Le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche vient de publier un document de concertation (via l'irremplaçable blog de Pierre Dubois), base d'un arrêté relatif au cadre national des formations universitaires (licence, licence professionnelle, master). L'objectif de cet arrêté est d'encadrer la dénomination, les principes et les modes de fonctionnement des diplômes nationaux.
Depuis l'adoption de la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) en 2007, le système universitaire français est engagé dans une logique de concurrence. Le modèle d'allocation des moyens financiers (SYMPA) est un outil emblématique de cette concurrence, puisqu'il conditionne la dotation budgétaire des établissements à leur performance relative, en matière de formation, de recherche et de gouvernance. Autrement dit, dans le modèle SYMPA, pour qu'un établissement puisse percevoir une dotation budgétaire plus importante d'une année sur l'autre, il doit améliorer sa performance relative par rapport à l'ensemble des établissements.
Dans une logique de performance relative, il importe non pas qu'un établissement s'améliore d'année en année, mais que le gradient de cette amélioration soit supérieur à celui de l'ensemble des établissements. Et dans cette optique, si la logique concurrentielle est vraiment soutenue par le pouvoir politique, elle doit se traduire par des règles du jeu en accord. Parmi ces règles du jeu, figurent la sélection / non sélection des étudiants à l'entrée de l'université et la gratuité / non gratuité des frais d'inscription. On n'ouvrira pas le débat sur ce diptyque, probablement le plus important, mais on renverra à l'excellent article de Robert Gary-Bobo et Alain Trannoy.
On souhaite ici se concentrer sur la "lisibilité" des intitulés de diplôme, au coeur de l'arrêté. Autant on peut comprendre que pour l'entrée en licence, la lisibilité des intitulés soit une préoccupation importante, notamment dans le dispositif "admission post bac". S'il s'agit de permettre aux lycéens (et/ou à leurs parents) de se déterminer sur le choix d'études supérieures, autant faire simple et ne pas multiplier des intitulés abscons ou trop étroits pour les licences : le caractère propédeutique de la première année de licence impose une relative uniformisation des parcours sur le territoire national, et un intitulé généraliste peut être conservé pour la totalité de la licence. En revanche, pour les licences professionnelles ou les masters, la logique de lisibilité entre en conflit avec la logique de concurrence.
En tant que responsable d'une licence professionnelle "banque, finance, assurance", spécialité "conseiller clientèle des particuliers", je ne me retrouve dans aucune des propositions qui figurent actuellement en annexe du projet d'arrêté. Les plus proches intitulés sont "Métiers du middle et du back office bancaire et financier" et "Commercialisation des biens et services de professionnels à particuliers". Pour un recruteur d'établissement financier, le premier intitulé est certainement très parlant, mais probablement pas pour un-e candidat-e issue d'un DUT ou d'un BTS ; et en toute hypothèse, il ne correspond pas au métier, assez classique, de chargé de clientèle bancaire. Quant au second intitulé, il est trop généraliste pour attirer des étudiant-e-s intéressé-e-s par le "commerce de services financiers". En effet, on peut y mettre aussi bien un chargé de clientèle à la Banque Postale qu'un vendeur de fenêtres chez Triba ou un chef de rayon chez Ikéa…
Et pour les Masters, la capacité de différenciation est encore plus cruciale, puisqu'au bout de compte, c'est l'adossement à la recherche (y compris si les Masters ont une vocation "professionnelle" - je mets les guillemets car je considère que la recherche est une profession). Et la performance en recherche s'accompagne d'une spécialisation croissante, même si on peut le regretter : peu de laboratoires (hormis les laboratoires thématiques essentiellement pluridisciplinaires, ou les mastodontes parisiens) peuvent développer des recherches dans tous les "sous-champs" d'une discipline donnée. Dès lors, la concurrence entre les établissements induit une stratégie de niche, visant à accueillir des étudiants, non pas issus de la, ou des, licence(s) proposée(s) dans l'établissement, mais en provenance de l'ensemble des licences du domaine en France, voire à l'étranger. L'idée d'un continuum interne aux établissements, où 10% des inscrits en L1 obtiendraient un M2 cinq ans plus tard dans la même université est désormais révolue.
Autant l'offre de formation au niveau Licence peut (doit ?) rester une offre lisible, et de proximité, autant cette offre au niveau Master ne peut le rester : elle doit revendiquer sa spécificité, quitte à renoncer à accueillir des étudiants sur un critère de proximité, si les étudiants issus des licences ne souhaitent pas poursuivre dans la thématique privilégiée au niveau Master. Il importe donc, dans un souci de justice sociale, que les pouvoirs publics (au niveau national et/ou régional) accompagnent la mobilité inter-régionale, voire internationale, des étudiants les plus talentueux, mais qui n'ont pas les moyens financiers de cette mobilité.
En tant que responsable d'une licence professionnelle "banque, finance, assurance", spécialité "conseiller clientèle des particuliers", je ne me retrouve dans aucune des propositions qui figurent actuellement en annexe du projet d'arrêté. Les plus proches intitulés sont "Métiers du middle et du back office bancaire et financier" et "Commercialisation des biens et services de professionnels à particuliers". Pour un recruteur d'établissement financier, le premier intitulé est certainement très parlant, mais probablement pas pour un-e candidat-e issue d'un DUT ou d'un BTS ; et en toute hypothèse, il ne correspond pas au métier, assez classique, de chargé de clientèle bancaire. Quant au second intitulé, il est trop généraliste pour attirer des étudiant-e-s intéressé-e-s par le "commerce de services financiers". En effet, on peut y mettre aussi bien un chargé de clientèle à la Banque Postale qu'un vendeur de fenêtres chez Triba ou un chef de rayon chez Ikéa…
Et pour les Masters, la capacité de différenciation est encore plus cruciale, puisqu'au bout de compte, c'est l'adossement à la recherche (y compris si les Masters ont une vocation "professionnelle" - je mets les guillemets car je considère que la recherche est une profession). Et la performance en recherche s'accompagne d'une spécialisation croissante, même si on peut le regretter : peu de laboratoires (hormis les laboratoires thématiques essentiellement pluridisciplinaires, ou les mastodontes parisiens) peuvent développer des recherches dans tous les "sous-champs" d'une discipline donnée. Dès lors, la concurrence entre les établissements induit une stratégie de niche, visant à accueillir des étudiants, non pas issus de la, ou des, licence(s) proposée(s) dans l'établissement, mais en provenance de l'ensemble des licences du domaine en France, voire à l'étranger. L'idée d'un continuum interne aux établissements, où 10% des inscrits en L1 obtiendraient un M2 cinq ans plus tard dans la même université est désormais révolue.
Autant l'offre de formation au niveau Licence peut (doit ?) rester une offre lisible, et de proximité, autant cette offre au niveau Master ne peut le rester : elle doit revendiquer sa spécificité, quitte à renoncer à accueillir des étudiants sur un critère de proximité, si les étudiants issus des licences ne souhaitent pas poursuivre dans la thématique privilégiée au niveau Master. Il importe donc, dans un souci de justice sociale, que les pouvoirs publics (au niveau national et/ou régional) accompagnent la mobilité inter-régionale, voire internationale, des étudiants les plus talentueux, mais qui n'ont pas les moyens financiers de cette mobilité.
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