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dimanche 16 septembre 2012

Madame la banquière centrale





Dans une tribune parue dans Le Monde, Sylvie Goulard, députée européenne, plaide pour la nomination de femmes à la tête de la Banque centrale européenne. Les statuts de la Banque centrale européenne (BCE) disposent que le Conseil des gouverneurs, principal organe de décision de la BCE,  est composé des six membres du Directoire (dont le Président et le Vice-président de la BCE), et des gouverneurs des banques centrales nationales des dix-sept États de la zone euro. Depuis le départ de Gertrude Tumpel-Gugerell, en mai 2011, le Directoire de la BCE ne comporte plus aucune femme, de sorte que le Conseil des gouverneurs actuel se compose de 23 hommes.



Le remplacement de José Manuel Gonzalez Paramo, la goutte de trop

Les statuts prévoient la procédure suivante pour la désignation des membres du Directoire : « Le président, le vice président et les autres membres du directoire sont nommés par le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, sur recommandation du Conseil et après consultation du Parlement européen et du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, parmi des personnes dont l'autorité et l'expérience professionnelle dans le domaine monétaire ou bancaire sont reconnues. »

Depuis l’expiration du mandat de José Manuel Gonzalez Paramo en mai 2012, il revient donc au Conseil européen de désigner son successeur au sein du Directoire. Le 10 juillet 2012, le Conseil ECOFIN n’a recommandé qu’un seul candidat, qui plus est de sexe masculin, l'actuel gouverneur de la banque centrale du Luxembourg, Yves Mersch.

Sharon Bowles (ADLE, UK), présidente de la commission des affaires économiques, a décidé de reporter l’audition d’Yves Mersch devant le Parlement européen, « après qu'il soit clairement apparu qu'aucune candidate n'avait été envisagée pour le poste avant la recommandation officielle du Conseil. » Pourtant, une liste informelle de candidates avait été constituée dès mai 2012, afin de montrer que le vivier possible de candidates féminines n’était pas vide.

Pas de femmes compétentes pour être membre du Directoire de la BCE ?

Au-delà de la boutade d’Alexandre Delaigue sur Twitter, Gizmo peut témoigner de l’existence de femmes parfaitement qualifiées pour exercer des responsabilités politiques dans le domaine monétaire et financier au niveau européen. Pour avoir fréquenté un certain nombre d’instances françaises de politique économique en qualité de personnalité qualifiée, elle a rencontré au sein du Ministère de l’Économie et des Finances des femmes remarquables, à la capacité de patience, d’écoute et de négociation souvent inégalée. Plus récemment, le colloque organisé par la Banque de France sur les vulnérabilités financières lui a permis de découvrir des économistes femmes parfaitement compétentes, travaillant dans des organismes internationaux (FMI, banques centrales, et commission européenne), sans compter les économistes universitaires. Sans connaître la liste informelle de candidates possibles, il est invraisemblable que sur les 17 pays composant l’Eurozone, aucune femme ne puisse être proposée comme membre de Directoire…

A part bien sûr Madame Thatcher ?

L’article du Monde a été peu commenté, alors que le lectorat standard du Monde est d’ordinaire si prompt à dénoncer les inégalités de toutes sortes et l’incompétence présumée des élites. Le tweet d’Alexandre Delaigue a fait l’objet d’une réponse, probablement au second degré, de @Rosselin : « @adelaigue bonne idée. Qui aurait la trempe de Thatcher, Merkel ou Lagarde #cauchemar ». Il est toujours agaçant de présenter la femme en situation de responsabilité comme une harpie intransigeante et hystérique. Comme si l’énergie que doivent, en moyenne, déployer les femmes pour accéder aux postes de responsabilité, devait les conduire à exercer ces responsabilités avec une posture nécessairement autoritaire.

Cherchez la femme…

Ce qui est vrai pour la BCE (trouver une femme compétente pour exercer un mandat de membre de Directoire, voire de Président ou de Vice-président lorsque la question se posera) ne l’est pas nécessairement en toute circonstance. En effet, la recherche de la « parité à tout prix » conduit parfois à des situations inconfortables pour les femmes sollicitées. Un premier exemple concerne la composition des jurys de concours nationaux, lorsque l’évolution des corps concernés est caractérisée par une forte inertie dans la composition hommes-femmes. On peut regretter que les concours d’agrégation pour le recrutement de professeurs de sciences économiques ne comportent pas suffisamment de femmes, mais lorsque les femmes représentent moins de 20% du corps, et qu’il est décent d’attendre que les membres du jury aient une certaine ancienneté pour siéger, les femmes susceptibles d’être sollicitées sont en tout petit nombre. Si on ajoute que l’exigence de parité se cumule sur différentes instances nationales (Conseil National des Universités, Comité National de la Recherche Scientifique, Agence de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, Agence Nationale de la Recherche) et locales (universités), on conçoit qu’au bout du compte, c’est sur un nombre réduit de femmes que reposent plusieurs tâches/mandats dans un temps donné. D’où l’idée insidieuse que : « ce n’est pas qu’on ne veuille pas de femmes, mais ce sont elles qui refusent… ». Peut-être serait-il nécessaire de réfléchir sérieusement à l’instauration de quotas pour l’accession des femmes, non pas à des postes de responsabilités, mais à des postes leur permettant de postuler, si elles le souhaitent, à des postes de responsabilités (typiquement, pour les universitaires, le passage du corps des maîtres de conférences au corps des professeurs).

Le féminin de rapporteur, c’est adjointe

Un autre exemple est plus récent : lors de l’installation des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche a donné des instructions précises sur l’exigence de parité, dans la composition des participants aux Assises mais également dans la désignation des rapporteurs territoriaux. Lorsque l’étendue des territoires le justifiait, le rapporteur pouvait être assisté d’un adjoint, avec la contrainte qu’il fût de sexe opposé. Autant la composition du comité de pilotage national respecte la contrainte de parité, autant la déclinaison territoriale est choquante : sur les 25 « territoires » identifiés, on dénote 5 rapporteur(e ?)s femmes. On se dit que l’aphorisme de Cécile Duflot (« Le féminin de candidat, c’est suppléante ») trouve un nouvel écho : « Le féminin de rapporteur, c’est adjointe ».

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