lundi 2 mars 2009

La place du centre est-elle à la périphérie ?

Selon des sources bien informées, le comité Balladur chargé de réfléchir à la réforme du "mille-feuille" administratif français, avec ses strates de communes, communautés de communes, pays, départements, régions, suggère une réduction du nombre de régions françaises, dont le nombre passerait de 22 à 15. Parmi les reconfigurations possibles, le département de l'épanouissement authentique serait arrimé à la grande couronne sud parisienne, privant, avec son compère eurélien, la Région Centre de deux départements.

Pour être honnête, Gizmo n'a guère d'affectio societatis pour sa région, préférant se vivre solognote (ou solognognote pour reprendre une terminologie desprogienne). Par son nom même, la région Centre manque d'identité : on aime se dire basque, breton, alsacien, auvergnat, provençal, mais, vous, ça vous viendrait à l'idée de vous dire centriste, à moins d'être bayrouiste ?

Là où Gizmo est vaguement gênée, c'est que son avatar universitaire, pressée par sa tutelle, œuvre pour la constitution d'un Pôle de Recherche et d'Enseignement Supérieur qui marierait les deux Universités du Val de Loire, Tours et Orléans. Bien entendu, la constitution des PRES rentre dans la même logique de "visibilité", de "taille critique", chère au management de la performance prôné par nos gouvernants. La PRESsurisation des deux universités a d'ores et déjà suscité la réunion de 7 groupes de travail comprenant chacun une vingtaine de personnes (enseignants-chercheurs, chercheurs, biatoss, étudiants), avec deux réunions d'environ trois heures pour chaque groupe ; plus une réunion (et trois à venir) des deux équipes présidentielles (soit une douzaine de personnes). En chiffrant l'heure moyenne à 40 euros toutes charges comprises (hypothèse basse), le coût de la réflexion est d'environ 40 000 euros. Si on ajoute à cette somme le coût d'installation du PRES, l'opération totale coûtera probablement plusieurs centaines de milliers d'euros, à la charge du contribuable. Le PRES Orléans-Tours regroupera dans quelques mois, on l'a compris, deux universités de la même région, et de la même académie, selon des modalités qui restent à définir, du PACS au mariage sous le régime de la communauté universelle pour faire simple. Il serait regrettable qu'il soit, quelques mois plus tard, mis fin aux épousailles, et que la jeune divorcée orléanaise soit conviée à convoler avec une, voire plusieurs, universités sud parisiennes. Jeanne, reviens, ils sont devenus fous !

5 ça se discute...:

Cimon a dit…

Prem's !!!

Bon, pour le lien affectif avec la région (ou le département), c'est pas comme si c'était pas fait exprès...

Sinon, je me demande quelle est la pertinence (actuelle et projetée) de l'échelon régional pour les universités ?

Emmeline a dit…

Vous avez privé Mlle d'Arc de la fin de son lien wikipedia ! la veille de la Journée de la Femme en plus !

Pour les épousailles hypothétiques : je suis toujours ébaubie par cette capacité à prôner la décentralisation pour mieux assujettir les régions/ universités/ pôles divers décentralisés. [Si je m'écoutais, je dirais "y a qu'à voir ce qu'ils veulent faire à Caen"...]

Gizmo a dit…

@Emmeline : pauvre Melle Jeanne, déjà qu'on l'a brûlée vive, Gizmo l'estropie de son lien wikipediesque...
@Cimon : heureusement qu'Emmeline a apporté une contribution décisive à l'avancée du débat, sinon votre "prem's !!!" inclinait à penser que votre question définitive allait terrasser toute autre forme de commentaire. Sur le fond, on peut s'interroger : à Boston (très grande ville certes), il semble que cela ne dérange personne qu'il existe plusieurs dizaines de collèges universitaires et d'universités. Le regroupement régional participe de cette fameuse "taille critique". Peut être qu'il serait plus opportun, non pas d'atteindre une taille critique par un regroupement régional (dont on ne mesure pas bien le caractère opérationnel), mais plutôt en spécialisant les universités de manière thématique à partir du niveau Master. Est il absolument nécessaire que toutes les universités dispensent tous les types de formation ? En revanche, il me semblerait idiot de fermer l'Université d'Orléans (ou de Tours, hein...) au delà du niveau Master, sous pretexte qu'elle n'a pas une taille critique suffisante. Certaines filières sont insuffisamment attractives en termes d'enseignement et de recherche, mais d'autres sont très attractives. Juste un avis de Gizmo... Les grandes personnes à la tête des universités pensent différemment, pour d'évidentes raisons politiques (pas facile de se couper un (des) bras soi-même...)

Emmeline a dit…

Bon, puisque apparemment il faut être un minimum sérieux, je vais faire un commentaire juste un peu constructif : l'Irlande qui prône haut et fort le "régionalisme" au sens UE du terme (i.e. avec des régions nettement plus grandes que celles qu'on redécoupe aujourd'hui) fonctionne davantage sur le modèle prôné par Gizmo : toutes les "grandes" universités sont concentrées à Dublin, mais les universités régionales gardent un certain nombre de premiers cycles, ainsi que des enseignements très spécifiques pour lesquels elles ont un avantage comparatif (ex : l'étude de l'histoire médiévale à Galway, la "grande" ville qui compte le plus de gaélicophones). Là où ça devient problématique, c'est qu'il y a sélection (double : par les notes et par l'argent) dès la L1, et que les transferts ne sont pas extrêmement faciles...

Cimon a dit…

Sur la réforme des universités, je crois que je confonds pas mal de problèmes, qui se superposent également au niveau des revendications :

- L'université a, au moins a priori, deux fonctions illustrées par le terme même d'enseignant-chercheur. Or, il ne me semble pas certain que les contraintes liées à une activité (l'enseignement) et à l'autre (la recherche) soient nécessairement compatibles / incompatibles / mutualisables / mutuellement exclusives / harmonisable etc... Or le mimétisme des mots d'ordre (sauvons la recherche vs sauvons l'université), s'il permet de penser qu'il y a unité de problème, contribue, au moins pour mon cas particulier, à brouiller le message.

- S'agissant de la "taille critique", mon intuition me dit qu'elle n'a pas le même sens en termes d'enseignement que de recherche. En outre, des problèmatiques d'aménagement du territoire ont forcément une influence au niveau de l'implantation des centres universitaires. En bien (essayer de dynamiser une région en y implantant un centre de recherche dans un domaine qu'on estime prometteur) ou en moins bien (j'ai l'impression que chaque maire/président de département/président de région a envie d'avoir un joli gros pôle worldwide famous pour frimer en société et expliquer à quel point il est dynamique).

- Quelle place pour l'université tant elle me semble coincée entre les grandes écoles (qui jouent plus sur l'enseignement que sur la recherche) et structures de type CNRS (le contraire) ? Sont-elles condamnées à faire les deux avec les moyens du bord ? Doivent-elles disparaître et adopter l'un ou l'autre modèle ?

- Plus largement, quelles missions pour l'université ? Je me rappelle qu'à l'armée, on nous rebattait les oreilles avec le "un chef, une mission, des moyens". Or, j'ai l'impression qu'avec la réforme, on a la première partie de la trilogie, mais quid des deux autres ?

- Pour rebondir sur le commentaire d'Emmeline, il semble qu'il y ait souvent au moins une sélection par les notes. Doit-on revenir sur ce qui apparaissait à certains un acquis de mai 68 ?