Au programme des championnats du monde de natation 2015 figure une nouvelle épreuve, le relais 4 fois 100m 4 nages mixte. L'introduction de cette épreuve a été entérinée par la Fédération Internationale de Natation (FINA) en juillet 2013, et déjà l'an passé, les championnats européens avaient donné lieu à une première mitigée (seuls 4 relais avaient été présentés).
Chaque relais doit comporter deux relayeurs et deux relayeuses, chaque relayeur/euse devant nager un quart de la distance totale. Seul l'ordre des nages est imposé : dos, brasse, papillon et nage libre (cette dernière devant être différente des trois précédentes ; en pratique, c'est le crawl qui est choisi).
Le relais français ayant été disqualifié en série, les relais finalistes étaient par ordre alphabétique : Allemagne, Canada, Chine, Etats-Unis, Hongrie, Italie, Royaume-Uni, Russie. Au départ, il est apparu que seule la Russie avait choisi de faire partir une nageuse pour le premier 100m (dos). Comme attendu, la nageuse arriva dernière du 100m dos, pour être relayée par une deuxième nageuse, alors que les sept autres équipes alignaient un deuxième nageur. L'écart entre les sept relayeurs masculins et la relayeuse russe ne cessait de se creuser.
Les deux premiers relais étant nagés, c'est le relais britannique qui virait en tête, lançant la papillonniste, puis la dernière relayeuse, en nage libre, signant d'ailleurs le record du monde. Malgré le talent des deux derniers relayeurs russes masculins, le retard accumulé par les deux premières nageuses était trop important pour être comblé. Le relais russe finit cinquième, derrière le Royaume-Uni, les Etats Unis, l'Allemagne et la Chine.
On comprend la difficulté de l'épreuve. Bien entendu, si une nation compte dans ses rangs à la fois les meilleurs nageurs et les meilleures nageuses dans chaque nage, le choix est simplifié. Mais, d'une part, la situation est rare, et d'autre part, les nageurs/nageuses d'exception doivent également disputer les épreuves individuelles et les relais "sexués". Il faut donc combiner une stratégie individuelle à une stratégie collective. La stratégie individuelle pour chaque nation consiste à sélectionner le/la nageur/nageuse optimale pour chaque nage, compte tenu de l'avantage comparatif de chaque sélectionnable dans le relais. La stratégie collective consiste à anticiper la stratégie des autres nations compétitrices. On se retrouve dans une situation proche du concours de beauté de Keynes : pour chaque nation, il ne s'agit pas tant de sélectionner les meilleurs nageurs, que d'anticiper le choix des autres nations en lice.
En natation, il est important de mener une course, ou à tout le moins de ne pas être trop distancé, pour ne pas subir les vagues faites par le sillage des concurrents ; ces vagues sont d'autant plus dirimantes que l'on nage à "contre courant" (c'est-à-dire quand les adversaires, notamment des lignes d'eau contigües, nagent dans la direction opposée). Ceci explique probablement pourquoi tous les autres relais ont choisi de placer les deux relayeurs avant les deux relayeuses. Toutefois, comme le relais russe n'est pas arrivé dernier, on ne peut en déduire que c'est une stratégie nécessairement dominante.
Un indice cependant : les différences relatives entre hommes et femmes sont plus importantes en brasse et dos, qu'en papillon et nage libre, si on se base sur les meilleures performances de 2015. C'est un peu moins clair pour les records du monde (qui n'appartiennent pas nécessairement à des nageuses/nageurs en activité).
| (en secondes) | Dos h | Dos f | Brasse h | Brasse f | Papillon h | Papillon f | Nage libre h | Nage libre f |
| Record du monde | 51,94 | 58,26 | 57,90 | 64,35 | 49,82 | 55,64 | 46,91 | 52,07 |
| Meilleur temps 2015 | 52,38 | 58,26 | 57,92 | 65,46 | 51,37 | 55,64 | 47,98 | 52,69 |
| Ecart relatif (F-H)/H | ||||||||
| Record du monde | 12,2% | 11,1% | 11,7% | 11,0% | ||||
| Meilleur temps 2015 | 11,2% | 13,0% | 8,3% | 9,8% | ||||
Pour des écarts assez faibles, les nageurs/nageuses se croisent pendant la coulée de celui ou de celle qui est devant, donc celui qui est derrière est embêté tout le temps et celui/ceux qui sont devant ne le sont jamais (enfin, vaguement pendant la coulée, mais ça ne compte certainement pas beaucoup). Là, être devant est une stratégie dominante indépendamment de toute interaction stratégique.
RépondreSupprimerLe 4*100 4 nages mixte doit être influencé par ça, il est plausible qu'en pratique le second mécanisme suffise à ce qu'il y ait un unique équilibre en stratégie pures dans ce cas, ou que l'équilibre où tout le monde met les femmes au début soit considéré comme suffisamment improbable pour ne pas se produire. Le contre-exemple est le cas de certaines nations qui ont des stars féminines en dos est brasse et masculines en crawl et papillon (ce qui est un peu le cas de la Russie et explique peut être qu'ils aient tenté de faire comme cela malgré tout).
@Unknown 6 août : merci pour votre commentaire, vous avez précisé ce que j'intuite. Mettre les hommes d'abord semble une stratégie dominante, même pour la Russie qui a des stars femmes en dos/brasse et hommes en papillon/crawl. Du coup, je me demande comment on pourrait rendre l'épreuve intéressante : permettre de choisir l'ordre des nages (sachant que le dos doit être impérativement la première nage pour tous) ? tirer au sort l'ordre l'ordre des nages (au bémol près toujours du dos première nage) ? Conserver l'ordre des nages, mais tirer au sort l'ordre des "sexes" ?
RépondreSupprimer(Du même unknown): Si les gens peuvent choisir, pour la même raison, cela pousse à mettre un homme faisant du crawl en deuxième, puis du papillon et enfin de la brasse. En fait, je crois que la seule option viable serait de doubler cette épreuve, une fois avec des hommes aux deux premiers postes, une fois avec des femmes aux deux premiers postes. Ceci dit, les nageurs et les commentateurs semblent trouver ces relais mixtes plus divertissants que sérieux, il n'est pas sûr que la FINA choisisse d'en multiplier les variantes.
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