dimanche 9 octobre 2011

Alerte enlèvement !

La section 37 du Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS, à ne pas confondre avec le Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS) a livré en octobre 2011, sa dernière version de la liste des revues en économie et gestion servant de référentiel pour l'évaluation des chercheurs CNRS et des laboratoires soutenus par le CNRS. La nouvelle liste est précédée d'un long préambule précisant l'usage à faire de la liste et les changements notables par rapport à la version précédente. La nouvelle liste a été adoptée à une majorité absolue de la section (9 pour, 4 contre et 3 abstentions).

Gizmo a déjà eu l'occasion de dire combien les économistes français aiment à s'auto-flageller. En l'espèce, le toilettage de la liste a conduit à la disparition du Journal of Pension Economics and Finance. C'est une revue relativement jeune, spécialisée dans la publication d'articles sur l'économie des retraites,  le vieillissement de la population, les fonds de pension, l'assurance vie et l'actuariat. Elle publie des articles académiques, ainsi que des articles plus policy-oriented. Quand on regarde la liste des membres du comité éditorial, on se dit qu'il n'y a pas que des peintres... Dans le classement précédent, le JPEF était répertorié dans la catégorie 3 en Finance et assurance. Et, là, pfuit... il a disparu ! Même pas répertorié en catégorie 4 ! Il est évidemment loisible de considérer que la soutenabilité des régimes de retraite par répartition, la faillite des fonds de pension, le sous provisionnement des fonds de réserve pour les retraites, le coût anticipé de la dépendance sont des thèmes de peu d'importance, notamment par rapport à la place accordée aux revues de recherche opérationnelle ou de systèmes d'information. C'est sûr que le Central European Journal of Operations Research, coté rang 4 en recherche opérationnelle, a sa forme de beauté...

Tout ceci serait de peu d'importance si cette liste était restée à l'usage exclusif du CoNRS, pour l'évaluation des chercheurs CNRS. Mais comme le souligne Philippe Askenazy, l'actuel président de la section 37, la liste est utilisée par d'autres instances d'évaluation, voire pour servir d'input dans l'élaboration d'indices bibliométriques. Ainsi, très souvent au sein du Conseil National des Universités (instance en charge de la gestion des carrières des enseignants-chercheurs des universités françaises), les rapporteurs égrènent la liste des publications des personnes sur lesquelles ils sont rapporteurs : "il/elle a 3 articles dans des revues de rang 2, 5 articles dans des revues de rang 3, et 4 articles dans des revues de rang 4". Insidieusement, pour la qualification aux fonctions de professeurs, une norme implicite s'est instaurée, selon laquelle si l'impétrant ne justifie pas d'au moins un article dans une revue de rang 2, son dossier n'est pas qualifiable... Idem pour les promotions. Parmi les dangers d'une liste de revues, on a souvent souligné son caractère normatif : on  incite les chercheurs à publier dans les revues les mieux cotées, et à délaisser les revues non cotées Alors, lorsqu'une revue est retirée de la liste, comment comptabiliser la publication dans le cursus d'un chercheur ? La comptabiliser en "coût d'acquisition" (cote au moment de la publication) ou en "mark to market" (cote au moment de l'évaluation du chercheur) ? Et que dire aux jeunes chercheurs qui viennent de soumettre un article au JPEF ? D'écrire au comité éditorial pour retirer leur soumission et soumettre à une revue mieux cotée mais de moindre audience pour les spécialistes des retraites ? Et un directeur de laboratoire doit-il exclure de son laboratoire un chercheur qui, ayant publié dans une revue désormais déclassée, se retrouve "non publiant" ? Gizmo n'aimerait pas être économiste universitaire en France aujourd'hui...


mardi 4 octobre 2011

Métiers "en tension" : les étudiants du Master ESA se mobilisent

Depuis l'envoi aux préfets le 31 mai 2011 d'une circulaire signée par Claude Guéant, ministre de l'Intérieur et par Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, et la réduction de la liste des métiers dits « en tension » par l'arrêté du 11 août 2011 (cette liste initialement de 30 métiers se trouve maintenant réduite à 14 métiers), les étudiants étrangers qui ont fait le choix de la France pour leur formation, titulaires de diplôme de niveau Bac+5, ne peuvent plus obtenir que très difficilement le changement de statut qui leur permet de travailler en France même s'ils présentent une promesse d'embauche ou s'ils disposent déjà d'un CDI.

Les étudiants du Master d'Econométrie et Statistiques Appliquées de l'Université d'Orléans, formation évaluée A+ par l'AERES lors de la dernière vague d'évaluation, se mobilisent. C'est ici. Les zézas sont formidables...