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mercredi 27 avril 2016

Fétichisme du diplôme

Depuis 15 jours, j'occupe une bonne partie de mon temps à l'examen des dossiers de candidature en licence professionnelle banque. Avant hier, j'ai refusé un candidat, appelons le Kevin, actuellement élève en deuxième année de BTS négociation et relation client, aux deux motifs essentiels : résultats scolaires faibles, et en baisse, notamment dans les matières généralistes (droit, économie, culture générale et expression, qui sont selon moi, les pré-requis pour suivre avec profit les enseignements universitaires en firme bancaire, droit bancaire, marchés de capitaux, finance internationale...) ; manque de travail, d'assiduité, d'implication et bavardages en classe (je dispose des bulletins scolaires des semestres de BTS). En général, je fais une sélection peu sévère : si l'étudiant est "poussif" avec des résultats médiocres, mais motivé et impliqué, je le présélectionne et son dossier est soumis aux recruteurs potentiels ; inversement, si l'étudiant est dilettante mais doué, je ferme (un peu) les yeux sur son comportement et j'envoie également le dossier aux recruteurs. Quand un comportement inapproprié n'est pas compensé par de bons résultats, le dossier de candidature n'est pas transmis.

Dès qu'il a eu connaissance de mon avis défavorable, Kevin a demandé à s'entretenir avec moi. Je l'ai donc appelé pour lui expliquer mes motifs. Sur le comportement, il m'a répondu que sa baisse de concentration, de travail et d'implication était due au divorce en cours de ses parents, mais il m'assurait que c'était passager (sic) et qu'il était motivé comme jamais pour intégrer et réussir en licence pro. Et, ajoutait-il, il en voulait pour preuve que lors de son stage en agence bancaire en BTS, le directeur de son agence était tellement content de lui que, s'il passait avec succès l'examen du BTS, il lui proposait d'intégrer l'agence en CDI.

J'ai alors répondu à Kevin que c'était une opportunité formidable ; que les banques étaient de plus en plus réticentes à recruter à bac+2, et préféraient s'assurer des collaborateurs formés à bac+3 ; mais que si, en l'occurrence, l'agence était prête à le recruter à bac+2 en CDI, il ne fallait pas hésiter, car les portes de la formation supérieure n'étaient pas fermées (la banque est un secteur qui propose de nombreuses formations internes, et en plus, Kevin pourrait valider la LP avec trois d'expérience).

Et là, Kevin me répond "Oui, mais Madame, mon projet professionnel, c'est de faire une licence pro !". Alors je lui explique que "faire une licence pro" n'est pas un projet professionnel ; que certes le diplôme est une protection contre le chômage, et notamment une licence professionnelle en alternance. Mais qu'en l'occurrence, si l'agence lui propose un recrutement en CDI, c'est que ses compétences sont d'ores et déjà attestées sans le diplôme de licence pro... "Oui, Madame, je sais, mon professeur principal m'a dit la même chose...". 

Une heure plus tard, j'avais réussi à convaincre Kevin d'accepter son CDI, en lui disant : "Rappelez moi dans trois ans pour valider la LP par les acquis de l'expérience, et éventuellement, on envisagera une inscription en Master pro conseiller des professionnels, si vous avez fait vos preuves comme conseiller de clientèle des particuliers". Bon vent, Kevin...

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