Lagardethon
Vous aviez libéré la croissance ? Probablement, vous adorerez donner votre avis sur le nouveau dispositif de régulation prudentielle des secteurs de la banque et de l’assurance. Suite au rapport remis par Bruno Deletré en janvier 2009, Christine Lagarde soumet à consultation publique le projet d’ordonnance portant fusion des autorités d’agrément et de contrôle de la banque et de l’assurance.
Gizmo laisse aux éminents juristes le soin d’examiner l’opportunité de légiférer par ordonnance. Compte tenu du nombre de personnes consultées par la mission Deletré, elle se demande qui répondra à cette consultation. En fait, sur la centaine de personnes consultées, aucun universitaire, français ou étranger. Si toi, lecteur fidèle, tu souhaites apporter ta pierre au dispositif de contrôle du grand capital financier, c’est ici. Il reste notamment l'Article L. 612-20 (taxe) à rédiger...
Gizmo laisse aux éminents juristes le soin d’examiner l’opportunité de légiférer par ordonnance. Compte tenu du nombre de personnes consultées par la mission Deletré, elle se demande qui répondra à cette consultation. En fait, sur la centaine de personnes consultées, aucun universitaire, français ou étranger. Si toi, lecteur fidèle, tu souhaites apporter ta pierre au dispositif de contrôle du grand capital financier, c’est ici. Il reste notamment l'Article L. 612-20 (taxe) à rédiger...
6 ça se discute...:
Sur la taxe, il s'agit simplement d'une mesure visant à mettre sur le même pied assureurs et banquiers : les premiers sont en effet déjà assujettis à une "contribution pour frais de contrôle" (article L. 310-12-4 du code des assurances, qui a permis de doter le budget de l'ACAM de 27,3 M€, donc des montants suffisament peu significatifs pour avoir, à mon avis, un impact sur le marché de l'assurance) alors que les seconds sont contrôlés grâcieusement par la Commission bancaire. Dans le cadre de la fusion, il fallait soit exonérer les assureurs, soit imposer les banquiers. La question de l'équité risque d'être assez rigolote, d'ailleurs...
P.S. : sur Deletré, j'avais mentionné le sujet ici. Et je me prépare à sévir à nouveau sur le sujet sur mon blog.
Merci Cimon, pour ce commentaire éclairé sur un billet assez indigent.
J'en profite pour mettre le lien vers votre nouveau billet. Ainsi que sur le non moins pertinent billet d'Arthur. Merci, guys, de pallier l'insuffisance des billets actuels de Gizmo.
En fait, c'était de la provoc'.
Mais si Deletré ne demande rien, on souhaiterait savoir ce que dirait un universitaire d'une régulation rénovée (appelons ça de cette manière).
Par exemple, un universitaire ayant trainé ses basques du côté du CCSF, au hasard...
Salut, comment ça va?
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Joseph
En même temps, pourquoi demander l'avis des universitaires ? Les travaux universitaires de pointe considéraient comme le nec plus ultra le système ayant abouti au krach. Partage du risque, profondeur des marchés, etc...
Combien d'articles de l'American Economic Review sur la décennie écoulée nous racontant à quel point le système de titrisation avait limité la volatilité du marché immobilier, et ce faisant celle de l'investissement et du PIB ?
Combien de commentaires des pontes de la discipline nous disant que le système actuel était sain ? On peut revenir au fameux "Le mégakrach n'aura pas lieu" de Landier et Thesmar, nous racontant combien les fonds spéculatifs étaient importants (avec des "équipes ultra incitées, sous la surveillance d'un contrôle des risques high-tech") car ils apportaient de la liquidité et permettaient la fixation au "juste prix" des actifs. Ils nous disaient aussi combien le partage du risque était une bonne chose, et que de ce point de vue, titrisation et dérivés étaient la panacée (leur terme est "nouvelle économie financière"). Avec cette grande prédiction : "Leur effet est une diminution et non un accroissement du risque systémique" ! Et une conclusion tout à fait pertinente :"Le danger d'une explosion financière et donc le besoin de régulation n'est peut-être pas si grand qu'on le pense".
Voilà l'analyse de deux des plus connus universitaires français dans le domaine ! Le système qui a failli était quasiment de l'économie de manuel.
Il est évidemment sain pour le système que les économistes universitaires soient mis à l'écart, le plus loin possible à vrai dire. Ils peuvent annoner dans leur coin que tout équilibre concurrentiel est un optimum et que l'action de l'Etat se doit de restaurer ce bel équilibre si jamais quelques imperfections pointent le bout de leur nez. Mais de grâce, qu'ils développent leur science dans leur coin sans que la population ait à subir les implications concrètes de leurs élucubrations, nous n'avons pas mérité cela.
Effectivement, comme indiqué dans un billet précédent, le plus souhaitable est que les économistes universitaires s'appliquent à eux-mêmes leurs recommandations (la concurrence c'est génial, soyons opportunistes, le marché reconnaitra les siens), ce qui permet de les voir disparaitre peu à peu. Bien sur, s'ils lisaient un peu les autres sciences sociales, sans parler même d'Antéchrists comme Kropotkine (mais l'Economiste dénigre bien entendu toutes les autres sciences sociales, c'est même à cela qu'on reconnait les économistes dans les dîners), ils se rendraient compte que dans le processus de lutte pour la survie, les groupes qui coopèrent entre eux sont ceux qui s'en sortent le mieux, mais c'est bien sur contraire au comportement rationnel dont on nous bassine les oreilles depuis le 1er cours d'intro à l'économie.
Comme Robert Frank, cela se traduit concrètement par le comportement asocial, opportuniste et sous optimal des étudiants en économie (qui ensuite deviennent universitaires pour certains).
Qui voudrait de gens pareils pour aider à nous gouverner ?
Nous avons peut-être péché, mais par pitié, épargnez nous le Fléau des recommandations de l'économiste universitaire (vous savez, celui qui dira de ses modèles que ce ne sont que des modèles si on critique leur irréalisme, et recevra donc comme non avenue toute critique externe, mais qui en même n'aura pas la cohérence et la décence de se retenir de toute recommandation de politique économique sur la base de ces modèles, qu'il a lui-même qualifié de simples et forcément décalés par rapport à la réalité. Dans ce sens, au moins des personnes comme Lucas ont une cohérence dans leur démarche, se refusant à toute recommandation de politique économique).
Mieux vaut encore l'invasion de sauterelles.
@Olivier.
Si vous pensez que la recherche en économie se limite à des livres grands publics (cf Landier et Thesmar) il faut certainement élargir un peu vos lectures. Ce que vous écrivez dans votre premier paragraphe montre que vous avez bien lu une certaine presse, mais compris ce qu'est la recherche en économie certainement pas. Avec des arguments comme les vôtres, on en serait encore à utiliser la planche à billet pour résorber le chômage (résultat d'universitaire, si si). A la différence des sociologues et des économistes d'entreprise, les chercheurs en économie posent des problèmes et y répondent dans un cadre précis (et seulement dans celui-ci!) sans aucun parti pris. Je me fous de savoir si mes travaux sont de droite, libéraux, conservateurs ou de gauche. Certains universitaires font des choix en délivrant une vérité dans un livre ou une émission TV (le plus connu est certainement Friedman), c'est leur choix mais alors certainement pas de la recherche en économie.
Vos connaissances et votre esprit critique font main basse sur toute la théorie de ces 30 dernières années. Je suis théoricien, synonyme de méchant mathématicien qui fait de l'économie de bas étage. Comme d'autres je travail entre autres sur les mécanismes et la rationnalité limitée. Il m'est déjà arrivé de trouver des résultats contradictoires lié au cadre informationnel ou à l'environnement retenu. Certains de mes collègues font ce que l'on appelle de l'économie expérimentale, d'autres de l'économie comportementale. Je n'aime pas ces-derniers domaines pour des raisons méthodologiques. Je leur reconnais cependant leur importance, puisqu'ils permettent de mieux comprendre l'économie dans son ensemble, notamment quand ils contredisent la théorie plus "classique". La recherche en économie c'est une multitude de résultats qui nécessitent d'être compris dans leur ensemble pour faire avancer la société. La prise de décision, c'est un autre métier et c'est pour cela que des dirigeants sont élus.
Combien d'articles de l'AER durant ces 10 dernières années ont conduit à votre conclusion? Je dirai moins de 5% par an, mais je vous laisse faire le ratio.
Vous avez raison, le premier cours de microéconomie est fondée sur le consommateur rationnel, et il est barbant, même pour le prof! Si nous continuons à donner ce cours, c'est parce qu'il faut commencer par le plus simple.
Quant à votre remarque selon laquelle les économistes sont appelés à disparaître en s'appliquant leur propre théorie, je vous propose de jeter un oeil au marché académique anglo-saxon. Un marché très concurrentiel, transparent, avec de fortes incitations à la production. On obtient le contraire du recrutement en France (si on omet quelques universités) : pas de recrutement interne, pas de copinage, pas de vassaux, une production constante de tous les universitaires, des cours de qualité, un vrai dialogue avec les étudiants. Et encore, je ne compare pas avec le monde universitaire pour les autres sciences sociales et leur corruption dans les processus de recrutement.
Et au fait, Landier et Thesmar ne sont pas les français les plus connus quant à l'analyse des marchés financier et la finance en générale.
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