Dans une tribune parue dans Le
Monde, Sylvie Goulard, députée européenne, plaide pour la nomination
de femmes à la tête de la Banque centrale européenne. Les statuts de la
Banque centrale européenne (BCE) disposent que le Conseil des gouverneurs,
principal organe de décision de la BCE,
est composé des six membres du Directoire (dont le Président et le
Vice-président de la BCE), et des gouverneurs des banques centrales nationales
des dix-sept États de la zone euro. Depuis le départ de Gertrude
Tumpel-Gugerell, en mai 2011, le Directoire de la BCE ne comporte plus aucune
femme, de sorte que le Conseil des gouverneurs actuel se compose de 23 hommes.
Le remplacement de José Manuel
Gonzalez Paramo, la goutte de trop
Les statuts prévoient la
procédure suivante pour la désignation des membres du Directoire : « Le
président, le vice président et les autres membres du directoire sont nommés
par le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, sur recommandation
du Conseil et après consultation du Parlement européen et du conseil des
gouverneurs de la Banque centrale européenne, parmi des personnes dont
l'autorité et l'expérience professionnelle dans le domaine monétaire ou
bancaire sont reconnues. »
Depuis l’expiration du mandat de
José Manuel Gonzalez Paramo en mai 2012, il revient donc au Conseil européen de désigner son
successeur au sein du Directoire. Le 10 juillet 2012, le Conseil ECOFIN n’a
recommandé qu’un seul candidat, qui plus est de sexe masculin, l'actuel
gouverneur de la banque centrale du Luxembourg, Yves Mersch.
Sharon Bowles (ADLE, UK),
présidente de la commission des affaires économiques, a décidé de reporter
l’audition d’Yves Mersch devant le Parlement européen, « après
qu'il soit clairement apparu qu'aucune candidate n'avait été envisagée pour le
poste avant la recommandation officielle du Conseil. » Pourtant, une liste
informelle de candidates avait été constituée dès mai 2012, afin de montrer
que le vivier possible de candidates féminines n’était pas vide.
Pas de femmes compétentes pour
être membre du Directoire de la BCE ?
Au-delà de la boutade d’Alexandre
Delaigue sur Twitter, Gizmo peut témoigner de l’existence de femmes
parfaitement qualifiées pour exercer des responsabilités politiques dans le
domaine monétaire et financier au niveau européen. Pour avoir fréquenté un
certain nombre d’instances françaises de politique économique en qualité de
personnalité qualifiée, elle a rencontré au sein du Ministère de l’Économie et
des Finances des femmes remarquables, à la capacité de patience, d’écoute et de
négociation souvent inégalée. Plus récemment, le colloque
organisé par la Banque de France sur les vulnérabilités financières lui a
permis de découvrir des économistes femmes parfaitement compétentes,
travaillant dans des organismes internationaux (FMI, banques centrales, et
commission européenne), sans compter les économistes universitaires. Sans connaître
la liste informelle de candidates possibles, il est invraisemblable que sur les
17 pays composant l’Eurozone, aucune femme ne puisse être proposée comme membre
de Directoire…
A part bien sûr Madame Thatcher ?
L’article du Monde a été peu
commenté, alors que le lectorat standard du Monde est d’ordinaire si prompt à
dénoncer les inégalités de toutes sortes et l’incompétence présumée des élites.
Le tweet d’Alexandre Delaigue a fait l’objet d’une réponse, probablement
au second degré, de @Rosselin : « @adelaigue bonne idée. Qui
aurait la trempe de Thatcher, Merkel ou Lagarde #cauchemar ».
Il est toujours agaçant de présenter la femme en situation de responsabilité
comme une harpie intransigeante et hystérique. Comme si l’énergie que doivent,
en moyenne, déployer les femmes pour accéder
aux postes de responsabilité, devait les conduire à exercer ces responsabilités avec une posture nécessairement autoritaire.
Cherchez la femme…
Ce qui est vrai pour la BCE
(trouver une femme compétente pour exercer un mandat de membre de Directoire,
voire de Président ou de Vice-président lorsque la question se posera) ne l’est
pas nécessairement en toute circonstance. En effet, la recherche de la « parité
à tout prix » conduit parfois à des situations inconfortables pour les femmes
sollicitées. Un premier exemple concerne la composition des jurys de concours
nationaux, lorsque l’évolution des corps concernés est caractérisée par une
forte inertie dans la composition hommes-femmes. On peut regretter que les
concours d’agrégation pour le recrutement de professeurs de sciences
économiques ne comportent pas suffisamment de femmes, mais lorsque les femmes
représentent moins de 20% du corps, et qu’il est décent d’attendre que les
membres du jury aient une certaine ancienneté pour siéger, les femmes
susceptibles d’être sollicitées sont en tout petit nombre. Si on ajoute que l’exigence
de parité se cumule sur différentes instances nationales (Conseil National des
Universités, Comité National de la Recherche Scientifique, Agence de l’Évaluation
de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, Agence Nationale de la
Recherche) et locales (universités), on conçoit qu’au bout du compte, c’est sur
un nombre réduit de femmes que reposent plusieurs tâches/mandats dans un temps
donné. D’où l’idée insidieuse que : « ce n’est pas qu’on ne veuille
pas de femmes, mais ce sont elles qui refusent… ». Peut-être serait-il
nécessaire de réfléchir sérieusement à l’instauration de quotas pour l’accession
des femmes, non pas à des postes de responsabilités, mais à des postes leur
permettant de postuler, si elles le souhaitent, à des postes de responsabilités
(typiquement, pour les universitaires, le passage du corps des maîtres de
conférences au corps des professeurs).
Le féminin de rapporteur, c’est
adjointe
Un autre exemple est plus récent :
lors de l’installation des Assises de l’enseignement
supérieur et de la recherche, la Ministre de l’Enseignement supérieur et
de la recherche a donné des instructions précises sur l’exigence de parité, dans
la composition des participants aux Assises mais également dans la désignation
des rapporteurs
territoriaux. Lorsque l’étendue des territoires le justifiait, le
rapporteur pouvait être assisté d’un adjoint, avec la contrainte qu’il fût de
sexe opposé. Autant la composition du comité
de pilotage national respecte la contrainte de parité, autant la
déclinaison territoriale est choquante : sur les 25 « territoires »
identifiés, on dénote 5 rapporteur(e ?)s femmes. On se dit que l’aphorisme
de Cécile Duflot (« Le féminin de candidat, c’est suppléante ») trouve
un nouvel écho : « Le féminin de rapporteur, c’est adjointe ».

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire