samedi 22 mai 2010

Les IUT, un vivier de doctorants ?

Auditionné par la Commission des Finances du Sénat le 5 mai 2010 sur la mise en œuvre du Grand Emprunt, René Ricol, commissaire général de l’investissement a déclaré : « Enfin, j'aimerais souligner le succès des instituts universitaires technologiques (IUT) qui permettent un accès rapide au marché du travail et constituent un vivier de doctorants. ». Auditionné par la Commission homologue à l’Assemblée nationale le 19 mai, il a récidivé : « Les IUT remplissent parfaitement leur mission, qui consiste à favoriser l’insertion dans la vie professionnelle au terme d’une filière courte, et le pourcentage des ingénieurs et des doctorants qui en sortent est spectaculaire. ». René Ricol en tire la conclusion qu’il sera extrêmement vigilant sur la manière dont les universités présenteront leurs projets pour le Grand Emprunt, et notamment leur manière d’associer les IUT aux opérations « Initiatives d’excellence » ou « Laboratoires d’excellence ».


Qui est René Ricol ?

Dans le contexte de la Présidence française de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy a confié à René Ricol la mission de rédiger un rapport sur la crise financière, rapport publié en septembre 2008. On appréciera la capacité visionnaire de René Ricol ; passons. Probablement convaincu par la qualité du travail, Nicolas Sarkozy a nommé René Ricol comme médiateur du crédit aux entreprises en octobre 2008, poste qu’il occupera jusqu’en septembre 2009. Que René Ricol soit un expert comptable, sans doute ; un expert financier, le doute est permis. Mais qu’il se mêle, via le Grand Emprunt, de politique universitaire est au mieux affligeant, au pire dangereux.

Que sont les IUT ?


D’après l’article 2 du décret n°84-1004 du 12 novembre 1984, « Les instituts universitaires de technologie dispensent en formation initiale et continue un enseignement supérieur destiné à préparer aux fonctions d'encadrement technique et professionnel dans certains secteurs de la production, de la recherche appliquée et des services. » Les IUT disposent d’un statut dérogatoire, qui leur permet de sélectionner les étudiants à l’entrée (l’admission est de droit pour les titulaires d’un baccalauréat technologique avec la mention « bien » ou « très bien »). C’est à partir de cette capacité de sélectionner les candidats à l’entrée que la mission initiale des IUT a été dévoyée : de nombreux directeurs d’IUT sélectionnent des bacheliers généralistes, souvent titulaires de mention. Initialement, lors de la création des IUT en 1966, il était entendu que les IUT avaient vocation à former des techniciens supérieurs en deux ans, en délivrant un Diplôme Universitaire Technologique. Progressivement, les IUT ont obtenu la possibilité de délivrer des licences professionnelles, voire des masters professionnels.

Les IUT, une réussite ?

Alors on entend souvent : « les IUT, c’est ce qui marche le mieux à l’Université ». Cette affirmation est erronée pour au moins trois raisons. En sélectionnant des (très) bons étudiants titulaires d’un baccalauréat généraliste, pour leur proposer une formation courte, technique, peu conceptuelle, on les détourne de la possibilité d’exercer leur talent dans des formations longues, plus fondamentales, plus conceptuelles. Sachant que la dotation financière par étudiant d’IUT est supérieure à celle des étudiants hors IUT, ceci est un gaspillage social. Alors, on rétorque que le gaspillage n’existe pas, puisque les étudiants titulaires d’un DUT, puis d’une licence professionnelle, peuvent éventuellement intégrer un master. Et tout le monde s’en félicite. Imaginez un seul instant qu’on vous explique qu’on peut devenir chirurgien en ayant commencé par deux années d’infirmier, et en raccrochant en troisième année de médecine, ce qui signifie avoir fait l’impasse sur un certain nombre de cours probablement fondamentaux comme la biologie, l’anatomie, etc. Vraiment, si on vous donne le choix entre deux chirurgiens, l’un ayant fait l’impasse sur les deux années de formation médicale initiale, mais ayant fait des études d’infirmier, et l’autre ayant fait un cursus complet de médecine, vous choisirez de vous faire opérer par le premier ? Pas Gizmo. Un éminent collègue chimiste de Gizmo se félicitait de ce que ses meilleurs doctorants aient une formation d’IUT : « en chimie, l’important, c’est la paillasse... » Oui, mais qu’est-ce qui empêche (si ce n’est les moyens financiers) que les étudiants en chimie des formations longues disposent également de TD/TP en nombre suffisant?

Selon Gizmo, la réussite des IUT ne devrait justement pas se mesurer à leur capacité à alimenter les filières longues. Que plus de 60% des titulaires de DUT poursuivent leurs études est un échec cuisant ! Ceci signifie que les filières courtes ne sont pas attractives pour les employeurs, ou que les étudiants initialement sélectionnés en IUT auraient eu leur place dans les filières longues. La vraie réussite des IUT serait de ne recruter que des bacheliers technologiques, et d’assurer leur insertion sur le marché du travail après deux ans d’études. Mais surtout pas de se vanter de former des docteurs.

Non sens pour non sens...


Et le Grand Emprunt dans tout cela ? 7,9 Md€ seront dédiés au financement de la recherche, via un certain nombre d’opérations, notamment l’opération Laboratoire d’excellence, qui vise à faire émerger des laboratoires internationalement visibles. Peut-on raisonnablement penser que ces laboratoires sont intégrés à des IUT ? Monsieur Ricol, qu’il faille conforter les IUT dans leur mission, soit. Mais qu’il faille conditionner la labellisation d’un laboratoire d’excellence à l’intégration des IUT dans le projet, alors que leurs missions sont à peu près orthogonales, est un non sens. Ceci étant, c’est peut être aussi un non sens de s’endetter aujourd’hui...

19 ça se discute...:

Olivier Bouba-Olga a dit…

J'ajoute un effet, qui me semble des plus calamiteux : certains lycéens qui ont un niveau moyen/faible, pour qui les formations courtes DUT/BTS seraient les mieux adaptées, se voient barrer la route par les bons bacheliers, qui de toute façon retourneront ensuite en filière longue. Les premiers se voient donc condamner à aller à l'Université et, bien sûr, ils échouent.

Anonyme a dit…

Les travaux conceptuels sont ceux qu'on peut toujours laisser aux autres le soin de financer, je crois.

Si personne ne voit l'utilité de les financer, heaven can wait.

Pierre a dit…

Je suis toujours assez mitigé sur les conclusions à tirer de ce genre de fait. Le fait que les IUT produise des doctorants n'est pas une gloire, c'est évident, mais si les bons élèves vont dans les IUT, c'est parce qu'ils ont choisi d'aller là et non à la fac. Il peut y avoir deux raisons à cela: l'encadrement des étudiants plus important en IUT, la recherche des effets de pairs. Le second mécanisme est auto-réalisateur.

Qu'il faille demander à l'université de Toulouse 1 (par exemple) d'intégrer des IUT avant de pouvoir s'appeler pôle d'excellence est en effet assez cocasse. En revanche, je ne vois pas de solution rapide au problème de fond. Une sélection drastique aux examens de L1, pour faire progresser les bons élèves en L2/L3?

Là où je disconviens, c'est que je ne suis pas du tout certain que ce problème d'orientation des élèves soit un échec des IUT. C'est un échec du système universitaire français, voire du niveau licence des universités françaises qui n'arrive pas à attirer les bons élèves (sans dire que c'est la faute des profs de fac, bien entendu, le problème est bien plus compliqué que cela). On peut difficilement demander aux profs d'IUT de sélectionner les mauvais élèves...

Olivier Bouba-Olga a dit…

@ Pierre : ok, ce n'est pas un échec des IUT, mais de l'organisation du système universitaire dans son ensemble. Les élèves qui vont en DUT souscrivent en quelque sorte une assurance : je veux faire des études longues, mais je passe par la case DUT, histoire d'avoir au moins ce diplôme Bac+2 valorisable sur le marché du travail. Au détriment, encore une fois, de ceux qui auraient besoin de ce type de formation courte.

Les responsables de Dut sont cependant coupables quand ils retiennent pour l'essentiel des bacs généraux avec mention. Cen 'est pas la mission qui leur est dévolue...

Pierre a dit…

Olivier:

"Les élèves qui vont en DUT souscrivent en quelque sorte une assurance : je veux faire des études longues, mais je passe par la case DUT, histoire d'avoir au moins ce diplôme Bac+2 valorisable sur le marché du travail."

Je suis moins optimiste. Je crois qu'ils fuient très souvent la fac et son manque d'encadrement en allant en IUT. Certains préfèrent la prépa à la fac, à peu près pour les mêmes raisons, on ne peut plaider le mécanisme d'assurance.

"Les responsables de Dut sont cependant coupables quand ils retiennent pour l'essentiel des bacs généraux avec mention. Cen 'est pas la mission qui leur est dévolue..."

Je ne sais pas dans quelle mesure cela figure explicitement dans leurs objectifs; je serais extrêmement surpris qu'ils soient évalués là-dessus. Tout responsable de formation est incité à recruter les élèves et les plus à même de réussir sa formation par défaut, c'est ce que les responsables d'IUT font. A peu près toute personne étant mise dans la même situation ferait pareil.

Je trouve douteuse la tentation de remplumer les bancs de la fac en bons élèves en interdisant les bons élèves d'aller en IUT. Je trouve ça trop centralisateur; je crois que le défi est de donner envie aux bons élèves d'aller à la fac. Cela peut nécessiter plus de moyens en fac, gérer cela en contraignant le choix des individus me semble un peu dangereux.

Attila a dit…

@bouba-olga: "je veux faire des études longues, mais je passe par la case DUT, histoire d'avoir au moins ce diplôme Bac+2 valorisable sur le marché du travail. Au détriment, encore une fois, de ceux qui auraient besoin de ce type de formation courte."

Pour regler ce probleme, on pourrait augmenter massivement les places en IUT pour que presque tous ceux qui souhaitent y etudier puissent le faire. Et on reglerait du meme coup le probleme des filieres generalistes en les faisant quasiment disparaitre. Bien sur les etudiants qui voudraient les suivre seraient libres de s'inscrire (sans selection, surtout ne pas toucher au tabou de la selection!) mais dans les faits bien peu le feraient.

SLU a dit…

@Olivier Bouba-Olga : Pour la filière que je connais (BTS biotechno), le phénomène a, de plus, pris de l'ampleur avec "admission post-bac" : Les S représentent plus de la moitié des admis, quant aux STL, la filière technologique supposée déboucher sur ce BTS... ben... dommage...
Sinon, tjs pour parler de ce que je connais (à savoir "le BTS d'à côté"), 2-3 par promos seront techniciens supérieurs, les autres retournent en filière longue... Je pense donc, qu'effectivement, les IUT et BTS ne remplissent absolument plus leur objectif initial...
PS scientifique de formation (j'habite de l'autre côté du lac), je ne suis pas d'accord avec cet "éminent collègue chimiste" ;-)

Anonyme a dit…

en matière de prélèvements sur la ressource de bons élèves, les classes prépas me semblent bien plus à blâmer que mes IUTs..

Cimon a dit…

Et pour enchaîner sur les prépas, on devrait pouvoir appliquer les mêmes arguments aux écoles d'ingénieurs / de commerce vs. les doctorats, non ?

Le dirigeant d'école doctorale se trouve +/- dans la même situation (vis à vis des ingénieurs) que le directeur d'IUT (vis à vis des bons bacheliers), non ?

Rennais a dit…

Je voudrais juste apporter un complément en tant qu'ingénieur R&D dans le privé (issu d'une "grande" école).
Après 20 ans d'exercice, je remarque que les ingénieurs issus d'une formation IUT+école d'ingénieur/master sont souvent plus efficaces et opérationnels que ceux issus des cursus classiques d'ingénieurs.

Alors effectivemment les IUT sont peut être un échec en terme de formation de techniciens, mais peut être que ce mode de formation est une bonne piste pour des écoles d'ingénieurs qui cherchent un premier cycle plus efficace que des prépas (genre les INSAs, certaines écoles de chimie)

Anonyme a dit…

La question que tout cela pose est me semble-t-il assez simple : qu'est-ce que l'université française offre à ses étudiants ?

Les étudiants ont à arbitrer sur l'usage d'une ressource très rare : leurs meilleures années.

Si l'université ne leur offre rien qui vaille, il est logique qu'ils essaient de faire un meilleur usage de leur temps que l'y perdre.

Torquemadam a dit…

Après mon bac S, j'ai fait un DUT de statistiques à Paris V puis j'ai poursuivi par une maitrise de sciences et techniques en méthode de la prévision et de la modélisation à Paris-Dauphine et j'ai fini par un master de sciences économiques à Assas.

Sans ce DUT, je n'aurai jamais repris goût à l'école (je commençais sérieusement à en avoir marre après le lycée) et surtout, j'avais un besoin d'encadrement (de mon travail, de mon assiduité afin de partir dans une bonne direction) que les filières "classiques" universitaires n'offrent pas ou peu.
Les DUT ont le mérite d'attirer des élèves dans les universités.
je pense que le jour où on réussira à attirer les élèves des classes prépa à l'université (beaucoup arrête après un bac+5 alors qu'ils sont potentiellement les meilleurs à la sortie du lycée), cela changerait la population de doctorants.

King of Leon a dit…

Pour ce que je connais le mieux (i.e. Economie-Gestion-Commerce), j'ai pas tant que ça l'impression que les DUT aient un niveau supérieur à un étudiant en fin de Licence 2. D'ailleurs en Faculté d'Economie, très rare sont les IUT à intégrer la Licence 3 (je n'en connais personnellement aucun). Et il faut noter que les meilleurs écoles de commerce recrutent des étudiants issues de filière Universitaire et non des IUT/BTS.

Par contre, il existe un véritable gâchis en Licence 1. Beaucoup n'ont pas DU TOUT le niveau (et notamment en math en Economie).

En revanche, en filière scientifique, l'IUT peut-être avantageux grâce aux moyens supplémentaires mis en oeuvre (e.g. votre collègue chimiste). Dans ce cas, une vrai sélection à la fin de Licence 1 (pas forcément avec un numérus clausus d'ailleurs) et des passerelles entre les différents cursus (d'Economie à Gestion par ex., ou de Gestion à une seconde année de BTS ou d'IUT) peuvent être intéressante.

florian a dit…

bonjour,

en tant qu'étudiant et surveillant d'un lycée je confirme l'évidence que beaucoup de bon élèves choisissent des filières courtes plutôt que la faculté majoritairement par peur de la fac, au risque même d'une non-adéquation du projet professionnel et de la filière d'étude.

Trois raisons principales dans les retours dont j'ai connaissance : les grèves (difficile de donner tort en 3 année de fac deux blocage d'un semestre ou presque) qu'on soit pour ou contre d'ailleurs (aucun jugement de ma part),
l'autonomie supposé des élèves de fac qui est pour moi un mythe entretenu allégrement, toutes les filières ont beaucoup de td/tp et on se fait tout un monde de la difficulté d'être autonome mais on ne l'ai pas moins que les autres en filières courte (au sens ou si on choisi une filière pour être cadré on a surement la maturité pour le faire soi même, et si on ne veut rien faire à 18-20 ans on ne se gène pas).
enfin le taux d'échec qui est pris brut sans prendre en compte les réorientations (1/4 des premières années d'après les chiffres du ministères), ce qui donne un taux de redoublement de 22% de première année restant dans la même filière en première année à nouveau.

une valorisation des profs, des commentateurs et une meilleure information sur la fac pour les lycéens seraient un pas gigantesque nan ?

Jaggy a dit…

Moi j'ai fait un DUT de génie mécanique et productique, puis j'ai pu intégrer une école d'ingénieur.

J'ai choisi le DUT parce que :
- j'étais trop paresseux pour faire une prépa.
- je ne me sentais pas capable de travailler sérieusement si j'avais été livré à moi-même, donc j'ai souhaité éviter la fac.

Et finalement, je me suis retrouvé dans une promo de DUT où 20% des élèves venaient de prépa et avaient raté leur première année.

Avec le recul, je suis absolument satisfait de mon parcours, et je le conseillerais à mes enfants s'ils ne se sentent pas capable de passer par une classe prépa.

Concernant votre remarque sur le fait de préférer être opéré par un chirurgien ayant suivi un cursus "classique", plutôt qu'un autre ayant suivi un cursus plus "appliqué", je dois dire que je ne suis pas trop d'accord avec vous. En effet, lorsqu'on suit un cursus classique "études longues", on est en général plus fort en théorie. Par exemple en sciences, on sera plus doué pour formuler des équations basées sur les théories de la physique. Ce type d'ingénieur saura mieux qu'un autre réaliser des calculs de structures complexes par exemple.

Mais si vous devez avoir affaire à quelqu'un qui saura dans la pratique, concevoir un bâtiment (ou à quelqu'un qui doit concrêtement vous opérer) alors je vous conseille fortement de vous tourner vers celui qui aura suivi une filière plus pratique, passant par tous les métiers de sa spécialité. En effet, ce type de scientifique a souvent un esprit pratique plus développé, et aura plus de recul sur ce qu'il fait.

Croyez-moi, ma femme est infirmière et n'a donc pas suivi d'études de médecine approfondies, mais vous seriez surpris du jugement qu'elle porte parfois sur certains médecins, très doués pour certaines spécialités et réellement incultes sur d'autres, si bien qu'elle se retrouve régulièrement obligée de corriger des ordonnances entachées d'erreurs parfois grossières...

Ima a dit…

Il faut pas se leurrer aujourd'hui les IUT apparaissent comme une voie sélective alternative (donc reconnue). Reconnue par les écoles d'ingenieurs reconnue par la fac.
Néanmoins, vu leur but initial c'est un échec! Car les élèves à qui ces cursus etaient destinés prioritairement n'y ont pas accès.
et on l'oublie trop souvent!!
Combien de jeunes pour qui les études courtes seraient le mieux s'en vont garnir les rangs des échecs en L1 de fac. Alors qu'on en fait des tonnes sur les jeunes qui sortent du système sans formation (à tous les niveaux), ce débat n'est jamais abordé.

On pourrait parfaitement interdire l'accès au IUT à tous les étudiants qui ont une mention au bac. Ce serait plus efficace que des évaluations des établissement dans lesquelles on prend en compte le critère sociologique des entrants (projet actuel du Ministère).

Quant à René

1) il te faut évaluer la capacité des établissements universitaires à faire évoluer un élève du bac jusqu'au master pour donner de la thune. Sur toutes les formations, pas seulement des IUT. C'est voir le problème par le mauvais côté considérer que les IUT. On évalue pas un établissement sur 1/4 des ses cursus.

2) considérer l'excellence scientifique que par le prisme de l'accès au doctorat ça fait 40 ans que c'est fait et on voit le résultat sur la fac et sa réputation.

Az a dit…

En dehors du fait que cet argumentaire soit ou pas fallacieux je suis un un peu soufflé par le crédit que vous portez au chirurgien qui serait issu de son école universitaire directement via les premières années "légales" et celui qui y sera arrivé par les équivalences :-)

Je dois dire que pour ma part, médecin issu des Universités au cursus classique, je ne me fierai pas, mais pas du tout, à ce critère pour décider que ce chirurgien est bon ou mauvais.

J'aurais tendance à penser à l'inverse de vous : celui qui est arrivé à ce statut en passant par un circuit plus difficile est plus méritant (il a été obligé de rattraper son retard éventuel).

Le doctorat en soit n'est qu'un titre, signe de notre capacité à nous conformer au milieu, certainement pas un gage de talent ou de qualité.

Bien cordialement

un double docteur (médecine et sciences)

Gizmo a dit…

@Az : dans ce cas, pourquoi n'accorde-t-on pas l'équivalence aux infirmiers en leur permettant d'entrer directement en 4ème année de médecine, après leur cursus d'infirmier ?

Lasher a dit…

Bonjour,

Je fais partie des infâmes techniciens-ingénieurs-docteurs. Quelques remarques:

- Comme beaucoup d'autres l'ont fait remarquer avant moi,
* je fais partie de ceux qui se savaient incapables d'auto-discipline (au moins à ce moment dans ma vie) pour aller à la fac, et
* J'avais des résultats moyens au lycée, et j'ai été accepté de justesse en classe prépa. Sauf que je me posais la question de mes capacité à y « survivre ». On m'a suggéré que si je n'étais pas 100% motivé pour y aller, peut-être que ce n'était pas la meilleure voie pour moi (le conseil fut excellent)
* ... Et c'est comme ça que je suis arrivé en IUT. Soit dit en passant, je n'avais pas de mention (je fais partie de ceux qui ont un bac S, avec deux coefficients 9, mais qui s'en sortent grâce à la philo, à l'histoire, et à l'anglais...).
- Il est vrai que je suis passé en 3 semaines de « vais-je réussir à être diplômé ? » à « Vais-je pouvoir intégrer une école d'ingénieur ? »
- Une fois en école d'ingénieur, donc, il m'a fallu faire un rattrapage sur les matières fondamentales (maths principalement), et certaines matières considérées comme fondamentales dans ma spécialité (informatique) m'ont été refusées (ce qui me semble parfaitement logique)
- Globalement, la structure de l'enseignement en IUT concernant ma spécialité (le génie logiciel) était bien mieux construite et cohérente que celle que j'ai pu voir par la suite dans mon école d'ingénieur. J'ai été un élève correct, sans plus.
- Je n'avais pas initialement prévu de faire un Master 2 recherche, encore moins d'obtenir une mention Bien (ma première mention)
- ... ni par la suite une thèse

Tout ça pour dire que ma façon d'apprendre, mes structures mentales, etc., s'accordent très mal avec la notion de compétition inhérente aux concours prépa, ou au stress induit par les examens, et que de manière générale, je ne peux apprendre que par la « pratique ». Par pratique, je veux dire soit (dans mon cas bien sûr) en me donnant des projets à effectuer (programmation, préparation de conduite de projet, etc), ou devoir présenter les résultats d'un (groupe d')article de recherche — et là, la pratique se résume bien souvent à lire l'article, ne pas comprendre, trouver les articles référencés, les lire, comprendre un peu mieux, mais pas assez, remonter la chaîne jusqu'à avoir assez de bagage théorique pour comprendre l'ensemble des articles suscités. Et là généralement, je m'aperçois que j'ai passé une bonne trentaine d'heures sur « un » article, pour passer 15 minutes à l'expliquer.

Ma capacité à « survivre » en IUT, école d'ingénieur et M2R m'est venue en grande partie du fait que la façon d'évaluer était très fortement liée à des « projets » (je compte les présentations d'articles comme en faisant partie), ainsi qu'à l'obligation de passer par des stages très tôt. Lorsque je regarde certains de mes anciens collègues de thèse, ils sont certes bons, mais techniquement, ils perdent un temps fou lorsqu'il s'agit de modéliser via un programme certains problèmes, non pas parce qu'ils n'ont pas les compétences pour le faire, mais simplement par manque d'expérience. C'est (selon moi) principalement dû au fait que (au moins jusqu'il y a peu), la plupart des étudiants en fac ne sont obligés de faire un stage qu'arrivés en M2 (pro ou recherche), et parmi beaucoup de ceux que j'ai côtoyés et qui allaient en stage avant ce stade, allaient effectuer un stage en laboratoire (ce qui n'est pas forcément un mal s'ils veulent voir le monde de la recherche bien sûr, mais au moins en informatique, j'ai vu certaines pratiques que je croyais éradiquées refaire surface en labo...)