samedi 31 janvier 2009

"Tu vois, je civette, je bainmarise, je ragougnasse…"

On se souvient des propos du professeur de psychopathologie Jean-Luc Viaux, expert agréé par la Cour de cassation, lors du tristement célèbre procès d'Outreau : "Quand on paie des experts aux tarifs d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage". Visiblement, les experts de l'Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur ne sont même pas payés au prix d'une femme de ménage, puisque Jean-François Dhainaut, président de l'AERES, lors d'une conférence présentant le bilan de l'AERES le 8 janvier 2009, et en réponse à une question sur la parité hommes-femmes dans les commissions d'experts (experts nommés, faut-il le souligner) aurait déclaré : "les femmes en plus de leur métier doivent s’occuper de la maison, des enfants. Elles n’ont donc pas de temps à consacrer à l’AERES". C'est sur le site de Sauvons l'université, rubrique bibliométrie/évaluation.


[Edit, 7 février 2009] Une pétition a été adressée à Madame la Ministre Valérie Pécresse (une femme qui sans doute ne s'occupe ni de sa maison, ni de ses enfants, et qui n'aime pas le pouvoir...)

3 ça se discute...:

Anonyme a dit…

Et, pour faire simple, c'est pour sauver ce système que vous faites grève ? Vous le croyez réellement amendable ?

N. Holzschuch a dit…

Hmmm... J'adore ces déclarations qui me rappellent à quel point on n'est pas encore passé au XXIe siècle.

Sans rire, le fait que Monsieur Dhainaut soit encore en fonction après une telle déclaration en dit long sur le système de recherche français.

En même temps, peut-être qu'il faut considérer la question sous un autre angle. Les évaluations (du Comité National, de l'AERES ou d'autres instances) nécessitent des séminaires de 4 jours, des visites régulières à Paris, etc. Quelle famille, avec des enfants à l'école, peut se permettre d'avoir un parent absent 4 jours de suite ? Deux parents ?

Y a t-il quelque chose à revoir là dedans ?

Jaggy a dit…

Voici l'extrait d'un article sur Challenge, l'interview de JEAN-ROBERT PITTE, géographe et ex-président de l'université de la Sorbonne (Paris IV).

"Comment alors expliquer cette fronde des universitaires ?
- Par conservatisme et corporatisme. Bien des enseignants-chercheurs n'ont pas envie de lever le voile sur la réalité de leur temps de travail, et ne font souvent plus de recherche. En lettres, la moitié des maîtres de conférences et le tiers des professeurs ne publient plus rien et ne font qu'assurer leurs 192 heures d'enseignement sur l'année. En droit et en économie, nombre d'universitaires en profitent pour multiplier les «ménages» avec les entreprises, notamment du consulting dans la banque et l'assurance. En fait, les enseignants-chercheurs refusent toute évaluation et veulent continuer à gérer leurs carrières entre eux, au sein du Conseil national des universités. Je suis étonné du manque d'enthousiasme de présidents d'université face à cette réforme qui leur donne de nouveaux pouvoirs. Cela révèle un manque de courage."

Qu'en pensez-vous ?