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vendredi 24 mai 2013

#LaLeçonEn24h



En cette veille de ouiquènede, je m’adonnais aux délices nécessaires, quoique fastidieuses, de l’évaluation de quelques dossiers, et j’avais, comme souvent en pareil cas, ouvert mon compte Twitter en tâche de fond, pour me distraire entre deux dossiers (j'attends la première pierre...). Mes twittos favoris relayaient les débats de l’Assemblée nationale sur le projet de loi ESR, avec des commentaires qui faisaient mon ravissement…

Soudain mon œil fut attiré par ce tweet, plus exactement un retweet du célébrissime @Maitre_Eolas (célébrissime pour les accrocs de la Toile ; pour les autres : avocat pénaliste, plus de 100 000 abonnés – dont moi – sur Twitter) :

Ma première réaction fut de penser : « Mince, c’est vrai, en droit, il y a encore des leçons en 24h ». Et de répondre : « URGENT : SUPPRIMONS L'AGREG ! ET SURTOUT LA 24h ! ». Et puis, je me suis prise à dérouler le fil du tweet. Initialement, le tweet a été posté par une étudiante en droit, dont un ami faisait partie de l’équipe constituée par le/la candidat/e à l’agrégation de droit privé, pour sa leçon en 24h. Pour les non initiés, dans les disciplines juridiques, économiques et de gestion, le recrutement des professeurs se fait, majoritairement, par la voie des concours d’agrégation. Ces concours comportent plusieurs épreuves, et dans les domaines juridiques, une leçon en préparation libre, appelée également « leçon en 24h », dont le principe immuable consiste à tirer un sujet un jour donné, à une heure donnée, et de revenir le lendemain à la même heure pour « réciter sa leçon ». Pendant les 24h, la préparation est libre : le/la candidat/e constitue une « équipe », comportant autant de personnes qu’il souhaite pour l’aider à préparer sa leçon, avec la règle tacite que l’équipe ne comprenne aucun professeur des universités.

Jusqu’au milieu du XXème siècle, cette leçon en 24h était censée évaluer l’aptitude du candidat à constituer une équipe de recherche, et en animer les travaux, le plus souvent dans le cadre d’une bibliothèque universitaire. On jugeait la capacité du candidat à repérer et exploiter les bonnes sources bibliographiques. Les plus doués parvenaient à achever leur préparation en moins de 18h, ce qui laissait un peu de temps pour dormir ; les autres épuisaient leurs 24h (et leurs coéquipiers en même temps…). Au fil du temps, ce « jeu de rôle » a perdu sa pertinence : même si la thèse de doctorat reste une œuvre individuelle (en tout cas, en principe, elle doit l’être…), elle est préparée dans le cadre d’un laboratoire où la recherche a une dimension collective. De sorte que tous les docteurs, y compris en droit, ont une expérience de travail collectif, via la participation à des ouvrages collectifs, des séminaires etc.  J’ai raconté ma propre leçon en 24h, mais à l’époque, Internet n’existait pas, ou à peine ; en tous cas, personne au début des années 90 n’utilisait Internet pour préparer sa leçon en 24h…

Je réalise aujourd’hui qu’Internet, et surtout le développement des réseaux sociaux, modifie singulièrement la nature de la leçon en 24h. Potentiellement, le/la candidat/e a bénéficié de l’aide de (centaines de) milliers de personnes, comme en témoignent les échanges qui se sont poursuivis sur Twitter après le message initial. En l’occurrence, il s’agissait de scanner l’introduction et la conclusion d’une thèse soutenue à Lyon 3, disponible seulement à la BU de cette université : rien de répréhensible, ni dans la lettre, ni dans l’esprit du concours. Mais extrapolons : pourquoi ne pas solliciter les réseaux sociaux pour plus ? Par exemple, on pourrait imaginer qu’un/e candidat/e twitte son sujet, demande des suggestions de plans, sollicite des contributions sur chaque partie/sous partie… Fondamentalement, ce qui change la donne, c’est la rapidité d’accès à l’information, l’anonymat des potentiels contributeurs (on n’est plus obligé de connaître les membres de son « équipe », avec, pourquoi pas, des chercheurs confirmés…), la possibilité de travailler/communiquer à distance… En contrepartie, la multiplicité des contributeurs potentiels complique la coordination. Au total, le bon compromis devrait être une équipe « physique » resserrée, avec un réseau de « correspondants à distance » coordonnés par une personne-ressource fiable dans l’équipe physique… Mais, au bout du compte, qu’évalue-t-on avec une telle épreuve dans ces conditions ? La maîtrise des réseaux sociaux ? La capacité à coordonner des opérateurs distants ? Si oui, ces compétences sont-elles requises/nécessaires/essentielles pour un professeur de droit ?

En guise de conclusion, la réponse du Maître :

1 commentaire:

  1. Le mode de recrutement des professeurs des universités en droit, économie et disciplines apparentées m'a toujours semblé fort curieux (mais, comme je respecte la diversité des besoins des disciplines, je n'ai pas d'opinion tranchée). Quelles sont les justifications avancées pour ne pas appliquer la procédure en vigueur pour les autres disciplines ?

    (Je verrais une justification : le mode de recrutement actuel permet des carrières très rapides, puisque l'on peut passer l'agrégation vite après le doctorat, alors qu'en général il est difficile d'obtenir l'habilitation à diriger les recherches rapidement après recrutement comme maître de conférence ou chargé de recherche... sauf peut-être en mathématiques appliquées et si l'on est très bon.)

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