se consacrer exclusivement à l'enseignement, c'est reconnaître implicitement que l'Université ne se différencie pas de l'enseignement secondaire. Il est urgent, non pas de transformer les enseignants-chercheurs les moins productifs en enseignants du secondaire, mais bien de les inciter à produire de la connaissance, et inversement d'encourager les meilleurs chercheurs à intervenir dans les premières années, là où se forge l'esprit scientifique. Tel qu'il est conçu, le projet de décret risque de dessiner un clivage entre les enseignants-chercheurs intervenant au niveau Licence, dont le service aurait été alourdi, et les enseignants-chercheurs intervenant en Master, avec une charge d'enseignement par ailleurs allégée.
· Compte tenu de la composition des Conseils d'administration des universités, qui n'assure ni en fait, ni en droit, une représentation fine des différentes disciplines d'enseignement et de recherche de l'établissement, le risque est grand que la modulation des services renforce les déséquilibres actuellement constatés entre grands secteurs disciplinaires, puisque cette modulation se fait à "budget constant" pour l'établissement. Les disciplines ayant historiquement bénéficié d'encadrement important grâce aux normes SANREMO ont pu dégager des temps de recherche importants (via les CRCT, délégations, et absence de nécessité de faire des heures complémentaires), tandis que d'autres disciplines, et notamment l'économie, n'ont pas bénéficié de ces taux d'encadrement.
· Dans la logique de la LRU, le Président ou le Directeur de l'établissement arrêtera les décisions individuelles d'attribution de services. On peut s'interroger sur cette disposition : s'il s'agit de traiter de cas marginaux d'enseignants-chercheurs qui ne remplissent pas leurs obligations statutaires, qu'il s'agisse de recherche mais aussi d'enseignement, le responsable d'établissement avait déjà toute latitude pour prendre les sanctions qui s'imposent. Le projet de décret règlera-t-il mieux ces cas déviants, au risque de cristalliser le mécontentement de la très grande majorité des universitaires qui remplissent honorablement leurs missions ?
Les élus Pluralisme et Qualité seraient favorables à la reconnaissance effective de l'ensemble des missions des enseignants-chercheurs (et ont toujours œuvré en ce sens dans leurs évaluations), tant de manière quantitative que qualitative. Si une modulation des services doit être introduite, elle doit l'être :
· Selon un schéma incitatif, et non punitif ;
· Sur la base d'un engagement de l'enseignant-chercheur lui-même, selon une périodicité et des modalités à définir : par exemple, sur une base quadriennale, éventuellement renouvelable après évaluation (par le CNU) ;
· Sur la base d'un "menu de contrats" avec un choix d'options limité (par exemple, "enseignement renforcé", "recherche renforcée", et "responsabilités collectives renforcées", au-delà du contrat de droit commun), et non de contrats individuels qui deviendront rapidement ingérables par les universités.
Sur l'évaluation et l'avancement des enseignants-chercheurs
Les élus Pluralisme et Qualité approuvent l'obligation imposée par l'article 5 du projet de décret rapport d'activité périodique par les enseignants-chercheurs. Le décret précise "au moins tous les quatre ans", alors que la périodicité quadriennale apparaît nécessaire et suffisante, compte tenu des coûts d'évaluation.
Les élus Pluralisme et Qualité renouvellent leur attachement à l'évaluation de l'ensemble des missions des enseignants-chercheurs, et au refus de toute approche purement quantitative tant en matière d'évaluation de la recherche (bibliométrie) que de la pédagogie (notation par les étudiants). La notation par les étudiants, qui fait partie de la culture d'évaluation des universités anglo-saxonnes, et également des écoles françaises d'ingénieurs et de commerce, ne saurait être utilisée, ex abrupto, dans les universités françaises pour l'évaluation des enseignants-chercheurs.
Les élus Pluralisme et Qualité souhaitent le maintien de deux voies d'avancement, locale et nationale, afin de reconnaître que la pluralité des missions des enseignants-chercheurs ne peut pas être évaluée de manière pertinente par une unique instance, locale ou nationale. Les pondérations entre voies locale et nationale, actuellement égales à 50%, pourraient être éventuellement réexaminées, sachant que localement, les établissements recourront probablement à une expertise extérieure pour leurs promotions locales. En toute hypothèse, le CNU doit conserver un rôle pour l'examen des avancements, notamment pour préserver les équilibres disciplinaires dans les établissements : dans les établissements dominés par des disciplines fortes, les enseignants-chercheurs relevant de disciplines minoritaires risqueraient d'être systématiquement évincés des promotions, quels que soient leurs mérites. En toute hypothèse, si les avancements sont examinés par le CNU, les élus Pluralisme et Qualité continueront de refuser l' "autopromotion", et de militer en ce sens.
Sur le rôle du Conseil National des Universités
Les élus Pluralisme et Qualité reconnaissent qu'il est absurde de découpler la réforme du texte régissant le statut des enseignants-chercheurs d'une part, et celle du texte régissant le CNU d'autre part.
Ils renouvellent leur attachement à la désignation des membres du CNU par voie d'élection, et proposent la suppression des nominations par le Ministre. Les nominations censées rééquilibrer les disparités géographiques ou disciplinaires ont été utilisées pour renverser des majorités obtenues par le scrutin.
Ils demandent à ce que soient pleinement reconnues les tâches d'expertise et d'évaluation de la totalité des membres du CNU, et non seulement les Présidents de section, ou les membres du bureau, et que les membres du CNU puissent bénéficier d'un allègement significatif de leur service d'enseignement.
[Fin du texte]
Gizmo s'en retourne au piquet...

17 ça se discute...:
"Reconnaître qu'un enseignant-chercheur puisse ne plus faire de recherche, et se consacrer exclusivement à l'enseignement, c'est reconnaître implicitement que l'Université ne se différencie pas de l'enseignement secondaire."
Un argument que je trouve pertinent est d'avancer qu'une telle disposition résulte d'une mauvaise perception de l'enseignement en faculté où les meilleurs chercheurs seront ceux dispensant le moins de cours. L'enseignement à la faculté serait-il secondaire? Nous pouvons tous nous accorder sur cette vision des choses mais il me semble que la réforme, outre touchée l'université de manière globale, vise surtout à faciliter les travaux de recherche en France. C'est dans ce sens que la réforme doit être perçue. C'est contestable. Mais je vois rien à proposer de mieux pour favoriser le travail des chercheurs. Si ce n'est réduire les tâches administratives, mais je n'ai pas conscience du temps nécessaire à celles-ci.
"Selon un schéma incitatif, et non punitif"
Les auteurs des réformes ont du y penser. Les contraintes font qu'un tel schéma semble préférable, sauf si d'autres propositions sont émises durant les grèves. Ce n'est pas le cas pour le moment.
"Dans les universités françaises pour l'évaluation des enseignants-chercheurs."
Des étudiants qui jugent du travail pédagogique du professeur n'est pas une mauvaise chose. Je souhaite devenir enseignant-chercheur. Certes il s'agit d'une situation peu confortable mais certains enseignants sont véritablement les pires pédagogues qu'un étudiant de L1 ou L2 peut rencontrer. Une période où la compréhension des concepts voire plus largement la perception de la discipline est primordial puisqu'elle définit entre autre le goût de l'étudiant pour l'aspect scientifique de la matière ou pour l'aspect pratique. En économie, une minorité est intéréssée par la recherche. Sans preuve à l'appui, je pense que quelques analyses prouveraient qu'un prof bien perçus de ses étudiants augmente l'espérance d'une promotion d'obtenir 2-3 chercheurs de plus en fin de cycle universitaire.
"...mais bien de les inciter à produire de la connaissance, et inversement d'encourager les meilleurs chercheurs à intervenir dans les premières années, là où se forge l'esprit scientifique. "
C'est discutable. Les professeurs doivent être plus pédagogues en 1ère année bien sûr. Ceux étant pédagogue tout en transmettant une vision plus personnel du domaine étudié, du fait des recherches de la personne concernée, sont assez rares. Se poser sur ce principe est contestable. Surtout que mon opinion m'amène à penser qu'il est préférable de placer ce type de professeur au niveau L3/Master là où les spécialisations prennent toutes leur importances. Mais les faire intervenir en première année peut tout aussi bien être efficace, il est vrai..
Une mesure de compromis pourrait-elle être la nomination des membres de la CNU, ainsi que des experts, au hasard ?
"Gizmo s'interroge sur l'opportunité d'un tel blocage : des réactions ?"
Euh... il y a peut-être d'autres solutions, non ? Comme par exemple qualifier tout le monde en guise de protestation :-)
Doctorant, j'ai un peu l'impression que ce blocage est un moyen de faire porter le poids de revendications certes légitimes sur les petits jeunes, ce qui me semble être une habitude assez pénible dans les universités.
Blague à part, que pensez-vous de la lettre de V. Pecresse qui circule depuis deux jours ? Estimez-vous qu'elle répond à vos attentes ?
@Anonyme 1
Sur le point d'inciter à la recherche : les tâches "administratives" sont extrêmement chronophages, elles recouvrent aussi bien le pilotage de formation (de la recherche d'intervenants pour l'enseignement à finalité professionnelle, au suivi des stages des étudiants, leur insertion, la promotion des diplômes dans les lycées etc) que le pilotage de la recherche (animation d'équipes, organisations de colloques et séminaires, évaluation, montage de projets pour lever des fonds). Pour certains, cela peut prendre facilement 20h par semaine. En outre, l'incitation pour les EC à faire de la recherche n'est pas nécessairement monétaire, mais elle est de pouvoir dégager du temps, via des délégations dans les organismes de recherche. De plus en plus désormais, les bailleurs de fonds (ANR, fonds européens…) incluent des décharges de service d'enseignement, sous la forme de compensations monétaires pour que les établissements financent des heures complémentaires : mais qui fera ces heures complémentaires ?
Sur l'évaluation des enseignants : un billet entier serait nécessaire sur cette question, car ce que les anglo-saxons appellent évaluation est très différent de ce qu'on perçoit en France derrière ce mot. L'esprit français, et les enseignants au premier chef, assimilent évaluation à notation. Or une évaluation est bien plus qu'une note. Par ailleurs, la plupart des enseignants ont bien conscience que sur 100 étudiants de L1, moins de 5 deviendront chercheurs, et leurs cours n'ont pas pour vocation à "enseigner leur recherche", mais à inculquer une démarche scientifique, ce qui est très différent.
Sur la pédagogie des chercheurs : une "légende urbaine" voudrait accréditer que les meilleurs chercheurs sont de piètres pédagogues. C'est tout simplement, au mieux simpliste, au pire faux.
@Anonyme 2
Choisir des experts au hasard ? Dans quelle population ? Celle de l'ensemble des enseignants-chercheurs ? Y compris les rares qui ne font pas leur travail correctement ? Et quid s'ils refusent ?
@Belgo et Pierre : évidemment, la grève pénalise celui qui n'a pas moyen d'en reporter la charge sur quiconque. Si vous raisonnez en équilibre général, vous pouvez considérer que les jours de grève des fonctionnaires ont allégé le déficit public, et partant la dette publique, et donc les impôts futurs que paieront les petits jeunes… Plus sérieusement, je retiens l'idée de Belgo de qualifier tout le monde : après tout, elle est très cohérente avec la LRU : si les universités autonomes veulent recruter les brêles qualifiées, qu'elles le fassent ;) Quant au nouveau projet de décret, il est meilleur, mais ne peut répondre, par construction, à la faiblesse du socle sur lequel il s'appuie : une vision managériale du pilotage des universités. L'université n'est pas une entreprise.
Oui, bonne idée, bloquez les listes de qualification. Comme ca au lieux d'être payés en décembre 2009, les nouveaux maîtres de conf seront payés en juin 2010.
Le Cnu était déjà ridicule mais à ce point on dépasse les limites... Jusqu'où ira le corporatisme?
> Des réactions?
Oui alors je vais certainement paraître vachement terre à terre et tout, mais ce qui m'intéresse surtout, c'est de savoir si je suis qualifié ou pas. Si c'est bon je peux candidater mcf, si c'est bon je peux adhérer à un syndicat, et si c'est bon je peux aller s'époumoner contre la politique absurde du gouvernement et tout et tout.
Mais en attendant...
Tous les enseignements donnés à l'université ont-ils vocation à intégrer la transmission de la démarche scientifique ?
Je ne comprends pas la partie du texte sur la modulation des heures : j'avais envie de réagir contre le début qui affirme qu'un EC qui ne ferait plus que de l'enseignement pendant une période de sa vie ne serait qu'une personne tout juste bonne à enseigner au lycée, et je m'aperçois que la suite du texte contredit de toute manière cette idée puisqu'elle propose une autre manière d'organiser cette modulation !
Et, n'étant pas du métier, et donc n'en maitrisant pas tous les tenants et aboutissants, je trouve effectivement corporatiste cette grève contre l'évaluation.
L'argument définitif contre la vision managériale serait risible si le sujet n'était pas si sérieux.
Pour travailler dans le privé et pour le public, je suis toujours sidéré et scandalisé de voir comment une partie importante de la hiérarchie (dans le secteur public) se désintéresse totalement de sa responsabilité managéraiale (il est vrai que vu leur formation en la matière, il vaut peut être mieux!)
Corporatisme, évaluation, management, beaucoup de gros mots qui mériteraient une réflexion approfondie plutôt qu'une utilisation comme arguments dans les conflits
"Demander à un enseignant-chercheur qui n'est pas, ou plus actif en recherche, de compenser ce déficit de production scientifique par un enseignement renforcé constitue la négation de ce qu'est l'Université"
Ah ... c'est pour ça qu'on ne peut pas évaluer, parce que c'est l'Université mais pas la réalité, ah oui je comprends mieux maintenant.
Sinon le ministere répète a qui veut bienl'entendre (c'est peut être ça le problème aussi) qu'une évaluation prendrait en compte l'ensemble des activité des enseignants chercheurs, taches administratives, enseignement en ligne, travail de vulgarisation...
"...constitue la négation de ce qu'est l'Université..."
C'est amusant on a pas tous la même définition de ce terme université.
La comme ça dans ce post on dirait qu'il s'agit de l'Université de la IIIieme république, faudrait il pas mettre, un peu a jour, cette définition qui date de 1896 ?
Bonjour,
Votre analyse est pertinente, accepteriez vous qu'elle soit diffusé sur le site de sauvons la recherche sous forme d'article ?
Cyril
ccatelain@gmail.com
Bloquer les qualifications ne me semble pas très pertinent, vu que les qualifiés des années précédentes (jusqu'à n-3) pourront se présenter aux concours 2009. Ce qui serait plus interessant serait de bloquer les résultats desdits concours 2009, qui si je ne m'abuse doivent être (ou devaient, j'avoue ne plus trop comprendre avec l'application de la LRU) validés par le CNU ...
@ Anonyme précédant Cyril : Gizmo entend parfaitement le ministère lorsque la Ministre dit que l'ensemble des activités seront prises en considération, mais, hélas, elle connaît bien les pratiques des membres du CNU, qui n'évaluent que les activités de recherche, faute d'informations pertinentes sur l'enseignement et l'animation collective. Quant à la définition de l'Université, je concède qu'elle est européenne, au sens où l'entend Claude Allègre, et non anglo-saxonne.
@ Narayan : la section 5 a décidé de ne pas bloquer les qualifications, et Gizmo s'en réjouit. En revanche, ce que vous écrivez est inexact : les universités sont entièrement maîtresses de leurs recrutements, parmi le vivier des qualifiés, et il n'y a donc aucun examen a posteriori du CNU.
Concernant la question de la rétention des résultats des qualification CNU 2009, je ne pense personnellement pas qu'il s'agisse d'un vecteur efficace de lutte et/ou de contestation.
Elle n'a pour conséquence que de pénaliser les jeunes prétendants aux fonctions de MCF qui attendent leurs résultats, sans constituer pour autant un réel moyen de pression vis à vis du ministère. Je crois que, compte tenu des enjeux et des débats actuels qui traversent le monde universitaire, cette action n'a que peu de prise, et peu d'écho, tant au plan médiatique, que politique.
Elle dessert bien plus le mouvement qu'autre chose, en crispant les jeunes chercheurs, qui ont déjà bien conscience de la difficulté d'intégrer le monde universitaire. Cela ne tend, à mon humble avis, qu'à fractionner le mouvement, qui a bien besoin d'une cohésion d'ensemble face à aux multiples enjeux de ces réformes.
25 ans d'université, d'enseignements de la 1° année jusqu'aux conférences de doctorat, 8 ans de CNU. Rien à faire. Pour travailler sans modifications frénétiques (dynamiser les synergies, focaliser les potentiels...), ni sans discours méprisant pour les flemmards ringuards que nous sommes. Qui a déja fait 3 heures de cours devant un amphi de 600 étudiants ???? Pour la 1) fois et comme d'autres, le ras le bol total et la colère
Bonjour,
Si véritablement, l'objet de la réforme est d'améliorer la recherche en France, pourquoi n'est-il jamais envisagé de promouvoir les bons chercheurs à travers la grille indiciaire. Ne serait-ce pas là une bonne incitation, les chercheurs bien évalués pourrait changer d'indice plus rapidement. Pourquoi ne pas restaurer la première classe pour les MCF?
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